Ecolo : renaissance!

© Le Soir/Roger Milutin
© Le Soir/Roger Milutin

« Si ta peau était ce pré, ondulant sous la lumière, je serais la brise qui en fait frissonner les brins d’herbe… »

En fermant la porte de la Maison de naissance Bien Naître après sa consultation, Azeline découvre le message de Zayen et sourit en plissant les yeux au soleil d’avril. Ce petit-fils du désert est plus sensible aux collines vertes du Condroz qu’à ses propres courbes et au roux de son buisson de femme, se dit-elle. Elle l’aimerait plus déluré, plus sauvage quelquefois, son homme. Mais elle adore sa sensibilité fleur verte. C’est ce qui l’avait séduite, dès leur rencontre, pendant leur Service citoyen à Helsinki, sa capacité infinie à s’émerveiller, à dénicher des fragments de beauté sur la façade d’une vieille maison ou au creux d’une écorce, au coin d’un ciel ennuagé ou dans l’éclat d’un regard, dans le mouvement de deux humains qui se croisent ou de deux corps qui se frôlent…

Je répondrai plus tard, se dit-elle. Et puis, que répondre ?

« J’ai soif ! ». Azeline se dirige, ventre rebondi, vers la fontaine de la place Ocasio-Cortez. Pas le moindre filet d’eau. En trois clics sur l’appli Bluecity, elle signale le problème aux services communaux et repère le point d’eau le plus proche qui n’est heureusement qu’à trois minutes, au pied du jardin vertical de l’immeuble Callebaut. A côté de celui-ci, l’ancien Centre commercial Ville 4 fait place au projet Lignes de rives : logements modulaires, maison d’accueil de l’enfance, commerces, services aux aînés et aux jeunes parents, plaine de jeux… ce véritable quartier étagé magnifie en perspective la vue sur le canal. Un cadre exceptionnel pour les cinq résidences internationales d’artistes qui y seront bientôt ouvertes. Il produira plus d’énergie qu’il n’en consomme et ses toitures fourniront fruits, légumes et condiments aux habitants.

L’eau fraîche fait du bien. Azeline inspire profondément, s’asperge le visage et s’assied, rêveuse, sur la margelle en Douglas. Les derniers mois ont été intenses au commissariat. Outre son travail quotidien, l’aboutissement de sa formation à la médiation inter-culturelle a permis à la jeune policière d’accéder au grade d’inspectrice. Mais le bébé semblait trop pressé de sortir. Au point que sa sage-femme avait imposé à la future maman deux semaines de repos complet et surtout interdit de se rendre à l’enterrement de son grand-père à Vaux-sur-Lhomme. Un déchirement. Mais ce matin, les nouvelles sont bonnes. Sage-femme et doula l’ont rassurée. Elle peut faire le voyage sans crainte.

« Poussez-vous m’dame ! » Une dizaine d’adolescents aux doigts noirs de terre se bousculent pour se laver mains et figure. Derrière le tout nouveau Musée du sexisme, ces élèves du Collège Tim Jackson plantent une nouvelle Forêt urbaine, la vingt-huitième de la ville. La méthode japonaise Miyawaki permet à une trentaine d’essences indigènes de pousser au maximum de leur capacité en multipliant les habitats pour la biodiversité sur quelques ares seulement. Le piaillement des jeunes augure celui des oiseaux dans quelques années. Bientôt, cette parcelle offrira de la fraîcheur, de l’air pur et cette connexion bienfaisante à la nature devenue un droit pour tous les enfants.

Au vieux parking, Vandana Forêt, Fraîcheur de vivre, Ilot du baiser caché… Sur un panneau au bord de la parcelle, les passants proposent des noms pour ce nouvel espace commun. Espoir, Respire, Esp’Air… « Esp’aire » écrit finalement la jeune femme avant de reprendre le chemin de son immeuble. Depuis l’interdiction de la publicité dans l’espace public et la quasi-suppression des parkings à voitures, la ville est jalonnée de panneaux d’expression et d’œuvres d’art. Le débat et la culture sont partout, nourrissant l’imaginaire et donnant du sens à l’approfondissement de la transition écologique qui mobilise la population.

Restent deux heures avant le train de 16h13. Rentrée chez elle, Azeline s’allonge sur le futon jaune du séjour, loué récemment, et appelle – enfin ! – son père ; une semaine déjà depuis les funérailles…

« Bonjour ma chérie, comment va ?

– Les nouvelles sont bonnes, Papa. Je pars dans deux heures pour Vaux. Comment ça s’est passé ?

– Tu nous as manqué. Tu lui as manqué certainement, pour ce dernier voyage. Nous avons chanté la Complainte de Pablo Neruda tous ensemble, comme il l’avait demandé. Je pense qu’il est mort comme il l’aurait souhaité, soudainement, sur la rive du lac d’Oncin qu’il fixait chaque fin d’après-midi depuis près de trente et un ans.

– Tu sais pourquoi Bon-Papa cultivait ce rituel ?

– Non. Il n’a jamais voulu l’expliquer… Tu sais, notre relation n’était pas simple. Parfois, je m’éveille encore avec au cœur la béance du papa qui m’a manqué. Ses trois années de prison nous ont éloignés. Et jusqu’à aujourd’hui, j’ignore ce qu’il a pu commettre. Mais une chose est certaine, ces années l’ont profondément transformé.

– Et avant la prison, c’était comment ?

– Ton grand-père aimait les livres aussi fort qu’il avait détesté étudier. Après avoir perdu son travail à la papeterie, il m’a obligé à gagner mes diplômes, un à un, comme si sa propre vie en dépendait. Il fallait que je sois ingénieur. Il fallait que je « réussisse » sans dépendre de personne. Tu sais ce que m’a coûté cette carrière et le temps qu’il m’a fallu pour retrouver l’envie de me lever le matin…

Enfant, je voulais être musicien, servir les compositeurs en faisant vivre leurs œuvres. J’ai le ventre noué quand je pense à ce jour où Papa a confisqué ma flute en bois blanc en criant qu’il ne me laisserait pas devenir saltimbanque. Je ne te le répéterai jamais assez, ma chérie : le bonheur, c’est l’accord entre la personne que tu es et l’existence que tu mènes…

– Je crois que tu me l’as dit cent fois déjà, Papa…

– Vieux radoteur que je suis ! Pourquoi je te raconte ça ? Ah, oui ! Ton grand-père m’a souvent dit qu’il te laisserait en héritage « ce qu’il avait à transmettre » et que nous ferions ce que nous voulions du reste. Je n’en sais pas plus mais la clef de la maison est chez Elena. À bientôt, ma fille. Je t’aime !

– À bientôt, Papa ! »

Azeline étire son dos douloureux et pose ses mains sur son ventre. Le bébé vient la rejoindre et cette vie en elle la bouleverse. Un flot de souvenirs lui vient. La fête, ce jour où ses parents se sont décidés à prendre ensemble des leçons de théâtre. Le joyeux chantier d’auto-construction, en bois et blocs de chanvre et chaux, de la maison familiale sur le Community Land Trust de Blaton. La gaîté retrouvée de son père depuis qu’il accompagne des entreprises vers l’économie régénératrice après deux décennies de « progrès » hiérarchique dans l’industrie nucléaire. Déployer une économie qui crée plus de valeur qu’elle n’en consomme, qui maximise les coopérations et le partage des ressources, qui ait du sens, c’est aujourd’hui pour lui bien plus qu’un job…

Elle se souvient de leur dernière discussion un peu vive. « La Planète est notre premier actionnaire, répétait-il. Pour continuer à y habiter, nous avons besoin de nouvelles limites qui nous offrent de nouvelles libertés, qui permettent de déplacer le champ des possibles. » Et il s’était emballé : « Qui croyait que les gens abandonneraient leur voiture dans un pays où elle était reine ? Ou renonceraient à l’avion dans un monde où les billets étaient quasi offerts ? Limiter la voiture a ouvert de nouvelles possibilités de mobilité. Limiter l’avion a donné l’impulsion pour valoriser magnifiquement le patrimoine naturel et historique de la Wallonie. Restreindre l’usage du plastique a permis d’inventer de nouveaux modes de distribution… » Le credo parfois énervant de son papa est devenu au fil du temps un mantra : « La limite est la mère de la créativité ! »

« Tu boudes ? » C’est Zayen qui s’inquiète de rester sans réponse. Bah ! Il trouvera le petit mot sur la table en rentrant. Il ne s’agirait pas de rater le train.

Grâce au spot Li-Fi de la gare, Azeline paye son trajet avec son carnet-connecté et s’installe dans le wagon neuf. Elle retire ses chaussures et ferme les yeux mais le service de train la sort de sa torpeur. Elle achète un thé vert, une poignée de noix, et se redresse.

L’homme assis en face d’elle lui sourit discrètement comme font ceux que la grossesse émeut. Il a l’âge de mon père, se dit-elle. Son visage buriné, ses rides de sourire aux coins des yeux lui rappellent quelqu’un. Elle détourne le regard vers le paysage qui défile alors que le soir le recouvre d’ombres. Tilt ! Cet homme lui fait penser à l’oncle de la photo sur le mur du hall d’entrée à Vaux, parti en Argentine avant sa naissance, avec Pablo, Emeline et quelques autres, pour fonder une communauté survivaliste loin, disait-il, de la civilisation industrielle qu’il voyait s’effondrer. Il n’est jamais revenu. Mais chacun ici espère qu’il est bien vivant. Et elle, Azeline, aimerait savoir comment c’est la vie sans ville, le quotidien avec trois fois rien et la connexion intime avec la nature. C’est étrange une famille…

Gare de Virlon. Du minibus au vélo, la gamme de véhicules partagés attend sous le portique solaire qui produit chaque jour, à partir de l’humidité de l’air, l’hydrogène nécessaire à leur fonctionnement. Elle choisit un Speedegg à trois roues, réservé grâce au Pass Multimobil enregistré sur son carnet-connecté et prend le chemin de Vaux.

Après la traversée du bois des Cresses, le paysage s’ouvre en pente douce vers le village. Année après année, les kilomètres de haies s’allongent et les arbres se multiplient, recréant un bocage dense entretenu par les paysans, les écoles et les associations du réseau Résilience Citoyenne. Des fascines rayent les vallons comme si un râteau géant y avait laissé ses traces. Pour résister aux sécheresses et aux inondations, de plus en plus fréquentes, tout est fait pour retenir précieusement l’eau et le sol, pour y capturer du carbone aussi car l’augmentation du taux d’humus est rémunérée par la collectivité. L’adaptation du territoire aux changements climatiques est à ce prix. La biodiversité en est le dividende. Cet été, les Gaumais ont fêté le retour du Grand Nacré, ce papillon fauve, amateur de violettes, qui n’avait plus été aperçu ici depuis près de trente ans.

Sur les ruines d’un centre commercial et de quelques maisons isolées abandonnées, des slogans protestent contre l’enfouissement de déchets nucléaires sur le site d’Oncin. Une grande autruche métallique enfouit sa tête dans un fut radioactif. Plus loin, une galerie de personnages en panneaux miment la révolte paysanne et une grande banderole semble hurler « Nous ne défendons pas la Nature, nous sommes la Nature qui se défend ! », tandis que sur le versant nord de la vallée, des jeunes issus des plusieurs pays européens installent joyeusement une ZAD.

À l’approche des premières maisons, le Speedegg dépasse de plus en plus de cyclistes, puis la file des enfants embonnetés qui reviennent de leur après-midi « école du dehors », pelle, râteau et seau à la main. Il dévale la rue Justice aux Macrales et s’arrête devant la petite maison enduite d’ocre.

Azeline tente sans succès d’ouvrir la porte d’entrée puis pousse la grille du jardin et s’assied, émue, sur le demi-tronc face au poulailler et au soleil orange qui descend sur l’horizon. Elle accompagne de ses mains son ventre qui gonfle et dégonfle. J’ai hâte de te rencontrer, petit bout, hâte de te faire découvrir ce monde si mystérieux et contrasté. J’espère que grand-père René vivra un peu en toi.

« Tu me donnes des nouvelles, ma gazelle ? » Le message du futur papa tinte dans le silence du jardin. Mais pourquoi donc n’a-t-elle pas envie de lui répondre ? Son insistance la dérange.

Elena, c’est la « concierge de quartier » depuis une dizaine d’années. Petits travaux, lien avec les autorités, services aux aînés, coup de pouce aux parents, entretien d’espaces communs… un peu de tout et beaucoup de liens. Ce job, elle l’a développé patiemment grâce à la Fabrique Lhommoise, une Entreprise à But d’Emploi comme il en existe à présent sur chaque territoire déclaré « Zéro chômeur de longue durée ». Cette déjà vieille dame semble avoir connu plusieurs vies et tant d’aventures que sa conversation est un livre de contes enivrant. Adolescente, Azeline était fascinée par ses mains qui l’accueillaient lors de ses séjours à Vaux. Des mains aux reliefs de contrées lointaines, des mains qui ont voyagé et se sont posées sur des joues, des épaules, des ventres, se sont blessées, ont caressé, ont serré d’autres mains, qui relient les gens, les terres, les temps…

Sur la fenêtre de la façade de pierre, une affichette : « Je suis à la salle communautaire ».

***

Zayen est inquiet. Pourquoi ne lui répond-elle pas ? Il aimerait la rejoindre, là tout de suite, mais il lui reste une journée de travail avant sa semaine de repos. Chez UrbanMine, la plupart des employés travaillent quatre jours par semaine. Mais les scientifiques et informaticiens, orientés vers la création collective, organisent plutôt leur temps sur base de trois semaines intenses suivies d’une de repos. Ce matin, les chercheurs confrontent leurs résultats avec les équipes techniques dans un atelier participatif sur le jardin de toiture du bâtiment. Les logiciels utilisés sont libres, les données partagées en open data, le travail nourri des innovations des quatre coins du monde. L’objectif : récupérer chaque gramme de métal précieux ou de terre rare dispersé dans cette grande mine vivante qu’est la ville. Depuis le lancement du Green New Deal et l’obligation faite aux banques d’investir chaque année 5 % de leurs avoirs dans la transition énergétique, la rénovation ou reconstruction de rues entières est menée à rythme soutenu. Le partenariat entre UrbanMine et la coopérative Enercity permet de profiter de chaque chantier pour recycler de précieuses ressources. Cuivre, silicium, lithium, zinc, cobalt, nickel… dans les bâtiments comme dans les déchets, rien ne peut se perdre !

L’ancienne cité charbonnière a été déclarée « Zone d’innovation écologique prioritaire » et la destruction des viaducs du ring a réconcilié centre et faubourgs en créant une grande ceinture verte. Dans ce laboratoire de la transition, où ingénieurs, sociologues et artistes se pressent, le programme de rénovation des logements permet d’économiser l’énergie, d’améliorer la qualité de l’air, de diminuer les dépenses des habitants et de créer des emplois utiles. Quant aux ressources récupérées, elles sont utilisées sur d’autres chantiers ou par les développeurs de Biomire, le célèbre centre de recherche européen en matière de biomimétisme. Ici, on est persuadé que la nature est un laboratoire qui met ses quatre milliards d’années d’expérience et de créativité à notre disposition, et que si la planète a des limites, l’intelligence humaine n’en connaît pas… Les derniers échanges avec l’université d’Amazonie en Équateur promettent un aboutissement proche pour une photosynthèse artificielle basée sur le modèle du phytoplancton. La capacité de captation de l’énergie solaire deviendrait alors quasi infinie.

Zayen aime ces défis de l’inventivité mais la pression après trois semaines intenses est trop forte. Sa nuque lui fait mal. Ses pensées le portent vers son amoureuse, cette femme dont il peine depuis quatre ans à croire qu’elle puisse l’aimer, Azeline, qu’il aimerait enlever comme un guerrier touareg mais à qui il parle comme un griot peul. Décidément, se dit-il, nous ne sommes pas fait pour travailler huit heures par jour mais pour davantage admirer, aimer, jouer, converser… Sa rêverie le porte vers cette vieille affiche dans les toilettes du Punch café : « Travailler pour vivre et non vivre pour travailler ! »

Via FairBNB, la plateforme coopérative régionale, il réserve une chambre pour deux à Vaux-sur-Lhomme puis réessaye un message : « Vivement demain, prendre le chemin vers toi ! »

« Eh, Zayen, tu fais la sieste, comme au bled ? »

Les années passent, les blagues stéréotypées d’Alain restent. Zayen pense à son grand-père, son périple à travers le désert, les tempêtes de la Méditérannée, les neiges des Alpes ; à ce que sa mère lui a raconté des violences et des humiliations du chemin qui ont blessé irrémédiablement le corps et l’âme de l’homme qui allait échouer ici avant de doucement y faire germer de nouvelles racines. Il pense au terreau d’espoir que furent les mains tendues, les toits et repas partagés par des hommes et des femmes qui ne se résignaient pas à la mort de la fraternité. Il pense à Sophie, « Bonne-Maman Chance », qui hébergea son grand-père jusqu’à ce que ce pays, le sien aujourd’hui, lui entrouvre une porte de survie. Zayen sent son cœur qui bat à l’histoire de sa famille, à l’histoire d’une nouvelle famille à écrire, du bébé à venir… Mais pourquoi ne répond-elle pas ?

« Alors, tu réponds Zayen ? Ou il faut te causer Bédouin ? »

Comme un élastique qui casse sec, Zayen saisit le verre d’eau sur la table et le jette violemment. Alors, il y a le cri d’Alain, son visage qui rougit et le sang qui pulse. Le brouhaha autour d’eux. Cette impression que la vie bascule, s’échappe…

***

C’est l’ancienne église de Vaux qui fait office de salle communautaire. Désacralisée il y a plus de vingt ans, elle sert alternativement aux cérémonies chrétiennes, musulmanes, laïques et à l’accueil d’activités culturelles. Chaque début d’après-midi, une méditation guidée y rassemble jeunes et moins jeunes, certains libérés l’espace d’une demi-heure par leur employeur ou leur école.

Ce soir, le Conseil local de transition écologique fait son rapport semestriel à la population. Ce conseil paritaire homme-femme rassemble des élu.e.s, des expert.e.s, des acteurs économiques et associatifs locaux et une dizaine de citoyen.ne.s tiré.e.s au sort. Il coordonne toutes les actions possibles pour développer l’autonomie des productions alimentaire et énergétique sur le territoire des quatre communes de la vallée.

Azeline pousse la lourde porte de la grande bâtisse de pierres jaunes. Ici, chaque année, on débat de l’affectation des recettes des éoliennes installées par la coopérative EnergyLhomme. Une partie est reversée directement aux citoyens en Épis, la monnaie locale ; une autre réinvestie dans des projets de transition écologique via des budgets participatifs.

Ça chauffe aujourd’hui ! Faut-il continuer à élever des porcs pour les exporter ? Dans quelles conditions ? Les dernières découvertes relatives à la sensibilité animale invitent à faire encore évoluer les pratiques d’élevage… Le bourgmestre Culot est déterminé et rappelle : « La priorité, c’est l’alimentation de notre population, relier agriculture, nourriture et santé sur notre territoire tout en réduisant notre empreinte écologique ». Dès lors, quelles missions solliciter du Centre de recherche agro-écologique Baret ? Ses équipes travaillent avec les collectivités locales en transition et accompagnent des partenariats entre paysans et écoles, entre coopératives de producteurs et commerces, entre pouvoirs publics et gestionnaires des paysages et des espaces communs. Pour la première fois depuis un siècle, les filières agro-alimentaires créent massivement des emplois. Pour la première fois depuis soixante ans, l’obésité, le diabète, la fréquence des cancers sont en chute réjouissante dans tout le pays.

Maryam conduit les échanges avec entrain. Quand cette longue Sénégalaise est arrivée dans la région, c’était pour partager son expertise dans la lutte contre l’érosion et la régénération de la fertilité des sols. Depuis qu’elle anime les réunions du Conseil de la transition écologique, l’ambiance a de quoi surprendre. Qui aurait cru voir un jour les habitants du village rire et chanter du Stromae en chœur pour faire baisser la tension trop forte de certains débats ?

Azeline observe avec intérêt cette assemblée démocratique de femmes et d’hommes de tous âges qui reprennent collectivement du pouvoir sur leur devenir commun, se disputent sans se battre, imaginent ensemble des chemins de résilience aux crises que l’incurie de deux siècles de prédation capitaliste a laissées à notre société.

En apercevant la jeune femme sous le Saint François du vitrail bleu et vert, Elena se lève et la rejoint, un large sourire aux lèvres. « Viens, dit-elle sans salutations, on va visiter ton grand-père ».

Quelques minutes sans paroles plus tard, à l’orée de la Forêt du souvenir, la vieille femme marque un temps d’arrêt. « René, était un homme rare, finit-elle par murmurer. Quand je suis revenue au pays après mes années nomades, il m’a accueillie comme une sœur. Quand il a fallu aménager l’espace de travail partagé et le FabLab communal dans l’ancienne papeterie, il était présent chaque matin. Au Repair-café, il formait patiemment les élèves du Collège Rosa Parks. Et combien d’heures n’a-t-il pas passées à fabriquer des panneaux contre le projet de centre d’enfouissement ou pour aménager le potager des enfants ? Mais il restait en retrait des moments publics, refusait d’exister autrement que par le geste qui transmet discrètement un savoir-faire.

– Et ces derniers temps, demande Azeline ?

– Chaque fin d’après-midi, poursuit Elena, par tous les temps, René descendait jusqu’au lac et restait un moment à fixer l’horizon. Un secret l’habitait que je n’ai jamais voulu déshabiller mais qui me le rendait infiniment proche. Depuis la disparition en mer de ta grand-mère, ton grand-père vivait de trois fois rien, de pain, des œufs de ses poules et de lecture. Le soir, nous parlions dans son jardin. Il me citait Thoreau : « Le plus riche des hommes est celui dont les plaisirs sont les moins coûteux » et je jouais à compléter ses mots : « Seul est bénéfique le voyage qui révèle la valeur de la terre natale et permet de mieux en jouir ». Il souriait doucement avec ce voile aux yeux qui ne le quittait que quand il parlait de toi.

Elena invite Azeline à s’accroupir en posant la main au sol. Elle prend une poignée d’humus et la porte à son nez pour en respirer l’odeur de champignons et d’argile. « Respire cette terre où il vit désormais, goûtes-y pour garder avec toi sa douceur et sa force ». Les deux femmes restent un moment silencieuses. « We are all connected… » se répète Azeline, grisée par le parfum que sa grossesse rend démesurément intense. Alors, brusquement, Elena se redresse, sort un trousseau de deux clefs de fer de la poche de sa pèlerine et le tend à la future maman. « Tiens, il t’attend ! ».

***

Azeline ouvre les volets pour laisser entrer la lumière dans la maison si vide. Debout dans le petit salon, elle ne sait par où commencer. Sur la table, un recueil de Paul Eluard est ouvert sur les vers qu’elle connaît par cœur :

(…)

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté !

Une petite photo d’elle, enfant, est posée sur le média-diffuseur. Elle l’allume machinalement et les paroles de Renaud, issues du fond des temps, emplissent l’espace :

Il a refermé la porte douc’ment

Pour pas réveiller « Maman »

Il a j’té l’Huma

Sur l’canapé près du chat

S’est assis dans un coin

La tête dans ses mains

Cinquante balais c’est pas vieux

Qu’est-ce qu’y va faire de son bleu

De sa gamelle de sa gapette

C’est toute sa vie qu’était dans sa musette…

Tout ça ressemble à un jeu de piste, elle en est certaine. Et cette deuxième clef, qu’ouvre-t-elle ?

L’intuition la guide vers l’ancien WC extérieur transformé en remise. La porte grince dans un nuage gris. À sa gauche, un bleu de travail râpé et un casque de chantier suspendus à un crochet. Troublée, Azeline palpe la toile rêche entre ses doigts et extrait une liasse de papiers reliés d’une des poches du vêtement.

Des notes et des réflexions, griffonnées au crayon et datées. Autant de traces des innombrables lectures qui furent des fenêtres sur le monde pendant le séjour de René en prison. Il cite Morin, Latour, Toussaint, Chapelle…

Ici, des pensées plus personnelles : Les générations futures dont nous parlions il y a 50 ans manifestent aujourd’hui, désobéissent, inventent… Leurs aspirations me font aimer ce siècle. Comme si un beau jour – enfin ! – les astres s’alignaient et le ruisseau trouvait son chemin…

Là, des commentaires prolongent vers sa vie une citation d’Illich : Nous pensons aller plus vite mais nous nous déplaçons plus loin. Nous croyons gagner du temps mais, comptabilisant les heures travaillées pour payer voiture et carburant, la durée de nos déplacements est identique depuis 2 siècles… Le Temps, c’est l’enjeu essentiel, pour donner du sens, maîtriser les technologies, reprendre du pouvoir sur nos vies.

Une coupure de presse rappelle l’incongruité de cette première éolienne wallonne, installée par Luc à Enghien en 1977 et la volonté courageuse des pionniers, longtemps solitaires, des énergies renouvelables…

Un article photocopié annonce la remise du Prix Nobel au président de la Commission européenne, Frank Vervelt, « l’homme du Green New Deal », qui trouva les mots justes, après le krach financier, pour mobiliser les Européens dans la bataille pour le climat : « We got to earth ! Notre génération choisit de rompre avec la religion de la croissance car l’augmentation infinie des richesses matérielles ne nous rend pas heureux. Dorénavant toutes nos politiques seront évaluées à l’aune des Objectifs du Développement Durable des Nations Unies. Le temps est venu de nous appuyer davantage sur des valeurs non-économiques : la connaissance, les arts de vivre, la convivialité et le partage… » Vervelt a osé faire payer le juste prix du CO2 et redistribuer les revenus de cette contribution pour réduire les inégalités en Europe et dans le monde. Des millions d’emplois ont ainsi été créés tandis que des centaines de milliers de vies sont épargnées chaque année grâce à la réduction de la pollution de l’air. Le Green New Deal était une déclaration de guerre, non plus contre la nature mais pour notre survie. Ce Prix, affirme le Comité Nobel, c’est celui de l’espérance régénérée et de la confiance en l’avenir alors que les égoïsmes et les peurs menaçaient de faire exploser l’Europe.

Une page découpée dans un magazine résume le discours devant la Chambre des représentants et le Sénat-Citoyen de la première Première ministre, Lecocq-Mendes, une autrice réputée pour ses pièces de théâtre surréalistes. « L’espoir, c’est l’optimisme aux manches retroussées », martelait-elle en engageant le pays sur la voie d’un changement profond.

Azeline parcourt ces feuillets qui ont traversé le temps et tracent le cheminement de la pensée politique de René. C’est à la fois son grand-père, un monde et une époque qui se révèlent à elle. Elle sent son cœur qui bat et son ventre habité par un bébé sportif.

De l’autre poche du vieux bleu de travail, elle sort une flûte en bois blanc.

Sur son carnet-connecté, un message de Zayen s’affiche : « Mon infinie chérie, je devrai te raconter ma triste soirée. J’ai quitté mon boulot mais me voilà libre, plus que jamais. Et je veux inventer un avenir avec toi, avec nous, avec notre enfant. Je prends le premier train demain pour te rejoindre. Viendras-tu me chercher à Virlon ? Love »

Que s’est-il passé ? Le temps n’est plus au silence… « Je serai à la gare à 9h10. Prends soin de toi » répond Azeline, puis elle revient aux papiers éparpillés sur la table dont elle extrait une photo. Grand-Mère Ingrid tient une petite fille par la main devant la grille de l’école communale. Au verso, il est simplement écrit « Marcielle, cinq ans »

Il y a une enveloppe brune aussi sur laquelle est inscrit son prénom et qui contient une lettre manuscrite. C’est devenu si rare un courrier papier. L’encre des caractères manuels donne un poids et une saveur particulière aux mots déposés inégalement sur la feuille.

« Ma petite-fille chérie,

Il ne m’a pas été plus grand secours à vivre ces dernières années que te voir grandir, et pas plus grande satisfaction que de voir le monde se métamorphoser pour que tu puisses, toi et ceux de ta génération, retrouver le pouvoir de vivre.

Mais rien ne vient sans désir, sans engagement libre et sans, parfois, la douleur du combat.

Il y a dans les papiers que tu tiens quelques empreintes d’un temps que tu n’as pas connu. Celui où manger et respirer l’air de nos villes tuait, où nous ne jurions que par l’augmentation sans fin et sans finalité de la production et de la consommation, où nous avions transformé le monde en ressources… La richesse matérielle s’accumulait mais avec elle les inégalités et les sentiments d’injustice et d’humiliation d’une majorité de la population. Notre société paraissait en burn-out, dopée aux antidépresseurs. La dégradation de l’environnement et le changement climatique compromettaient l’avenir de tous et mettaient des millions de personnes sur les routes de l’exil. Des scientifiques prédisaient même l’effondrement de notre civilisation…

En même temps, des femmes et des hommes créaient le monde auquel elles et ils aspiraient, des milliers de révolutions silencieuses, d’initiatives locales, d’entreprises, germaient et se connectaient en montrant qu’une autre société était possible, en déverrouillant le changement et mettant en œuvre par l’entraide une transition écologique solidaire.

Il y a eu la grève tacite de ceux qui n’en pouvaient plus des bullshit jobs vides de sens. Il y a eu les grèves syndicales et les manifestations de travailleurs pressés puis jetés comme des mouchoirs par des actionnaires lointains. Après un été mortellement caniculaire, il y a eu ces dizaines de milliers de jeunes qui exigeaient que les autorités mettent l’écologie au cœur de la politique, qu’on change le système plutôt qu’en corriger les dysfonctionnements. Ils ont, elles ont surtout, fini par envahir et bloquer la rue de la Loi pour débloquer les lois. Il y a eu les procès intentés contre des grandes entreprises pour écocide ou contre des États pour inaction face au dérèglement climatique et aux violations des droits humains que sont les destructions de milieux naturels.

Tous ces hommes, toutes ces femmes réclamaient la justice, exigeaient la possibilité d’une vie digne, pour eux et leurs enfants. Toutes ces luttes ont fini par se rejoindre et par créer un nouveau « nous » face au vieux monde qui résistait, face au mépris des plus riches et à la fuite en avant des démagogues qui montaient les précaires contre les plus précaires. Ça a fini par péter…

Quand la société empoisonneuse Bayento a obtenu l’interdiction de la commercialisation libre des semences, elle est devenue la cible de tous. Nous avons fait le blocus de leur site près du port. Ça a mal tourné. Le feu a pris dans un entrepôt. Un quartier a été évacué à cause des pesticides qui brûlaient et plusieurs enfants ont été intoxiqués. Avec trois camarades, nous avons été condamnés à trois ans pour cet incendie. Je n’en étais pas responsable mais suis resté solidaire et j’ai gardé le silence sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là.

Aujourd’hui, la prison fait quasiment partie du passé, notre société s’est civilisée. Mais rien ne peut décrire ce qui meurt à l’intérieur d’un homme qui passe des années derrière une porte close. La liberté donne du prix à la vie. Elle a aussi transformé mon regard sur l’existence.

Quand je suis sorti, c’était plein soleil. Il était 16h50. Une nouvelle vie commençait et pourtant je croyais la mienne finie et je n’avais qu’une obsession : avoir un horizon et de l’espace devant mes yeux. Chaque jour, depuis celui-là, je goûte à ce bonheur et à cette douleur à la fois.

C’est après cet incendie chez Bayento que le pouvoir a vraiment pris peur et rompu avec les pires lobbyistes. Les hommes ne voient la nécessité du changement que dans la crise… Et les élections suivantes ont vu la victoire d’une large coalition verte face aux forces identitaires de droite.

Le gouvernement Lecocq-Mendes a lancé son « Alliance pour un Monde qui a du Sens » en mettant l’écologie et la prévention au cœur de toutes ses politiques. La lutte contre le réchauffement climatique est devenue un instrument pour plus de justice sociale, l’éradication de la pauvreté une priorité absolue, la santé a été déclarée bien commun, des maisons médicales interdisciplinaires furent créées un peu partout. Les outils de la démocratie ont été élargis ; chaque territoire fut invité à se mobiliser et à créer des alliances avec les entreprises et les citoyens au service d’objectifs clairs. Quant au revenu universel de base que tu connais aujourd’hui, il a été instauré par référendum à la suite d’un large débat public.

Marcielle Lecocq-Mendes était une politique singulière. Elle surprit, dès son arrivée, en faisant, de la culture et des enfants ses premières préoccupations. Protéger notre Terre-Patrie, disait-elle, n’a de sens que si nous donnons aux enfants les ressources pour y imaginer un monde à la mesure de leurs désirs et si nous développons, dès leur naissance, leurs dispositions pour le bonheur.

C’est extraordinaire comme une société peut changer quand elle se donne un cap, sécurise les parcours de vie et mobilise solidairement la créativité de tous ! J’avais peur pour ton avenir. Aujourd’hui, j’ai confiance. Vous êtes la Génération Espérance, forcée d’inventer un nouveau rapport à la nature, capable ce faisant d’inventer un autre rapport entre les humains.

Au crépuscule de ma vie, je sais qu’il faut parfois combattre le système, jamais les gens. Je sais que le monde auquel nous aspirons est dans celui-ci, en germe ou déjà vigoureux, grâce à celles et ceux qui ont labouré et semé avant nous. Nos combats ne sont pas seulement motivés par des victoires futures. Nous nous battons avec la dignité du présent qui permet d’être fier de qui on est et fier de faire de notre temps ce qu’on estime juste.

Tu sais, j’ai pleuré de rage quand tu es devenue policière. Et puis, je t’ai vue vivre ce métier au service des gens, de leur sécurité et de leurs droits. Et je t’ai aimée plus encore d’avoir transformé mon regard. Nous transmettons ce que nous sommes et c’est là l’essentiel.

Mais je voudrais que tu emportes une chose pour ton bébé : mon casque jaune. Il rappelle d’où je viens. Il porte des traces de coups. Il m’a protégé et accompagné. Il peut prendre mille vies dans les mains d’un enfant : devenir tambour, navire, piscine pour poupée, jardinet à épices, tabouret pour grimper… et tant de choses que je n’imagine même pas.

C’est mon humble cadeau à lui qui me prolonge.

Je vous aime ! »

La nuit est tombée et la lune ronde. Les sentiments de tristesse et de joie se mélangent mais c’est la gratitude qui envahit Azeline tandis que son bébé semble se blottir tout en haut, contre son cœur.

Elle prend une couverture, se couche dans le divan du séjour et s’endort, un casque et une flûte à son côté comme deux doudous protecteurs.

***

Neuf heures, gare de Virlon, une jeune femme en robe jaune sourit en attendant sur le quai 9. D’un regard, elle vérifie par réflexe que l’infrastructure est bien accessible aux personnes à mobilité réduite. Dans le Centre de service, quelques voyageurs parcourent l’exposition d’art contemporain. D’autres font leurs achats dans la petite halle de produits locaux. Toute une classe d’enfants rient dans la plaine de jeux d’attente. Leur instituteur fixe Azeline puis s’approche d’elle. « Vous êtes la petite-fille d’Ingrid et René, n’est-ce pas ? » Azeline, acquiesce, intriguée.

« Ingrid a été mon institutrice maternelle. Bien plus tard, elle a tendu la main à l’ado perdu que j’étais et est devenue mon mentor. Elle disait toujours : transmettre, c’est une attention qui fait surgir le meilleur de l’autre. Ingrid m’a aussi appris que la plus grande richesse à offrir à un enfant, c’est l’estime et la connaissance de soi, et que les compétences les plus utiles à lui enseigner sont l’imagination et la capacité à collaborer. Il ne se passe pas un jour sans qu’elle m’inspire…

Alors, j’avais envie de vous partager ma gratitude, dit l’homme en souriant. La mienne, et celle de nous tous, car saviez-vous que votre grand-mère a eu notre Première ministre comme élève ? »

Un sifflement les interrompt. Le train entre en gare et la pensée de ses retrouvailles avec Zayen enflamme le cœur et le ventre d’Azeline. Elle s’étonne du bonheur de le retrouver dans un instant, de son impatience à lui raconter et à l’écouter. Il sort du wagon et roule sur la petite plate-forme. Alors, elle se précipite, saisit les poignées de la chaise roulante et court vers le parking où les attend une petite voiture à deux places.

Le trajet vers Vaux est plein de mots, de souvenirs, de désirs.

– « J’en reviens pas que tu te sois battu, dit-elle en riant. »

– « Je pensais que tu ne m’aimais plus, dit-il en soupirant. Et si nous venions nous installer à Vaux ? »

Ils traversent le village et descendent vers le lac d’Oncin.

– « René ou Renée… tu en penses quoi pour accueillir un petit bout dans un monde renaissant ? »

Roues dans l’eau, elle sur ses genoux à lui, ces deux-là regardent l’horizon. Nous sommes ce que nous transmettons, murmure-t-elle.

Retrouvez le podcast réalisé par Radio 27 à partir de ce récit sur le lien suivant : https://www.mixcloud.com/radio27_be/les-lendemains-quils-imaginent-ecolo/

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