MR: «Bruxelles 2030, on y travaille déjà»

© Belga
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Vingt-trois mars 2030, 7h45, dans le RER, en route vers Bruxelles.

« Ding »

Alissia lit sur son smartphone le SMS qu’elle vient de recevoir.

Un sourire se dessine sur son visage.

Elle l’affiche presque en permanence depuis quelques semaines.

***

08h12, Gare Simonis

« Antoine, on est arrivé ! »

Antoine, le collègue d’Alissia, s’endort chaque matin durant le trajet. Tous les deux ont grandi à Bruxelles, mais vivent aujourd’hui à Louvain.

Antoine émerge de son sommeil et demande : « On ne prendrait pas un scooter électrique ce matin ? »

La voiture individuelle a moins la cote ces dernières années dans la capitale. Et pour cause, le Gouvernement bruxellois a créé un nouveau système inspiré du modèle finlandais : avec un abonnement unique – le MYB (Move Your Body) – et une seule application sur son smartphone, tout le monde peut désormais facilement organiser son transport en ville en combinant le train, le métro, le tram, le bus, le vélo, la trottinette en libre-service, la voiture partagée ou le scooter électrique de location.

Cette application, qui donne accès aux données partagées des acteurs publics et privés, permet à chacun d’enfin bénéficier de l’offre qui lui correspond à un tarif prédéterminé : une offre de mobilité multimodale qui intègre de l’information voyageur en temps réel, un calculateur de parcours, la billetterie et le paiement.

« Non Antoine, on ne loue pas de scooter aujourd’hui. »

***

Antoine nargue chaque matin Alissia à la sortie du RER avec cette proposition de scooter. Il sait que c’est de toute façon peine perdue : Alissia est une fervente adepte du Télu à Bruxelles.

Le Télu n’est rien d’autre que le téléphérique urbain. La ligne a été inaugurée récemment et survole toute la zone du Canal qui s’est fortement développée.

Le projet, aussi conçu comme une attraction touristique pour Bruxelles, n’a pas été simple à concrétiser. Il a soulevé de nombreuses questions. Aujourd’hui, tout comme dans d’autres grandes villes internationales, il est une réussite.

Alissia valide son abonnement mobilité offert par son entreprise et entre dans le Télu.

Depuis la mesure adoptée en 2019, les mentalités ont fort évolué dans les entreprises à Bruxelles : fini l’incitant fiscal uniquement pour les voitures. Un travailleur peut en lieu et place d’une voiture bénéficier d’un montant similaire pour l’aider à rembourser son crédit hypothécaire, rénover ou isoler sa maison, par exemple.

Cette mesure, couplée à toute une série d’autres en matière de mobilité (plusieurs parkings de délestage, RER, réseau ferroviaire intrabruxellois, navettes fluviales, extension du métro, etc.) a permis de diminuer le nombre de voitures dans la capitale. Conséquence : la mobilité est plus fluide pour ceux qui l’utilisent toujours et l’air en ville est devenu plus respirable pour tout le monde.

***

Alissia, elle, l’a utilisé pour financer tout son abonnement MYB : train, tram, bus, vélo, métro, voiture partagée, trottinette et le Télu.

Cela lui laisse même un montant en cash à dépenser comme elle le souhaite. Du coup, elle repense au SMS reçu ce matin.

***

Antoine : « Pourquoi tu souris ? »

Alissia : « Pour rien ».

Antoine : « Mouais ».

Alissia : « Tu te souviens lorsqu’on marchait avec les élèves le jeudi après-midi ? »

Antoine : « Bien sûr ».

Alissia : « En fait, tu sais quoi ? On a été le soutien dont ont eu besoin les responsables politiques pour arriver là où on en est aujourd’hui ».

Antoine : « Que veux-tu dire ? »

Alissia : « Ils étaient face à un dilemme à l’époque : un dilemme terrible entre, d’un côté, l’industrie qui assurait et assure toujours le fonctionnement économique et le bien-être des gens mais qui polluait la planète et puis, d’un autre côté, les velléités de “décroissance” prônées par certains, un modèle qui aurait mis des milliers de gens au chômage et créé une crise économique majeure.

Antoine : « Oui, et ils ont compris qu’il fallait une troisième voie ».

Alissia : « Celle de la croissance propre, à savoir une croissance durable qualitative. Concrètement : changer tout ce qui était polluant par des infrastructures modernes et efficaces. En fait, ils ont compris que la protection de l’environnement passait par plus d’investissements, pas moins ! Ça a permis de protéger l’environnement, d’accroître les richesses et puis de créer des emplois, beaucoup d’emplois ».

Antoine : « Les nôtres, par exemple ».

Alissia sourit.

***

Tous les deux ingénieurs de formation, Alissia et Antoine travaillent à la Fondation Blue PlaNEST.

Tout a commencé en 2020, lorsque le Gouvernement a lancé une forme originale et créative de partenariats public-privé : un Blue Deal inspiré de ce qui se faisait déjà chez nos voisins hollandais.

Concrètement, des « voies rapides » ont été développées pour que les projets labellisés « Blue Deal », à savoir positifs en matière environnementale et énergétique, ne prennent pas des lustres avant de voir le jour, et ce, en facilitant l’octroi des permis, en raccourcissant les délais de traitement des dossiers par l’administration, en supprimant les obstacles administratifs ou en favorisant l’accès aux marchés : une loi climat concrète en quelque sorte.

Pour chapeauter ces projets, la Blue PlaNEST a vu le jour : une fondation qui a sélectionné plus de 1.000 solutions belges ou internationales technologiquement crédibles, qui protègent l’environnement et qui sont économiquement rentables.

Blue PlaNEST a ainsi vu émerger de nombreuses idées, parfois jugées trop ambitieuses lors de leur présentation mais comme dit souvent Antoine : « les opinions changent vite quand elles rattrapent leur époque. »

« Bing ! », une notification retentit sur le GSM d’Antoine.

« Alors ? », demande Alissia.

« L’air est encore meilleur qu’hier », répond Antoine.

Grâce à d’importants investissements publics et privés, un réseau de capteurs fournissant des informations en temps réel sur les flux – automobiles ou autres – et sur les diverses pollutions a pu être mis en place dans toute la capitale.

C’est aussi la Blue PlaNest qui a permis le développement d’une pépite bruxelloise : l’entreprise SmokePower, qui a mis au point un processus permettant la réutilisation de la chaleur issue des fumées des chaufferies d’usine ou d’incinérateur. C’est ce qu’on appelle la « chaleur fatale ».

Un autre projet réussi a été le développement d’une société qui a perfectionné le fonctionnement des osmoseurs, ces dispositifs permettant la désalinisation de l’eau de mer.

Le plastique a aussi été fortement maîtrisé avec les années grâce, entre autres, au RT8000, une machine imaginée par une société belge bien connue dans le domaine de la chimie et qui permet de recycler les plastiques « non recyclables » pour leur redonner leur forme d’hydrocarbure. Au moyen d’un procédé de recyclage chimique, la machine transforme le plastique (à base de pétrole) en une huile appelée Plaxx qui peut ensuite servir à produire du plastique vierge ou à être utilisé dans la fabrication de cirage ou de bougies.

Le RT8000 est la version améliorée du RT7000 conçu par une société britannique en 2017. Plus rapide, plus petit et capable de traiter plus de plastique en même temps, le RT8000 est plus rentable et s’est donc rapidement imposé sur le marché.

C’est en fait toute la politique entrepreneuriale du pays qui a été boostée : à côté de sociétés bien établies, on a assisté à une émergence de startups très créatives qui ont généré de l’emploi à Bruxelles et distribué leurs produits dans le monde entier.

Il faut dire que la baisse de l’impôt des sociétés pleinement en vigueur en 2021 a beaucoup aidé : les entreprises ont retrouvé des marges pour investir et c’est ce qui a favorisé l’apparition d’initiatives comme celles de la Blue PlaNest.

Et tout cela avec le soutien du secteur public. La Société Régionale d’Investissement de Bruxelles (Finance Brussels), soit le pôle de financement public de la Région de Bruxelles Capitale, qui a recentré ses activités sur des secteurs d’avenir définis, a investi avec succès dans plusieurs d’entre elles.

***

Mais ce dont Alissia est la plus fière, c’est d’une évolution plus simple, celle des incubateurs d’un nouveau genre axés sur l’économie circulaire locale et qui réunissent principalement des startups dont, par exemple, les déchets de l’une deviennent les ressources de l’autre.

C’est ainsi que – pour ne citer qu’elles – les deux entreprises « CUPPY » et « BEANS » ont vu le jour.

« Y a rien à faire, j’adore remplir mon thermos chez CUPPY tous les matins. », lance Alissia.

« Les cafés sont vraiment bons, oui ! Et puis, refiler le marc résiduel à BEANS comme terreau pour qu’ils puissent y cultiver les légumes qu’on mangera ce midi, c’est bri-llant ! » commente Antoine.

« C’est Bru-xelles, tu veux dire », réplique Alissia avec un clin d’œil.

***

Alissia réfléchit et se dit que le SMS de ce matin n’est vraiment pas un hasard.

***

« Halte Vergote »

08h17 : Alissia et Antoine descendent du Télu à la Halte Vergote.

Ils sont juste à côté de la Blue PlaNest.

Ils sont aussi à quelques encablures de la future station de métro à laquelle Antoine a travaillé d’ailleurs. Il était entre autres chargé s’assurer que la gare soit accessible pour tous, en particulier aux personnes à mobilité réduite : une vieille – et pourtant justifiée – revendication du secteur.

En 2014, un grand journal économique du pays avait, parmi 12 « idées pour s’en sortir » proposé 4 nouvelles lignes de métro. Les journalistes avaient vu juste.

Le débat sur le métro avait pourtant pris une drôle de tournure en 2019. Il était uniquement question, à l’époque, du métro Nord reliant la gare du Nord à Schaerbeek, à la station Bordet à Evere.

Certains s’étaient soudain montrés sceptiques malgré les études sérieuses commanditées par Beliris pour la Région bruxelloise. En fait, c’étaient des métro-sceptiques, un peu comme il existait des climato-sceptiques à une époque heureusement révolue… Ils soutenaient qu’il fallait des trams plutôt que des métros, que le métro coûtait trop cher et qu’il était dangereux car creusé trop profondément. L’histoire leur a donné tort.

C’est précisément le développement de nouvelles lignes de métro et la mise en place de métros automatiques augmentant la fréquence du réseau combinée à l’offre S de la SNCB et l’arrivée tant attendue du RER, qui ont été le chaînon manquant pour une vraie approche multimodale à Bruxelles.

« Alissia, attention ! »

Antoine doit la bousculer pour qu’elle s’écarte de justesse de la piste cyclable. Elle était sur le point de se faire renverser par un vélo électrique qui arrivait à vive allure. Le regard rêveur d’Alissia était fixé sur la route au loin plutôt que sur la piste cyclable devant elle.

– Merci Antoine, tu m’as évité l’accident !

– A quoi tu pensais ?

– A tout le travail abattu depuis 15 ans. A nos sols et leur source importante d’énergie. Tu te souviens comme on riait de nous à l’époque et regarde aujourd’hui, quelques-unes de nos routes sont dotées d’un revêtement qui ne se borne plus à uniquement permettre l’acheminement des véhicules d’un endroit à l’autre mais qui se dote également de capteurs capables de produire de l’électricité ou d’emmagasiner la chaleur.

– C’est vrai, qui y aurait cru ? Quand on a assez de soleil, ces nouvelles formes d’asphalte régénèrent la chaleur stockée pour dégeler la route en hiver ou fournir de l’électricité aux bâtiments voisins, comme les écoles, par exemple.

– On y arrive parce que certains y ont cru. Ah ben tiens, lui par exemple… Salut José !

– Hey !

***

Arrivé à la Blue PlaNest, Antoine s’assied souvent près de José.

Il est un des précurseurs d’un complexe multigénérationnel à Bruxelles, à l’instar de ce qui se faisait au Canada depuis de nombreuses années.

Ça n’a pas été simple à développer mais aujourd’hui, il n’est pas peu fier de son travail : la « Grande Vadrouille » a été inaugurée récemment à Forest, à la limite avec Uccle.

José est justement en train de relire la description sur le site internet :

La Grande Vadrouille

Un bel espace vert où 3 générations se côtoient et s’entraident quotidiennement.

Les plus jeunes y paient un loyer réduit en échange de certains services fournis aux seniors. Chaque génération s’engage au respect d’une charte appelée contrat générationnel. Les seniors paient selon le nombre de chambres et le degré de médicalisation de l’appartement.

Ce complexe multigénérationnel est soutenu financièrement par la commune, la Région et des investisseurs privés. Il contient un espace culturel et sportif, une structure hospitalière légère, une galerie commerçante et un espace de co-working. Tout est réglé grâce à la domotique, selon les besoins individuels des résidents.

Chaque appartement contient une cuisine super-équipée et sécurisée (taques qui s’éteignent automatiquement, tiroirs intelligents, détecteurs de mouvement et de fumée…), une salle de bain ergonomique, un salon adapté et une à trois chambres.

José est lui-même devenu senior depuis quelques années mais il aime continuer à travailler au-delà de sa pension. Il y a bien longtemps, une mesure prise par le gouvernement fédéral lui a permis de cumuler son salaire avec sa pension, tout bénéfice !

José vit toujours chez lui avec sa femme, Sarah. Elle est en moins bonne santé que lui mais ils n’ont pas l’intention de quitter leur appartement.

Tout a été mis en place pour retarder au maximum l’entrée des aînés en maison de repos et ce, via un refinancement important du secteur de l’aide à domicile : repas livrés, aide familiale, aide ménagère, etc. Les seniors qui en ont besoin doivent être aidés, chez eux, c’est devenu une priorité de la nouvelle politique régionale.

L’argent a pu être trouvé à Bruxelles grâce à l’instauration – à l’instar de ce qui se faisait en Flandre depuis longtemps – d’une assurance autonomie : une assurance à laquelle chaque personne de plus de 26 ans cotise et qui permet à chacun de rester chez soi à un âge avancé de la vie tout en bénéficiant d’une aide bienvenue. Aussi, et surtout, elle a permis de renforcer l’accompagnement social et de bien-être aux personnes porteuses d’un handicap, peu importe l’âge.

***

10h45 – Blue PlaNEST

Alissia est entrée en réunion avec Fabio, un architecte bruxellois talentueux.

Toujours dans le cadre de cette dynamique de croissance propre, Bruxelles a adopté depuis plusieurs années une politique de rénovation/construction de logements assez ambitieuse.

Concrètement, un taux de 6 % de TVA (et plus 21 %) a été appliqué aux ménages qui acquièrent un nouveau logement dans le cadre d’une opération de démolition-reconstruction par des acteurs professionnels.

Grâce à ceci, certains architectes ont pu déployer tout leur talent.

Fabio explique à Alissia : « Tu sais, à la Blue PlaNEST, plusieurs entreprises s’investissent depuis longtemps dans l’architecture afin de développer les villes du futur via le réemploi de matériaux existants. Leur credo, bien connu : plus de matière grise pour moins de matières premières. »

En 2030, la Région de Bruxelles-Capitale compte non seulement plus de logements mais a surtout entrepris un ambitieux rajeunissement du bâti. Et pour cause, en 2019, 66 % des bâtiments bruxellois dataient de l’avant-guerre !

Cette nouvelle philosophie urbaine couplée à un abattement du précompte immobilier a permis, elle aussi, de contribuer à enrayer ce terrible mal bruxellois : l’exode urbain des classes moyennes.

« J’aurais pu être architecte », lance Alissia.

« C’est passionnant, tu sais. Par exemple, moi, je me suis éclaté à travailler sur la gestion des déchets ménagers lors de la conception urbanistique de nouveaux logements ou de rénovations. On a cherché à développer une intégration urbanistique de stockage plus adéquate : des composteurs, des cuves réductrices inamovibles, des containers enterrés en voirie, bref, tout un système qui a remplacé progressivement celui des sacs-poubelles déposés sur les trottoirs. Et on a plein d’autres idées en tête »

« Ça, tu dois vraiment me montrer ! » dit Alissia !

« OK mais suis-moi, j’ai besoin d’un petit café », répond Fabio.

Tout en parlant, Fabio se verse un café fort dans un filtre à café en voile de lin et emporte quelques fruits de saison.

Le filtre à café en voile de lin est devenu la référence depuis longtemps, parmi des tas d’autres nouveaux produits.

Le but ? Une ville qui ambitionne le zéro-déchet à l’instar de San Francisco qui, il y a 18 ans, en 2012 déjà, atteignait l’objectif de 80 % recyclé ou composté via des incitants financiers pour réduire le gaspillage de nourriture et de ressources mais aussi au travers du rôle d’exemplarité joué par les services publics.

Ainsi, les entreprises, les commerces, les administrations locales, régionales ou fédérales mais aussi les écoles ou les commissariats de police ont tous emboîté le pas de la lutte contre les déchets : le plastique est banni, le compostage est promu et le recyclage est encore plus tendance.

***

Alissia consulte à nouveau son téléphone.

Elle a reçu une notification Whats App. C’est Ben.

« Rendez-vous, ce soir 18h, du côté de la Marina ? »

Alissia grimace. Elle ne répond pas.

***

12h25, au salad bar « Bol »

Alissia mange ce midi avec son amie Marie-Lou. Elle la retrouve Place Keym à Watermael-Boitsfort, un quartier où les petits commerces et restaurateurs prospèrent.

Elle voulait la voir pour qu’elle lui explique où elle en est professionnellement.

Marie-Lou a beaucoup de choses à raconter depuis qu’elle profite pleinement de son allocation de carrière.

Concrètement, au fil des années, s’est développé un droit universel à l’apprentissage permettant à chacun de se réorienter, suivre une formation, lancer un projet, et ce, en cours de carrière.

Ainsi, chaque travailleur a la possibilité, selon son choix, de prendre jusqu’à trois fois une année de « pause » pendant sa carrière, en reportant, à chaque période de « pause », sa durée de départ à la pension d’une année. Il doit avoir travaillé au préalable au minimum 5 ans.

Pendant cette année de pause, une allocation correspondant au montant de la pension minimale lui est versée. En plus de cela, des « jetons formation » donnant droit à des formations qualifiantes en entreprises ou organisées par le secteur public sont octroyés au travailleur. Ces formations permettent d’acquérir de nouvelles compétences (par exemple dans les domaines technologiques) et sont cofinancées par l’entreprise et le travailleur.

Marie-Lou compte donc bien profiter de son année pour se lancer. Son objectif : se lancer à terme comme indépendante à titre principal. Elle va donc suivre des formations pendant une année et reprendra ensuite son travail à 4/5e en s’inscrivant comme indépendante à titre complémentaire. D’autant plus que désormais, l’activité d’indépendant complémentaire crée des droits à la pension dès le 1er euro de cotisation versé.

– C’est fou, tu sais, le nombre de personnes qui lancent leur petite affaire.

– Je suis d’accord avec toi, aussi bien chez les jeunes que chez les pensionnés.

– Le statut d’indépendant a tellement bien évolué qu’il est devenu la grande tendance ! Par sa protection renforcée et la flexibilité qu’il offre, beaucoup de jeunes et de moins jeunes rêvent de se lancer.

– Il est aussi devenu une vraie option auprès des personnes qui ont perdu leur emploi : des coopératives d’activités spécialisées en la matière les aident à se lancer comme indépendants sur la base d’un projet construit.

– Exact ! Et j’en connais même certains qui, après avoir créé leur propre job, ont même pu en proposer un, voire plusieurs !

– Surtout depuis la suppression des charges sociales sur les 5 premiers emplois…

Après 10 ans dans le département des ressources humaines d’une grande société de télécoms, Marie-Lou rêve de se lancer dans le domaine du coaching en accompagnant les dirigeants d’entreprise à se développer personnellement mais aussi à fédérer leurs équipes en les rassemblant autour d’un projet. Son public cible : les nombreuses entreprises, surtout des petites et moyennes entreprises, de l’écosystème Blue PlaNest.

Ces dernières sont en pleine croissance à Bruxelles, tout particulièrement depuis la multiplication des zones franches (fiscales) dans la Région.

***

13h15, en attendant le dessert

– Tu sais, Alissia, une des clés de la Renaissance de Bruxelles ces dernières années a été de ne pas se contenter de vouloir uniquement garder ou ramener la classe moyenne dans Bruxelles.

– Que veux-tu dire ?

– Il a aussi fallu créer plus de classe moyenne.

– Ah oui, et c’est entre autres passé par une plus grande culture de l’entrepreneuriat.

– Voilà, tu as tout compris.

Les partenariats public-privé (PPP) ne sont pas demeurés une théorie développée uniquement dans les programmes de certains partis politiques : un vrai centre d’expertise en la matière a été créé et le recours aux PPP est devenu un outil plus fréquemment utilisé comme mode d’investissement. C’est comme cela que l’on a pu rénover et enfin entretenir sur le long terme les tunnels bruxellois, sortir du nucléaire en construisant des éoliennes le long de toutes nos côtes en mer du Nord, rénover le parc de logements sociaux, etc.

Il a aussi fallu adapter les règles urbanistiques pour qu’elles correspondent aux besoins de la nouvelle vie en ville : mettre l’administration au service de la création et du développement.

« Tu sais aussi qu’en 2019, les entreprises de la Région bruxelloise payaient un tiers d’impôts locaux (Région et communes) en plus que celles situées dans les deux Brabant », rappelle Marie-Lou.

Alissia ne répond pas et semble perdue dans ses pensées.

« Alissia ? », demande Marie-Lou.

« Oui, pardon ! », dit-elle en repensant au SMS de ce matin.

« Oui, je sais, relance Alissia, comme pour s’excuser d’avoir été inattentive. Mais, depuis, la Région a pris ses responsabilités et a assuré une meilleure harmonisation des impôts appliqués aux entreprises ».

« Exactement ! », embraye Marie-Lou.

« Ce n’est pas tout ! La Région a aussi décidé de renforcer le soutien aux communes qui n’appliquaient pas de nouvelles taxes aux entreprises. »

« OK, en fait, tu connais tout cela aussi bien que moi ».

***

Alissia sourit. Puis replonge dans ses pensées.

Son téléphone retentit à nouveau, c’est Ben qui s’impatiente et lui renvoie un message Whats App :

Ben : « Alors ? »

Alissia se décide et lui répond.

***

13h37, retour à la Blue PlaNEST

En retournant à la Blue PlaNest, Alissia voit au loin Eric dans sa camionnette.

Eric a lancé son activité de chauffagiste comme indépendant à titre complémentaire. Eric était employé depuis 15 ans dans une société active dans la construction puis a pris un 3/5e temps pour démarrer son projet pendant les 2/5es restants.

Vu les nombreux travaux de rénovation en cours dans la capitale, le boulot n’a pas manqué et il a pu rapidement démissionner de chez son employeur pour devenir chauffagiste à temps plein.

En effet, un grand plan d’isolation de tous les bâtiments publics a été lancé en 2020. Il s’est en grande partie concentré sur le chauffage des bâtiments. A l’époque, il représentait pas moins de 70 % des émissions de CO2 et 84 % des émissions d’oxyde de soufre.

Pour les particuliers qui rendent leur logement plus économe en énergie, ils bénéficient d’un prêt à taux zéro, d’une réduction supplémentaire de précompte immobilier et d’une nouvelle baisse d’impôts à l’IPP.

De nombreux propriétaires ont franchi le pas, pour le bonheur de leur portefeuille. Et un peu aussi celui d’Eric.

Pour l’heure, il roule fièrement avec sa camionnette sur la bande bus.

Et pour cause, le gouvernement bruxellois a récemment autorisé les indépendants à emprunter les bandes bus à certaines heures et conditions. Une application indique à Eric quand il peut utiliser lesdites bandes en temps réel sans que cela n’entrave le trafic des bus. Les embouteillages ne constituent plus un problème pour Eric, qui ne peut faire autrement qu’utiliser son outil de travail.

Alissia l’appelle :

« Allo ? »

« Regarde-toi, tout fier dans ta camionnette, on dirait que tu pars conquérir le monde », sourit Alissia.

« Mon monde à moi en tout cas, oui », rigole Eric.

***

Ben a répondu : « OK pour 20h, même si tu mets ma patience à l’épreuve ».

Alissia est soulagée. 18h n’était vraiment pas possible.

Elle relit pour la dixième fois le sms reçu ce matin dans le RER. Elle sourit à nouveau.

***

14h03, Blue PlaNest.

Alissia passe devant la salle de réunion vitrée, le « creative lab » dans laquelle elle reconnaît Marco. Marco est expert en IT et s’y retrouve régulièrement avec des magistrats.

La Blue PlaNest est devenue un lieu où privé et public co-créent. S’inspirant du Gov Challenge aux Etats-Unis, le Ministre de l’Agenda digital a développé une plateforme dans laquelle il sollicite des propositions ou des solutions afin de régler des problèmes ou de répondre aux besoins du secteur public. La meilleure proposition ou solution remporte même une somme d’argent.

C’est ce BE-Challenge qui a permis de résoudre une grande partie du problème d’informatisation de la justice : en 2020, le Ministre de la Justice a lancé un challenge pour développer une interface sécurisée permettant à chaque acteur de la justice (avocats, magistrats, justiciables) de suivre l’état d’avancement de ses litiges et de communiquer avec le tribunal et ses différents services.

Chaque partie a accès aux informations la concernant et peut y retrouver l’ensemble des pièces déposées, les dates de fixation d’audience, la date à laquelle le jugement sera rendu… Bref tout le parcours judiciaire. Une notification est envoyée dès qu’un nouvel élément est disponible.

Cette interface permet enfin une gestion interactive et en temps réel des audiences : les justiciables et leur conseil sont convoqués pour une heure précise et informés des éventuels retards. C’est une révolution pour les avocats qui ne doivent plus consacrer une demi-journée à attendre leur tour aux audiences ! La justice est plus accessible à chacun.

C’est Marco qui avait développé l’application avec l’aide d’avocats et de magistrats.

– Tu sais Alissia, le visage de la justice a complètement changé : il n’est plus nécessaire de perdre des heures au Palais pour aller consulter un dossier ou une pièce. Tout semble aller plus vite et notre justice a gagné en efficacité.

– Chapeau l’artiste !

***

Alissia est d’un coup très nerveuse.

Elle vérifie sur sa tablette.

C’est bon, elle sera à temps.

***

– Mais dis-moi, Marco, toi qui côtoies souvent les juges d’instruction, j’ai quand même cru comprendre que l’insécurité avait diminué dans plusieurs quartiers bruxellois, non ? »

– C’est exact Alissia. Tout comme les incivilités du type tags, dépôts clandestins, etc. d’ailleurs.

– Comment ça se fait ?

– C’est entre autres grâce aux citoyens qui se sont investis avec enthousiasme dans la création de PLP, de nouveaux Partenariats Locaux de Prévention bruxellois.

– C’est quoi encore un PLP ?

Marco sourit :

– Un PLP est un accord de collaboration entre les citoyens et la police locale au sein d’un quartier déterminé qui permet un échange permanent d’informations. Les PLP fonctionnent grâce à leurs membres, des citoyens, qui avertissent immédiatement une centrale quand ils sont témoins, par exemple, d’un agissement suspect, d’un délit, d’un dépôt clandestin… En 2018, il y avait 1.059 PLP en Belgique dont 875 en Région flamande, 178 en Wallonie. Et seulement 6 dans la Région bruxelloise.

– Et c’est juste les PLP qui ont aidé à diminuer l’insécurité ?

– Les caméras aussi. Elles sont de plus en plus nombreuses dans les espaces publics et ont été déterminantes. Au début, tous les habitants n’étaient pas convaincus. Mais vu la baisse de la criminalité, beaucoup de citoyens sont aujourd’hui enthousiastes, surtout les commerçants en fait.

– Bon ben je suis heureuse de l’apprendre.

– C’est aussi grâce à la cartographie de la police prédictive, à la détermination de hot spots mais aussi au renforcement de la technoprévention dans les quartiers et immeubles privés que la présence policière a pu être optimalisée.

***

Alissia pense aux commerçants.

Marco s’arrête de parler puis lui demande :

– Ça va ?

– Oui. Tellement bien.

***

17h02, à l’école, près du parc Duden

Alissia se rend à l’école de son filleul, Kerem.

Il y a 10 ans, lorsqu’elle habitait encore à Bruxelles, Alissia avait entendu parler de l’ASBL Duo for a Kid qui a créé un système de parrainage pour un accueil bénévole de façon ponctuelle et régulière (certains week-ends et parfois les vacances), d’un enfant en difficulté familiale, dans le but de lui apporter une stabilité affective et un apport éducatif sans jamais se substituer à ses parents.

Ayant eu la chance de grandir dans une famille stable et aimante, elle a voulu donner de son temps pour ceux qui ont eu moins de chance. C’est finalement en 2023 qu’elle a franchi le pas et est devenue la marraine de Kerem, arrivé en Belgique à l’âge de 4 ans avec son père Amil, qui avait fui le conflit en Bogorie (petit pays d’Asie centrale).

Amil, depuis lors réfugié reconnu, ne parlait pas le français à l’époque et Kerem encore moins ! La vie d’Amil n’est pas simple et son passé resurgit parfois, le plongeant dans des périodes où il a besoin d’aide. Alissia s’est investie dans cette relation bien au-delà de ce que l’ASBL pouvait attendre.

Elle s’implique énormément dans la scolarité de Kerem, au grand bonheur de son père et accompagne souvent Amil aux contacts parents.

Kerem est à l’école fondamentale. Mais pas n’importe laquelle : l’école multilingue dont rêvaient en 2019 les doyens francophone et néerlandophone de deux grandes universités bruxelloises. Il y a à peine 15 ans, celle-ci faisait encore partie de ce que l’on appelait les « écoles poubelles ». Depuis lors, le décret inscriptions a été supprimé et une autre philosophie imprimée : des écoles d’excellence partout, dans tous les quartiers.

Les enseignants ont été les premiers à vouloir traduire cette philosophie. Le monde politique a suivi et a décidé de mieux les valoriser.

Un peu comme l’a initié avec brio l’ASBL Teach For Belgium depuis 2013, plusieurs « nouveaux professeurs », issus du secteur privé, sont également venus apporter leur expérience dans le monde de l’enseignement, parfois quelques heures seulement par semaine. Ce faisant, les écoles d’immersion, par exemple, en anglais ou néerlandais, se sont plus facilement développées dans tout Bruxelles.

Les professeurs partagent leurs bonnes pratiques sur une plateforme numérique. Ce véritable diffuseur d’excellence permet de récolter des idées innovantes et des réponses aux problèmes des professeurs. De numérique il est encore question dans l’enseignement des compétences de base puisqu’à l’école choisie par Alissia, comme on l’a fait assez tôt au Canada, c’est par des applications ludiques et évolutives en lien avec le niveau de l’élève que celui-ci apprend. Depuis son PC, sa tablette, son téléphone, à l’école ou à la maison, Kerem répond à des quiz, des sondages, des discussions qui progressent ou se rejouent en fonction du niveau d’acquisition. Le temps passé devant les écrans est strictement limité chaque jour et la lecture est fortement encouragée.

La qualité des écoles s’est aussi traduite dans l’infrastructure : l’école de Kerem, tout comme un grand nombre d’écoles à Bruxelles, a été rénovée en profondeur. La Région bruxelloise et la Communauté française ont lancé un vaste projet de partenariat public-privé afin de rénover les écoles qui en avaient le plus besoin. Ce projet appelé les « Ecoles de demain » a permis à certains établissements, tous réseaux confondus, de présenter un dossier de demande de rénovation. A la suite de quoi, un consortium de professionnels du secteur immobilier, couplé à des banques, a entrepris, en collaboration avec ces écoles, toutes les démarches nécessaires : des études de conception puis suivi du chantier à la maintenance et l’entretien des écoles pendant 30 ans pour assurer une qualité impeccable du cadre d’étude des élèves.

Consultante en gestion des ressources humaines, parfaite bilingue néerlandais/français, Hilde donne quelques heures de cours dans l’école de Kerem et organise régulièrement des visites d’entreprises avec les enfants. Elle a envoyé un message à Alissia lui proposant de se retrouver pour parler du potentiel de son filleul. Depuis les années 2020, l’enseignement se conçoit à l’écoute des qualités ainsi que des besoins de chaque élève et en collaboration avec les parents.

– Comment allez-vous ?

– Formidable, heureuse de vous voir, répond Alissia. Alors, expliquez-moi tout !

– Je voudrais vous parler de Kerem et de sa participation aux cours.

– Quelque chose ne va pas ?

– Au contraire, votre filleul a vraiment la bosse des maths, c’est impressionnant.

– C’est tout mon Kerem, ça !, rigole Alissia.

– Nous voudrions l’inscrire aux Olympiades de mathématiques si vous acceptez…

Alissia ne dit plus rien.

– Madame ? Quelque chose ne va pas ?

– Si, si, très bien. En fait, extrêmement bien.

Alissia regarde son GSM. Et sourit.

***

17h42, dans le Métro Nord

Alissia est tout à coup crispée.

Elle va être en retard.

Elle déteste ça. Surtout aujourd’hui. Surtout pour ce rendez-vous.

***

Dans le métro, Alissia consulte vite ses mails et lit celui de Juliette, sa petite sœur de 23 ans.

Juliette est pleinement engagée dans le service citoyen, un service qui connaît une véritable explosion depuis plusieurs années.

Juliette écrit :

« Salut Alissia,

J’espère que tu vas bien ?

Moi, depuis Amsterdam, c’est le paradis. Presque mieux qu’un Erasmus. Ce service citoyen est vraiment génial.

Tu te souviens que j’avais débuté par une période d’intégration et de formation pendant laquelle j’avais rencontré d’autres Belges de tous horizons ?

Après, on avait aussi rencontré des représentants politiques et, lors d’un rallye politique, visité les institutions européennes, parlé de l’interculturalité, de la consommation responsable, de la protection des ressources naturelles, de l’accueil des réfugiés, de la lutte contre la pauvreté, du handicap et de la solidarité intergénérationnels ! En plus de ça, j’avais aussi décroché mon Brevet Européen de Premiers Secours (BEPS) de la Croix-Rouge.

J’avais ensuite décidé de passer les premiers 6 mois à accompagner et à aider 15 jeunes adultes, en situation de handicap mental modéré, vers la réussite des tâches boulangères qui leur avaient été confiées.

Aujourd’hui, je m’investis dans une ASBL à Amsterdam qui vise à lutter contre le sans-abrisme : Welkom Thuis. L’idée : aider les communes à déployer les efforts nécessaires pour qu’aucun SDF ne passe la nuit dehors. L’Etat les aide beaucoup dans ce sens.

Tu sais, avec ce service citoyen, on a l’impression de participer à un destin collectif belge et européen.

Et alors le top du top, j’ai appris que, vu le « retour sur investissement » sociétal, le gouvernement fédéral a décidé d’octroyer des droits de pension à ceux qui effectuent le service citoyen. Il l’a aussi étendu à tous les âges. On voit donc des Belges de toutes générations accomplir 6 mois à 1 an de service citoyen. Même des jeunes pensionnés ont décidé de se lancer !

Merci de m’avoir initiée à ceci, grande sœur. C’est génial !

Dikke zoen,

Juliette »

***

17h47, toujours dans le Métro

« Tuut – tuut »

Alissia reçoit une notification du parlement sur son smartphone. Les parlementaires entament le débat sur la proposition de loi relative à l’instauration – enfin – d’une circonscription électorale fédérale : à savoir une circonscription où une partie des députés fédéraux serait élue par l’ensemble des électeurs, quel que soit leur lieu de domicile, région ou communauté.

Des habitants de Gand pourraient donc enfin voter pour des candidats bruxellois et les habitants de Tournai pourraient émettre leur voix en faveur d’un candidat flamand. Ces élus seraient donc responsables devant tous les citoyens de l’Etat fédéral.

Alissia a proposé un amendement sur la plateforme Citoyens et Parlements. « Avec 3.250 votes, il devrait logiquement passer », se réjouit-elle.

Depuis quelques années, les citoyens peuvent en outre interagir avec les différents parlements du pays en envoyant des commentaires pendant les débats. Des modérateurs garantissent la bonne teneur du fil des messages.

Alissia se connecte au live du parlement fédéral :

« Allez les amis, au-delà des logiques partisanes, on peut le faire ! ».

***

18h07, sortie du Métro

– 7 minutes de retard, ça va encore.

– Bonjour Alissia, vous allez bien ?

Alissia retrouve son Notaire. C’est lui qui lui avait envoyé le SMS tôt matin.

– Peut-être ne me suis-je jamais sentie aussi bien !

– Je m’en doute un peu… pardonnez-moi pour mon SMS si tôt ce matin mais je me suis dit que vous apprécieriez sûrement de savoir que j’ai reçu les renseignements urbanistiques de la ville de Bruxelles bien plus rapidement que prévu et que vous pouviez venir signer votre acte dès aujourd’hui ? Avec la nouvelle digitalisation de l’administration, il n’y a plus jamais de retard et on reçoit même parfois les renseignements avant qu’on ait fini de préparer nos actes !

« Vous avez bien fait de m’avertir, Maître », dit Alissia presque en rigolant. « Je me sens plus que prête ».

« Eh bien, les vendeurs sont déjà là ».

« Allons-y alors », lance Alissia !

C’est un grand jour pour Alissia.

Elle avait dû quitter Bruxelles il y a des années.

L’accès au logement, très difficile.

La mobilité, un chaos.

L’urbanisme, un fiasco.

Comme d’autres, elle avait fait partie de cet « exode urbain », comme on l’a appelé.

Aujourd’hui, au fil de la journée, Alissia a plus que jamais constaté que Bruxelles a pris – juste à temps – la mesure de la situation.

Aujourd’hui, Bruxelles bouge mieux, Bruxelles respire mieux, Bruxelles se vend mieux.

Aujourd’hui, Alissia revient vivre à Bruxelles et signe le compromis de vente d’un appartement. Son appartement. C’est aussi grâce à la somme qui lui reste suite à l’échange de sa voiture pour un abonnement MYB qu’Alissia pourra rembourser son crédit.

Un deux chambres, entièrement rénové, près du Canal. Elle décortique lentement les syllabes dans sa tête : pro-pri-é-tai-re.

Surtout, elle achète le petit local juste à côté. Son projet : y créer une boulangerie-librairie.

En fait, quand on y réfléchit, c’est un grand jour pour Bruxelles aussi.

***

20h, le long du canal

Alissia a enfin pu rejoindre Ben.

Il a invité Alissia à dîner dans un petit restaurant près de la nouvelle marina, le long du canal à Anderlecht ; il ne savait pas encore qu’il y avait matière à fêter ce soir mais il savait qu’Alissia adore ce coin de la ville. Dans un quartier très industrialisé puis abandonné, le secteur privé a pris le pari de développer un tout nouveau quartier, avec une marina comme on en trouve dans les villes de bord de mer ou à New York : un petit port de plaisance entouré de terrasses, avec des logements, des maisons de repos et des commerces.

C’est toute une qualité de vie qui a été retrouvée dans ses anciennes friches industrielles, rendues au logement et qui profite enfin des avantages de l’eau.

La nuit, on y retrouve aussi des salles de musiques pour tous les goûts.

Après le dîner dans un restaurant libanais qui reflète la belle diversité de la ville, ils décident de prendre un dernier verre près du Mont des Arts.

Alissia et Ben sortent au Métro Arts-Loi pour faire la balade le long du Parc par cette douce soirée printanière.

Alissia s’amuse toujours autant de passer devant les lampadaires intelligents déployés depuis quelques années à Bruxelles.

Le confort est appréciable : l’intensité de la lumière est adaptée en fonction du passage. C’est économique et ça permet aussi de respecter un peu mieux la faune et la flore, tout particulièrement près des parcs que la Région a développés.

« Quelle belle ville Bruxelles est devenue quand même », dit Ben, presque en chantant.

« Oui, j’en suis si fière. »

Arrivés à la moitié de la rue, Alissia et Ben remarquent que la lumière du bureau de la Ministre-Présidente de la Région de Bruxelles-Capitale est toujours allumée.

– T’as vu, nos élus travaillent toujours.

– Il y a encore tant de projets à réaliser.

Alissia ne dit rien.

« Tu ne trouves pas ? », relance Ben.

« C’est vrai. Mais quel chemin parcouru quand même… »

Ben fronce alors les sourcils. Réfléchit. Puis sourit.

Lui aussi.

Retrouvez le podcast réalisé par Radio 27 à partir de ce récit sur le lien suivant  : https://www.mixcloud.com/radio27_be/les-lendemains-quils-imaginent-mr/

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