«8 mars 2019: ce jour, la liberté en Algérie»

«8 mars 2019: ce jour, la liberté en Algérie»

Foi d’Algérien ou de passionné de l’Algérie : cela fait des décennies que le pays n’a pas connu tel engouement et telle ferveur populaire à l’inéluctabilité d’un changement politique à venir. La journée du vendredi 8 mars 2019 a une triple portée symbolique pour le pays et le monde arabe : jour sacré des Musulmans, journée internationale des droits de la Femme, et importante manifestation contre le 5e mandat de Bouteflika à venir. Mais le vent de liberté qui souffle sur l’esprit algérien n’est pas près de s’arrêter. Car l’Algérie, qui a été ce phare pour le monde arabe en 1962, aspire à ressusciter. Ce jour : la liberté donc ? C’est désormais un pays tout entier qui est en train de se relever du sable pour se saisir en main propre de son destin trop longtemps confisqué par une poignée d’apparatchiks sur le point d’imploser en plein vol. Le plafond de verre qui trop longtemps a pris l’impossible pour norme est à deux doigts d’éclater en mille morceaux : il n’y aura probablement pas de Bouteflika V.

A l’aube d’une nouvelle ère

Depuis plusieurs semaines, les manifestations qui irriguent le pays d’un sang neuf et d’une fraîcheur inédite sont la preuve de l’inextinguible capacité de résilience d’une société algérienne qui n’en est pas à son premier drame. De la quête d’indépendance et de la guerre qui lui a permis d’ouvrir un chapitre inédit dans son histoire et celle du monde arabe, faisant d’elle un modèle d’émancipation pour toute une civilisation, jusqu’à la victoire dans le sang après une décennie rouge noire qui dura dix ans, l’Algérie est en quête d’un sens nouveau après 20 ans d’anesthésie pour reprendre toute sa dignité et sa place sur le continent mais aussi dans le monde. Trop longtemps éclipsée des écrans radars et plongée dans des abysses insondables, au point de devenir l’un des pays les plus fermés et mystérieux au monde, elle ne demande qu’à éclore de nouveau sur la scène internationale, riche de tant de diversité et de cadeaux venus du ciel. Les Algériens qui défilent dans la rue depuis des jours, pacifiquement et dans le calme, ont plus à offrir que l’image effroyable d’un vieil homme malade retranché en Suisse à l’heure actuelle, pour y vivre ses derniers jours. Plus les soutiens à Bouteflika V tombent dans un crépuscule sans fin, plus les rangs des citoyens lambda, militants, citoyens, hommes, femmes, étudiants, gonflent dans cette marée humaniste à l’orée d’une nouvelle ère.

Ce 8 mars qui arrive, c’est la journée internationale des Droits de la Femme. En Algérie, elle prendra une tonalité particulière car en ce jour le plus important de la semaine, le monde et les Algériens ont compris qu’il n’y avait plus de fatalité. Les hommes n’attendaient plus que le défilé des femmes pour finir de se rassurer sur leur engagement. Avec la présence des femmes, le pacifisme doit se poursuivre dans les rues d’Alger à Oran, de Constantine au reste du pays. Car le président Kennedy avertissait déjà sur les risques que court un pouvoir à jouer avec le feu : « Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable. »

Une reconduction compromise

Ce pouvoir qui se fissure de toutes parts et ressemble de plus en plus à un Titanic que personne ne viendra sauver de l’iceberg. Le retrait de candidats de poids à l’élection comme Ali Benflis, le départ du Front des Forces Socialistes des institutions nationales, l’effritement du front de soutien du FCE (Forum des Chefs d’Entreprise), le ralliement du directeur de la campagne d’Ali Guediri, Mokrane Aït Larbi, à la contestation populaire, comme celui de vieux militaires de la guerre d’indépendance, sont la preuve qu’une tenue des élections le 18 avril prochain devient de plus en plus improbable. Des réunions ont lieu chaque jour avec l’ensemble des forces vives de la nation et les forces d’opposition crédibles. Les rumeurs vont bon train sur l’état de santé alarmant du raïs Abdelaziz Bouteflika, et plus personne n’est dupe et prêt à accepter un scrutin truqué et bourré d’artifices.

Probablement espérée comme une simple formalité, la reconduction de la clique marionnettiste semble de plus en plus compromise. Le défilé joyeux, d’espoirs de renouveau, de tout un peuple incarné par les jeunes qui seront massivement rejoints par les femmes en ce jour du 8 mars, fils, filles, mères et pères d’une Algérie nouvelle, est ce que les Algériens pouvaient rêver de mieux : l’unité dans la paix. Et la preuve que les arguments du vieux pouvoir de risque de chaos ne tiendront plus pour sauver leur peau et leurs comptes. Désormais, la société algérienne marche au pas militaire, le sien, vers une révolution blanc rouge vert. Il y a de la poésie dans ces défilés. Il y a de l’élégance et de la tenue chez les Algériens qui luttent pour leur nouvelle indépendance. Et comme l’écrivait Victor Hugo, « La révolution littéraire et la révolution politique ont fait en moi leur jonction. » Ce 8 mars sera, espérons-le, la preuve qu’action er romantisme peuvent encore marcher de pair pour le grand changement.

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