Climat: Adélaïde et Louise, savez-vous?

Les jeunes brosseront-ils les cours le 13 février pour participer à la grève générale, se demande André Linard.
Les jeunes brosseront-ils les cours le 13 février pour participer à la grève générale, se demande André Linard. - pierre-yves thienpont

Chères Adélaïde et Louise,

Votre texte Papa, savais-tu ? paru dans Le Soir de jeudi me paraît caricatural et blessant. Caricatural parce qu’à vous lire, soit on vous suit dans vos revendications pour le climat, soit nous sommes chacun un petit Francken « endormi dans son confort » (ce sont vos mots) et indifférent à l’avenir. Blessant parce que soit on milite avec vous soit, écrivez-vous, on « sabote notre bien commun   ».

J’ai six petits-enfants. Dans six ou sept ans, si tout va bien, l’aîné sera sur le marché du travail avec un diplôme universitaire en poche. Pensez-vous vraiment que je puisse être indifférent à leur avenir ? Mais ce qui me préoccupe en premier lieu aujourd’hui, pour lui comme des milliers d’autres de son âge – de votre âge –, c’est leur sort à court terme. Quels emplois trouverez-vous ? Avec quels salaires et dans quelles conditions ? Pourrez-vous faire vivre une famille dignement ? Devrez-vous comme beaucoup choisir entre manger et se soigner ? Vous endetter pour payer l’électricité ? Vivre en permanence à la limite de la précarité ? Aurez-vous besoin de rire jaune sur les ronds-points pour qu’on vous remarque ou travailler jusqu’à la fin de votre vie comme aux Etats-Unis parce que seuls auront une pension ceux qui peuvent se la payer ?

Les enjeux climatiques, pas la priorité des priorités

C’est tout sauf de l’indifférence mais je ne considère par les enjeux climatiques comme la priorité des priorités. Ils sont essentiels mais d’autres le sont tout autant. La pauvreté, la précarité, la survie au quotidien frappent déjà à la porte de milliers de familles dans notre pays. Peut-être la vôtre, aujourd’hui ou demain. D’ailleurs, brosserez-vous les cours le 13 février pour participer à la grève générale organisée par les syndicats pour la défense de salaires dignes ? Ou cela vous paraît-il ringard ?

C’est sûr : les syndicats sont structurés alors que les mouvements spontanés sont en vogue. Les thèmes socio-économiques sont moins amusants, moins modernes, plus politisés. Ils demandent une analyse et surtout, ils conduisent à choisir son camp entre travailleurs et employeurs alors que le climat, personne n’est contre sauf quelques climato-sceptiques grincheux. Si j’évoque avec le député européen Claude Rolin (dans Le Vif) la Directive européenne protégeant les travailleurs salariés des produits cancérigènes et mutagènes, vous vous demanderez quelle langue je parle. Mais si j’ajoute que selon lui, « ce truc-là, statistiquement, il va sauver cent mille vies dans les cinquante ans qui viennent », l’enjeu « santé » ne devient-il pas aussi urgent ? Il serait d’ailleurs intéressant de savoir combien d’écoles techniques et professionnelles participent à vos manifs du jeudi ? «  Ils ont d’autres tracas au quotidien, ça passe clairement au second plan », explique ce prof d’un institut technique bruxellois à propos de ses élèves (RTBF, le 1er février). Des tracas d’avenir professionnel, social, de logement… à très court terme. Cela vous parle ?

Un texte « blessant »

Votre texte me paraît aussi blessant. Savez-vous que depuis des décennies, des gens se battent en sacrifiant leur confort pour que d’autres vivent mieux ? Savez-vous combien de personnes ont accepté de bas salaires et renoncé à plein d’avantages pour travailler dans l’associatif, le non-marchand, la santé, la coopération au développement, l’accueil des migrants… ? Combien de militants ont passé une grande part de leur vie à s’engager dans des causes sociales et politiques comme la défense de la sécurité sociale pour tous, qui conditionnent la survie autant que le climat ? Dans ma génération, beaucoup se démerdent aujourd’hui avec une petite pension parce qu’ils ont privilégié l’engagement à la carrière. C’est ça, pour vous, être «  endormi dans son confort  » ?

Les plus âgés d’entre vous voteront en mai. De grâce, ne vous focalisez pas sur une seule préoccupation au détriment des autres. Le socio-économique est moins attirant mais tout aussi urgent. Sinon, faudra-t-il conclure que le climat est un luxe de riches ?

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