«Vous avez de ces mots»: boîte à tartines, pour un français durable…

«Vous avez de ces mots»: boîte à tartines, pour un français durable…
D.R.

Une fois de plus, le français de Belgique a été mis à l’honneur en France, lors de l’interview par Yann Barthès d’une jeune Namuroise, figure de proue dans les récentes marches pour le climat. Invitée à suggérer quelques mesures précises à adopter sans délai, celle-ci a prôné l’usage de la boîte à tartines. Quelle ne fut pas sa surprise de devoir expliquer à l’animateur de quoi il s’agissait !

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Peu de Belges savent qu’il y a là un belgicisme, forgé sur le modèle « boîte à (+ contenant) », bien attesté en français général : boîte à outils, boîte à bijoux, boîte à idées. Le néerlandais de Belgique présente une création lexicale similaire : boterhammendoos. De part et d’autre de la frontière linguistique, ça rime et ça rame… comme tartine et boterham !

Mise en boîte (à tartines)…

Elle est venue à Paris avec son enthousiasme, sa détermination souriante et… ses belgicismes. « Elle », c’est la Namuroise Adélaïde Charlier, jeune égérie de la lutte contre le réchauffement climatique. Elle était reçue le 22 février dernier par le président français, en compagnie de la Suédoise Greta Thunberg, initiatrice du mouvement qui mobilise chaque semaine depuis le 10 janvier des milliers de jeunes, en Belgique et ailleurs.

« Ses belgicismes », c’est entre autres cette boîte à tartines qui a fait dresser l’oreille de Yann Barthès, dans l’émission télévisée « Quotidien » diffusée sur la chaîne TMC. Interrogée par l’animateur sur les mesures concrètes à prendre sans délai pour agir en faveur du climat, la jeune Namuroise a mentionné l’emploi d’objets réutilisables, comme la gourde – plutôt que des bouteilles en plastique – et la boîte à tartines.

La définition donnée en direct n’était pas des plus orthodoxes (« un Tupperware, quoi »), mais elle a eu le mérite de mettre immédiatement au parfum animateur, plateau et téléspectateurs. Pour les plus exigeants, précisons que la boîte à tartines est un récipient individuel de matière rigide, qui contient un repas froid, le plus souvent des tartines, à consommer généralement lors de la pause de la mi-journée : oublier sa boîte à tartines à la maison ; utiliser une boîte à tartines permet de respecter l’environnement. Par métonymie, le contenant peut aussi désigner le contenu : préparer une boîte à tartines équilibrée d’un point de vue diététique.

L’origine de cette locution est aisée à identifier : boîte à tartines enrichit le paradigme « boîte à (+ contenant) », bien attesté en français général : boîte à outils, boîte à ordures, boîte à bijoux, boîte à idées. Rien que de très correct, donc, dans cette innovation lexicale belge en phase avec les temps (chauds) qui courent.

… à la mode de chez nous

Il en est certainement parmi vous qui ignorent que cet objet courant donne lieu à une appellation spécifique en Belgique. C’est le cas de plusieurs écrivains belges francophones qui l’emploient ingénument (j’ai des noms !). En France, des équivalents – très approximatifs – seraient gamelle (inusité chez nous dans ce sens) ou l’emprunt au japonais bento. Par contre, le Québec connaît une locution proche  : boîte à lunch (de l’anglais lunch box), concurrencée par le composé boîte-repas, une création sur le modèle de plateau-repas, panier-repas.

En Flandre, le composé de même sens boterhammendoos est très en vogue. S’il n’est pas inconnu outre-Moerdijk, il y est toutefois bien moins fréquent, semble-t-il ; on lui préfère lunchbox, brooddoos ou broodtrommel(tje). Le procédé de création de cette innovation lexicale est similaire à celui du français : elle est construite sur le modèle d’autres composés en -doos, comme koekendoos « boîte à biscuits », naaidoos « boîte à ouvrage », sigarendoos « boîte à cigares », sieradendoos « boîte à bijoux ».

L’histoire de ce belgicisme est peu documentée : il a longtemps échappé aux radars des lexicographes. À ma connaissance, il a été relevé pour la première fois par le Dictionnaire des belgicismes (De Boeck, 2010). Certes, il ne peut s’agir que d’une création récente, puisque le mot désigne une réalité adaptée aux modes de consommation contemporains. Précédemment, il était plutôt question, comme en français général, de gamelle (en métal) ou de musette (en toile) ; sans oublier les dénominations régionales comme briquet.

Il y a quelques semaines, je commentais le verbe brosser (les cours), apparu dans les slogans des élèves faisant l’école buissonnière pour participer aux « marches climat ». Voilà donc deux billets de cette chronique inspirés par les initiatives en faveur d’un développement durable de notre planète et consacrés à des particularités du français en Belgique. Des causes universelles peuvent s’accommoder de mots spécifiques, ceux de la vie de tous les jours.

Et si l’on pardonne à Adélaïde Charlier de n’avoir pu retenir, sur le plateau de l’émission où elle était interviewée, un « ah oui, pardon, je suis Belge », on l’encourage à garder intactes la spontanéité de son engagement et celle… de son français !

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