«Banques: le privé n’a pas vocation à gérer un service public»

«Banques: le privé n’a pas vocation à gérer un service public»

A quoi sert une banque ?

La banque est un rouage essentiel du fonctionnement de la société et de son économie. L’image courante est que la banque récolte l’argent des citoyens et le réinvestit dans l’économie sous forme de prêts. Prêts aux citoyens qui veulent s’acheter un logement ou démarrer une entreprise, aux entreprises, aux communes et autres institutions collectives qui veulent investir. En tant que prêteur, la banque joue un rôle important de service, qui consiste à conseiller le candidat emprunteur. Mais outre ce rôle économique, la banque est devenue un outil indispensable au service des citoyens. Impossible d’obtenir un emploi, de faire des achats, et d’accomplir d’innombrables gestes de la vie quotidienne si l’on n’a pas un compte et une carte bancaire.

On le voit : la banque est avant tout un service public, qui doit donner à chaque citoyen les moyens de fonctionner au quotidien. On peut donc se demander comment on en est arrivé à ce qu’aujourd’hui, en tout cas en Belgique, la plupart des banques soient privées. Sans vouloir refaire l’histoire, qu’il suffise de rappeler que, chaque fois que le monde financier voit l’occasion de transformer un service public en une source de profits en en extrayant la partie juteuse, il actionne ses leviers politiques pour arriver à ses fins. Depuis les années Reagan-Thatcher, le monde financier a infesté les milieux politiques et médiatiques de sa pensée unique néolibérale, ce qui lui a donné le champ libre pour privatiser tout ce qui pouvait rapporter de l’argent.

Quand la banque privée fait la preuve de son inefficacité

Pour arriver à leurs fins, les milieux financiers ont inventé un slogan qu’ils sont parvenus à faire scander avec une régularité sans faille par tous les représentants des partis néolibéraux : « l’État n’a pas vocation à gérer une banque ». Ce slogan est évidemment idiot mais il est ressassé avec une telle régularité qu’il apparaît comme évident, et ne s’accompagne d’aucune justification. C’est tout l’art de la propagande !

On a donc privatisé à tour de bras en Belgique : Crédit Communal, CGER, CERA et autres banques publiques, caisses d’épargnes ou coopératives ont été privatisées au cours des 40 dernières années. Avec quelles conséquences ?

La première est qu’au lieu de continuer à servir les citoyens, les entreprises, et les collectivités, ces banques privées se sont lancées dans une course effrénée à l’enrichissement de leurs actionnaires, en se lançant dans des opérations spéculatives de plus en plus risquées, se disant qu’en cas de crash l’État viendrait à leur rescousse parce qu’elles étaient « Too big to fail ». Le crash de 2008 est arrivé, et les citoyens ont dû mettre la main à la poche pour « sauver les banques ». Curieusement, presque aucun dirigeant de ces banques spéculatives ne s’est retrouvé en prison, ce qui a fait dire à la sénatrice américaine Elizabeth Warren, lors de l’audition des dirigeants de la banque HSBC convaincus de blanchiment d’argent, qu’ils étaient « Too big to jail ».

Mais à côté de cette conséquence bien connue de la création de méga-banques privées, vouées à la spéculation, il y en a une autre qui aujourd’hui a atteint un seuil critique. C’est la disparition progressive des services que toute banque est censée fournir aux citoyens et aux collectivités.

Les trois grandes banques privées belges (Fortis, ING et KBC) ont fait, au cours des dernières années, la démonstration de leur échec en tant que banque. Afin d’enrichir toujours plus leurs actionnaires, elles ont progressivement abandonné le rôle de service public qu’on attend d’une banque. Quand Fortis envoie près de 2 milliards d’Euros de dividendes à ses actionnaires français de BNP Paribas, tout en annonçant la suppression de 2.200 emplois et la fermeture de 267 agences, elle fait une démonstration éclatante de son inutilité pour l’économie et la société belge. Car si Fortis était une banque publique, ces 2 milliards seraient investis dans le développement d’un véritable service au public, ce qui nécessite de maintenir des banques de proximité et donc de garder son personnel pour assurer ce service.

La stratégie des banques privées est transparente : il s’agit d’assurer un service de plus en plus élitiste aux personnes aisées, mobiles et connectées, car c’est cela qui rapporte. C’est ainsi que dans la riche commune de Schilde, on compte une agence bancaire pour 1.305 habitants, alors qu’à Molenbeek il y en a une pour 9.545 habitants. Pire encore, 47 communes n’ont plus d’agence bancaire du tout. Les commerçants doivent faire de longs déplacements, qu’ils jugent risqués, pour aller déposer leur recette à la banque.

Faisons de Belfius une véritable banque publique

Le gouvernement Michel a voulu vendre une partie de Belfius au privé, sans aucun débat parlementaire, sur base du slogan éculé « L’État n’a pas vocation à gérer une banque ». L’histoire montre que la privatisation partielle est toujours le prélude à une privatisation totale. L’objectif est de permettre à des fonds d’investissement privés de se remplir les poches plutôt que d’en faire bénéficier la population. La conjoncture boursière l’en a empêché. C’est donc une opportunité superbe pour nous tous, citoyens, de faire de Belfius le véritable service public que toute banque doit être, comme nous l’expliquions plus haut. Car nous avons cette chance inouïe : Belfius est à nous !

C’est donc à nous, citoyens-électeurs, d’expliquer aux partis qui se présentent à nos suffrages le 26 mai prochain, ce que nous voulons faire de notre banque. La direction actuelle de Belfius semble être aveugle à son rôle de service à la population au point d’organiser ce 24 avril une AG fermée au public, pourtant propriétaire de la banque. Au contraire, elle s’est mise à copier les modèles des autres banques privées pour maximiser le bénéfice afin de se rendre attractive aux acheteurs privés, en développant notamment le private banking pour les particuliers riches. Belfius rapporte actuellement un dividende annuel d’environ 350 millions d’euros à l’État belge. Comme l’expliquait un article du Soir  : « Ce dividende représente un rendement de 6,2 % sur la mise initiale, alors que le taux d’intérêt payé sur la dette publique est de 2,5 %. Vous viendrait-il à l’idée de liquider un placement aussi rentable ? Non. » écrivait-il.

Il y a beaucoup mieux à faire pour un service public que de verser des dividendes à l’État belge, qui servent autant à acheter des avions militaires qu’à financer la police. Ses objectifs doivent être d’améliorer ses services au public, d’assurer l’emploi de ses collaborateurs, d’investir dans les collectivités locales, dans la transition écologique. C’est à nous, citoyens-propriétaires de la banque, qu’il appartient de fixer ces objectifs, en concertation avec les partis politiques. Il est temps, pour ces derniers, de s’engager pendant cette campagne électorale, à mener un véritable débat sur l’avenir public de Belfius. Le collectif « Belfius est à nous » a déjà largement entamé ce débat.

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