Carte blanche sur Notre-Dame: «Patrimoine et climat, même combat!»

Lincendie qui a consumé la cathédrale Notre-Dame a saisi le monde entier de stupeur, à quelques exceptions près. Bien sûr on pourra dire que d’autres catastrophes devraient recevoir la même attention, bien sûr on peut se désoler que tant de vies humaines soient brisées, ailleurs, dans l’indifférence générale. Cela est vrai, et cela est important. Mon travail consiste notamment à documenter les impacts du changement climatique sur les populations les plus vulnérables, donc je sais combien c’est vrai et combien c’est important.

Mais si l’émotion est si grande, et si partagée, c’est parce que la cathédrale était un élément du patrimoine commun de l’Humanité. Un bout de notre passé commun, et il n’est pas besoin d’être parisien ou catholique pour comprendre et partager cela. Notre-Dame n’avait pas seulement traversé les siècles : l’émotion qui saisissait tous ceux qui la visitaient transcendait les générations, les classes sociales, et les croyances. Riche ou pauvre, jeune ou vieux, croyant ou athée, il était difficile de ne pas être touché par la grâce devant tant de grandeur.

Dépasser l’incantation

Notre plus grand héritage commun, néanmoins, c’est la Terre. Et il est difficile de ne pas voir dans la toiture de Notre-Dame en feu une métaphore de la crise écologique, et singulièrement du changement climatique. Comment ne pas voir des similitudes entre les fragiles équilibres du système climatique et la grandiose harmonie de la cathédrale ? Comment ne pas songer à l’érosion de la biodiversité en découvrant que la charpente carbonisée était surnommée « la forêt » ? Comment ne pas penser à la Terre elle-même quand on évoque cette cathédrale qui a traversé les siècles et qu’on croyait éternelle ?

Comme Greta Thunberg au Parlement européen ce mardi, beaucoup appellent désormais à consacrer la même énergie à la lutte contre le changement climatique, et plus globalement à la protection de l’environnement, qu’à la reconstruction de la cathédrale. Je veux croire aussi qu’une telle communion autour de notre patrimoine commun puisse nous amener à nous mobiliser pour notre avenir commun. Mais on ne sauve pas le climat ou la biodiversité comme on sauve une cathédrale. Et pour dépasser l’incantation, il importe de comprendre pourquoi et comment nous nous mobilisons pour quelque chose qui nous dépasse.

Il y a sans doute, d’abord, le poids de l’Histoire, et le sentiment d’agir pour la postérité. Si les dons des milliardaires affluent aujourd’hui, c’est aussi parce que c’est pour eux la possibilité de laisser une marque qui leur survivra. Mais ceci peut être un puissant levier d’action : seule notre génération a la possibilité de conserver la Terre habitable pour les siècles à venir.

Un monde commun

Il y a ensuite, et peut-être surtout, le sentiment d’agir pour quelque chose que nous avons tous en commun. Beaucoup critiquent aujourd’hui la fausse générosité des milliardaires français, qui se précipitent au secours de l’effort de reconstruction alors qu’ils rivalisent d’ingéniosité pour éviter de payer des impôts qui pourraient notamment servir à la préservation du patrimoine. Là encore, cela est vrai. Et on a raison de dénoncer l’opération de communication et les exonérations fiscales. Mais je veux aussi croire que leur contribution à la restauration d’un héritage commun indique qu’ils considèrent qu’ils font encore un peu, un petit peu, partie du même monde que nous.

Il ne suffit pas de dire, aujourd’hui, qu’il faut sauver la Terre comme on sauve une cathédrale : il faut comprendre les ressorts de cette mobilisation, et voir comment ils peuvent s’appliquer à la question environnementale. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de restaurer notre passé commun, il s’agit aussi de préserver notre avenir commun. Et nous n’y arriverons qu’en retrouvant le sens de ce que nous avons en commun, au-delà des frontières et des continents, au-delà de nos propres existences, bien loin du localisme prôné aujourd’hui par l’extrême droite en réponse à la crise écologique.

« La beauté sauvera le monde », disait Dostoïevsky. Puisse la beauté de la Terre nous sauver également.

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