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Carte blanche - Jeudi pour le climat: «Posons-nous les bonnes questions», clame un étudiant

Carte blanche - Jeudi pour le climat: «Posons-nous les bonnes questions», clame un étudiant
Belga.

Je vois un nombre non négligeable de personnes critiquant les jeunes qui se bougent pour le climat en leur faisant remarquer qu’ils « ne connaissent rien à la vie » ou encore qu’ils marchent pour le climat mais qu’ils « changent de téléphone tous les ans et prennent des douches d’1/2 heure donc ça ne vaut pas vraiment la peine ». Étant moi-même un jeune concerné par le problème climatique, j’ai pris la décision d’envoyer ce message à toutes les personnes qui émettent des réflexions qui, selon moi, sont déplacées vis-à-vis de l’ampleur du problème. Voici donc une liste non exhaustive de réponses à des questions/jugements que beaucoup émettent mais auxquelles peu prennent le temps de réfléchir. Mon mot d’ordre étant donc : posons-nous les bonnes questions.

1. « Les adolescents se bougent mais consomment n’importe comment, se plaignent mais sont contents si papa-maman payent un nouveau téléphone. »

Tout d’abord sachez que les enfants agissent selon l’éducation qui leur a été donnée. Si les jeunes changent de téléphone tous les ans ne serait-ce pas parce que les adultes leur permettent d’agir de la sorte ? Les mineurs n’étant pas autorisés à travailler, je vois difficilement comment un enfant pourrait obtenir un téléphone sans l’aval d’un parent… De plus, s’ils sont habitués à prendre l’avion pour aller au ski ou à prendre des bains pendant de longues heures, ne serait-ce pas également parce qu’ils ont été habitués à de tels luxes ? Et qui pourrait avoir habitué ces jeunes durant leur enfance ? Eh oui, si les jeunes d’aujourd’hui ont des comportements critiquables, l’éducation que leurs parents leur ont donnée devrait peut-être être remise en question. Enfin, pensez-vous vraiment que les jeunes qui manifestent pour obtenir de réelles actions politiques sont ceux qui surconsomment et ne font pas attention à leur impact écologique ? Comme je l’ai dit : posons-nous les bonnes questions.

2. « Écolo profite du mouvement des jeunes pour récupérer des voix. »

Le parti Ecolo est, depuis sa fondation en 1980, l’un des partis à se soucier le plus du changement climatique. Les jeunes se mobilisant pour obtenir des politiques fortes en matière de climat ne serait-ce pas normal que ces manifestations (je précise que ces fameuses manifestations sont apolitiques et que les groupements étudiants n’ont jamais soutenu un parti plus qu’un autre, seulement les décisions que prennent l’ensemble des partis), soient reliées dans l’esprit commun au parti Ecolo ? Le jour où d’autres partis verront le changement climatique comme l’enjeu majeur de notre temps, peut-être que le parti Ecolo ne semblera pas récupérer toute la gloire (aux yeux de certains) pour ces gens qui réclament du changement. Mais il est plus facile de qualifier d’opportuniste un parti qui cherche des solutions que de se mettre à en chercher soi-même, n’est-ce pas ? Encore une fois : posons-nous les bonnes questions.

3. « Le nucléaire est le mal absolu, il faut l’éradiquer à tout prix. »

Pendant de nombreuses années j’étais en accord avec ces propos jusqu’au jour où j’ai vu une interview qui m’a fait me poser de nouvelles questions. La principale étant « ne vaut-il pas mieux conserver le nucléaire le temps de régler un problème plus long et d’ampleur plus grande (à savoir le changement climatique) jusqu’au jour où nous pourrons nous en passer en étant en accord avec le climat ? ». En effet, actuellement, abandonner le nucléaire sans diminuer notre niveau de vie revient à se baser sur d’autres énergies fossiles (telles le gaz, le charbon ou le pétrole), les énergies renouvelables n’étant pas encore à la hauteur de notre consommation. Le combat à mener est-il donc réellement contre le nucléaire et ses déchets dont le danger devrait s’estomper d’ici 500 ans ou contre les centrales à charbon ou à gaz, donc les effets sur le climat devraient s’estomper d’ici 10.000 ans ? Si oui, acceptons-nous réellement de voir notre niveau de vie diminuer considérablement pour pallier au problème climatique ? Posons-nous les bonnes questions.

4. « Le climat peut se changer sans changement radical de la société, la surconsommation et le capitalisme peuvent survivre dans un système durable. »

Les scientifiques et experts s’évertuent à faire passer un message : si le mode de vie et de consommation des pays développés est la cause principale du changement climatique, alors la solution est de changer ce mode de vie et de consommation. Mais cela ne peut se faire sans un changement de nos habitudes à tous et de notre façon de penser générale. Mais encore une fois, il est plus facile de se dire qu’on a fait notre part de boulot en cultivant des légumes dans son jardin, que de chercher à faire plus en poussant les grandes entreprises polluantes à prendre des décisions ou de remettre en cause un système capitaliste qui prône une croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Vous savez quoi ? Posons-nous les bonnes questions.

5. « Les jeunes font grève pour rater les cours, n’ont pas conscience de ce qu’est la vie. »

Si l’on peut reprocher une chose aux jeunes qui se bougent pour le climat, c’est de croire que leurs aînés auront la sagesse de se remettre en cause et de se bouger. Quand je vois les réflexions qui font suite à un article parlant d’Adélaïde Charlier et de ses décisions personnelles en faveur du climat ou parlant des différentes actions de désobéissance civile menées par des jeunes, je me dis que nos aînés, censés être plus sages et mieux comprendre les choses que nous, n’ont pas l’air beaucoup plus au courant de l’urgence de la situation. Critiquer des jeunes qui se bougent en arguant que « Moi je fais attention et mon mode de vie n’a pas changé depuis 40 ans et ma consommation est presque nulle » est une preuve de mépris envers une génération qui tente de trouver une réponse globale à un problème global et non un ensemble de solutions individuelles qui ne servent qu’à lentement faire reculer l’inexorable. Au lieu de critiquer les jeunes, ne pourriez-vous pas jeter un coup d’œil en arrière et regarder le monde que vous leur avez construit ? Parce que si ceux qui se bougent ont entre 12 et 25 ans, je ne pense pas qu’ils aient pu prendre de décisions aussi impactantes sur le climat que celles que les générations passées ont pu prendre durant les quarante dernières années. Mais pour la dernière fois, n’est-il pas plus facile de critiquer des jeunes qui se bougent plutôt que de se remettre en question et de se bouger soi-même un peu plus ? Encore et toujours : posons-nous les bonnes questions.

J’en appelle donc au bon sens général. Que vous soyez jeunes ou moins jeunes, au courant ou moins au courant de comment fonctionne la vie, prenez le temps de réfléchir à certaines questions. Par exemple, une situation économiquement stable vaut-elle vraiment le coup si la Terre n’est plus habitable par l’être humain ? Faut-il continuer de voter et de croire en des partis qui évoquent à peine le changement climatique ou qui en parlent comme d’un problème secondaire ? N’est-il pas temps de se rendre compte que ce problème ne peut se résoudre sans l’aide de politiques prenant de réelles décisions pour avancer vers une société durable ? Est-il vraiment juste de critiquer le comportement de la génération que l’on a éduquée car l’on n’est pas capable de remettre en question ses propres erreurs ? Et pour les jeunes, la flemme ou l’impression que cela ne sert à rien sont-ils vraiment des motifs valables pour ne pas se bouger pour votre avenir ? Je ne vous dis pas de lâcher l’école, mais un diplôme peut paraître bien inutile dans un monde invivable…

Pour conclure, je n’affirme pas amener les bonnes questions. Je ne pense pas avoir la science infuse ou avoir tout compris au problème qu’est le changement climatique. Cependant je réfléchis à des questions qui sont plus à même de saisir l’ampleur du problème qui nous fait face et je cherche à trouver des réponses appropriées à ces questions. Comme certains le disent « Le plus important n’est pas de bien répondre à la question, mais de bien la poser ». Alors pour la dernière fois et en espérant faire réfléchir quelques personnes : posons-nous les bonnes questions.

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