«Europe: l’appel d’Emmanuel Macron mérite notre soutien»

«Europe: l’appel d’Emmanuel Macron mérite notre soutien»

Qui peut contredire l’appel du président Emmanuel Macron en faveur d’une Renaissance européenne? Si l’Europe a réalisé de si grandes choses en 60 ans de paix, nous ne pouvons plus désormais considérer ces réalisations comme des acquis mais devons mettre tout en œuvre pour les préserver.

Personne ne peut contester le fait que notre continent n’a plus connu une période de paix aussi longue et ininterrompue depuis des siècles. De même, notre marché unique, malgré les aléas économiques (la crise pétrolière des années 1970 et la crise extrêmement grave et longue de 2007), nous a apporté la croissance économique et la prospérité.

Le coût de la non-Europe est manifeste. Les derniers chiffres publiés par le Parlement européen en 2017 indiquent que, sans l’Europe, les pertes équivaudraient à un montant total de 1,750 milliard d’euros, à savoir 12 % du PIB dans les 28 États membres.

Ceux qui ne reconnaissent pas cette réalité sont soit dans l’erreur, soit des adeptes de l’autoritarisme et de la manipulation. Il est certain que l’on doit redoubler d’efforts pour bâtir la paix sociale et la cohésion sociale, en supprimant les inégalités causées par la crise économique et financière. Des efforts supplémentaires sont également nécessaires pour consolider la paix, en réconciliant les souvenirs de l’Est et de l’Ouest, de manière à favoriser l’émergence d’une forme de paix capable, comme le disait de Karol Wojtyła, de «respirer avec ses deux poumons».

Je suis donc tout à fait d’accord avec le président Macron et je soutiens pleinement son appel à bâtir une nouvelle Renaissance européenne, car le statu quo et la résignation doivent en effet être évités à tout prix.

Les idées du président Macron sont parfaitement conformes à la déclaration de Rome adoptée à l’occasion du 60e anniversaire de l’UE. Ce programme pour l’avenir de l’Europe a été signé le 25 mars 2017 par les dirigeants des 27 États membres, mais nombre d’entre eux semblent l’avoir oublié.

Un besoin de Renaissance

Lors du lancement de ma présidence en avril dernier, j’ai plaidé en faveur d’une rEUnaissance pour oser une Europe durable, proposant un programme pour le changement, intégrant les ODD, la paix et la culture. Je pense que les trois piliers avancés par M. Macron, que sont la liberté, la protection et le progrès, forment un très bon cadre pour un plan d’action de mise en œuvre.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’une nouvelle Renaissance. Au XVe siècle, la Renaissance a été une puissante révolution humaniste de grande envergure, qui a restauré la véritable dimension de la culture dans son rapport à la science, à l’art du gouvernement et à l’organisation de la vie économique et sociale, en s’appuyant sur les principaux acteurs économiques de l’époque, et qui a jeté les bases du basculement de l’Europe dans la modernité.

Un besoin de stratégie claire

La meilleure manière de faire face à ceux qui, aujourd’hui, s’opposent au projet européen sans offrir d’alternative concrète, à l’instar des partisans du Brexit qui ont proposé la sortie de l’UE sans disposer d’un plan clair, est d’affirmer avec force que l’Europe a bien une stratégie claire pour la prochaine décennie.

Il s’agit du programme de développement durable à l’horizon 2030, fondé sur l’article 3 du traité sur l’Union européenne. Et, pour peu que cette stratégie soit résolument adoptée par tous les États membres et par la société civile européenne, elle permettra à l’Europe de reprendre un chemin vertueux de renouveau sur les plans économique, social, environnemental et institutionnel, pour une croissance et une société durables.

Le programme à l’horizon 2030 pourrait constituer le contrat social et économique du XXIe siècle, qui viserait à éradiquer la pauvreté, assurer des conditions de vie et de travail décentes pour tous et réduire les inégalités sociales, à garantir la durabilité de la planète et, surtout, à jeter les bases d’une nouvelle ère d’innovation, d’investissement, de concurrence durable et de croissance dans tous les domaines, pour une Europe de véritable progrès, ouverte sur le monde.

Un besoin de dialogue

L’appel lancé par M. Macron pour la mise en place d’une Conférence pour l’Europe est le bienvenu. Il est avéré que nos démocraties sont plus résilientes lorsque la société civile dans son ensemble est associée. Il importe d’éviter de laisser un espace vide entre le citoyen et l’État, car il est facilement comblé par une utilisation manipulatrice des médias sociaux. Les gouvernements doivent faire confiance à la société civile organisée et en favoriser le développement. Nous avons besoin du dialogue avec les corps intermédiaires et du filtre qu’ils constituent, comme l’a très bien dit Alexis de Tocqueville. Nous avons encore en Europe des sociétés dynamiques qui sont des creusets d’initiatives. Elles sont les mieux placées pour dissiper les mensonges et les fausses informations qui sapent nos démocraties, mais, pour y parvenir, elles doivent être dûment associées et écoutées lors de l’élaboration des politiques, de la mise en œuvre des mesures, de l’évaluation des résultats et de la réorientation des stratégies.

C’est la raison pour laquelle, avec M. Karl-Heinz Lambertz, le président du Comité européen des régions, j’ai plaidé en faveur d’un mécanisme permanent de l’UE pour des consultations et des dialogues structurés avec les citoyens, les représentants de la société civile organisée et les pouvoirs locaux, qui pourra renforcer la dimension démocratique de l’UE. Les consultations menées par le président Macron ont été une bonne initiative, et nous devons à présent mettre en place un système à part entière.

Quatre défis

Dans la perspective du sommet de Sibiu du 9 mai prochain, au cours duquel les dirigeants de l’UE devraient donner le ton des prochaines élections européennes et de la nouvelle législature, je lance quatre défis au président Macron:

1. Faire du programme à l’horizon 2030 le plan stratégique et global pour la prochaine Commission, le prochain budget de l’UE et le semestre européen;

2. À l’occasion du 500e anniversaire du décès de Léonard de Vinci en 2019, placer la culture et la science au cœur du projet européen, de manière à introduire davantage de créativité et d’intelligence émotionnelle dans toutes les nouvelles initiatives;

3. Associer de manière adéquate des corps intermédiaires, tels que la société civile organisée et les organisations de collectivités locales, afin de créer une grande alliance pour les dialogues structurés et les consultations avec les citoyens;

4. Relancer un nouveau partenariat avec l’Afrique pour un progrès commun et durable, et en faire le premier objectif de la stratégie extérieure et globale de la prochaine Commission.

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