Groen: «La princesse cachée»

Groen: «La princesse cachée»
afp.

Je n’ai jamais été une fille-fille, plutôt un garçon manqué. Néanmoins, je rêvais parfois d’être une princesse cachée : une princesse élevée dans la pauvreté afin qu’elle soit consciente de ce que signifie vivre avec peu, mais qui un jour, se retrouverait avec de beaux vêtements, de belles chaussures et de beaux jouets, dans une belle chambre pour moi toute seule – sans moisissures et sans souris derrière le papier peint.

Ce jour n’est jamais arrivé, mais le sentiment de culpabilité lié à cette idée demeura longtemps.

La pauvreté matérielle m’empêchait de profiter de la chaleur familiale. Nous attendions le début du mois avec impatience, pour nous acheter une limonade. Jouets, vêtements, chaussures : bien avant l’avènement du vintage et du recyclage, réutiliser les affaires des autres était la norme. Mais ce n’était par choix.

La honte d’être vue par un camarade, par un professeur, une connaissance était omniprésente : nous étions pauvres mais je préférais que personne ne le sache. J’ai attendu longtemps avant d’inviter des amies belges à la maison.

Je voulais être une princesse pour être reconnue, et pas être vue comme une enfant de migrants. La pauvreté est une prison mentale. Il faut payer les factures à temps, et en même temps, lutter pour faire valoir ses droits, dans l’angoisse qu’une erreur administrative nous prive de ressources pendant plusieurs mois. Les gens sont ballottés d’administration en administration : les guichets uniques existent pour les expats, pas pour les plus démunis qui doivent tirer leur plan.

La pauvreté limite notre disponibilité mentale (notre « bande passante mentale »). Elle influence notre jugement, ce que nous voyons, ce que nous décidons et ce que nous faisons. Et tout le monde réagit de la même manière. Ce n’est donc pas une question de caractère ou d’intelligence, mais de circonstances.

Je rêve d’une société dans laquelle la « bande passante mentale » des gens est gérée comme un bien commun. Un bien collectif précieux, protégé socialement. Je rêve d’un gouvernement qui est un partenaire pour les gens, les familles et leurs enfants. Un gouvernement qui s’attaque à la pénurie de ressources, pour les personnes vivant dans la pauvreté, et qui permet que les personnes qui ont besoin d’aide, au sens propre comme au sens figuré, aient plus d’espace pour respirer.

Imaginez : chez chaque enfant qui grandit dans un environnement où il n’y a pas de pénurie chronique d’argent, son attention se concentre non sur ce qui est immédiatement nécessaire, mais sur ce qui est possible. De la survie à l’opportunité. Cela crée de l’espace pour planifier sa vie, pour le repos et pour la créativité.

Je rêve aussi d’entreprises et de gouvernements qui laissent le temps de prendre soin d’un être cher ou de démarrer son propre projet, sans perte de droits. Ou tout simplement, qui permettent de reprendre votre souffle et de détendre vos enfants pour les aider à faire leurs devoirs.

Imaginez un peu ça. Un rêve de princesse.

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