CD&V: «La naissance du Parti Populaire Universel (PPU), une histoire de l’avenir»

CD&V: «La naissance du Parti Populaire Universel (PPU), une histoire de l’avenir»

Le 21 mars 2099, le Parti populaire universel est installé en grande pompe dans son nouveau siège à Bruxelles, rue de la Loi 89. L'ancien bâtiment du parti avait été rénové et modernisé de nombreuses fois, mais il avait fallu se résoudre à faire œuvre de destructivité créatrice, pour éviter de potentielles dégénérescences résultant du mélange entre l’ADN de générations passées de dirigeants démocrates-chrétiens avec celui des dirigeants de l’actuelle génération.

La nouvelle construction hypermoderne, de 99 étages, un étage pour chaque victoire électorale des « nouveaux chrétiens-démocrates » (européen, fédéral, national, régional, communal, provincial) faisait de l’ombre aux bâtiments des institutions européennes. Il s’agissait d’un bâtiment passif, construit grâce à une gigantesque imprimante 3D, un magnifique exemple d’agriculture verticale, en particulier sur le toit qui avait été transformé en une immense ferme, où étaient cultivés presque tous les fruits de la terre, et même la viande (l’élevage avait été abandonné pour raison écologique, sauf celui des vaches laitières).

Ce bâtiment était un modèle d’énergie durable, les immenses murs de verre étant en fait des panneaux solaires, générant de l'hydrogène, qui à son tour pouvait être utilisé pour produire de l'énergie.

Les centrales nucléaires avaient été fermées en 2025 après une lutte homérique avec le parti nationaliste. Ce parti avait mis en œuvre une stratégie visant à scinder tout ce qui pouvait l’être : les institutions fédérales, la diplomatie nationale, la sécurité sociale et la fiscalité, la dette publique, la capitale du pays y compris Manneken Pis, les chemins de fer nationaux, l'espace aérien, l'équipe nationale de football, la Constitution, la loterie nationale, l'armée, l'heure d'été et d'hiver… C’était assez logique qu’ils défendent bec et ongles la fission nucléaire (kernspilsting) et le maintien des centrales. Mais vers 2025-35, cependant, les nationalistes eux-mêmes ont été victimes de nombreuses scissions et fissions internes, et ont disparu.

S’en était suivie une succession d’événements qui avaient précipité le pays dans une instabilité profonde ; plus que le réchauffement climatique qui avait provoqué la hausse du niveau de la mer du Nord et l’inondation de plusieurs villes, c’était aussi la décadence des mœurs morales et politiques qui avait détruit le pays.

S’en suivirent certaines évolutions positives, comme la redécouverte en 2067 des valeurs personnalistes par le président du parti de l’époque, Abdalrahman Ibrahim, ou la réforme profonde de l’Eglise catholique quelques années plus tard, qui culmina avec l’élection d’une femme comme pape, et l’adoption d’une encyclique sur la « désirablité d’une plus grande humanité » (« de wenselijkheid van meer medemenselijkheid ») dont les lignes de forces étaient partagées par les juifs et les musulmans. En vue de mettre en pratique ces idées sur le plan politique, fut créé le Parti Populaire Universel, dont le belge Walter Bach devint le président international.

L'inauguration solennelle du siège du PPU avait été différée dans un premier temps, à cause de la survenance d’un événement remarquable. Lors des travaux de construction, un ouvrier chinois trouva une amphore, dont laquelle se trouvait un palimpseste, un parchemin contenant de nombreuses écritures superposées. L’analyse par un laboratoire universitaire révéla plusieurs dizaines de strates d’écritures, remontant toujours plus loin dans le passé. La plus ancienne, datant de dizaines de milliers d’années et écrite dans une langue inconnue, qui n’avait pu être déchiffrée que par un ordinateur quantique révéla dix commandements intemporels: « Soyez ouverts à l’émerveillement. Impliquez-vous dans l'essentiel: la vie, l'amour, la souffrance et la mort. L'amour plus que le plaisir de l'amour. Ne vivez pas pour travailler, mais travaillez pour vivre mieux. Faites de la loi du faible le devoir du fort. Ne soyez pas extrémiste, sauf si vous défendez la liberté. Soyez modéré dans tout sauf la représentation de la justice. Ne pensez pas trop vite que vous avez raison et convainquez davantage par votre exemple que par vos arguments. Restez fidèle à qui vous avez fait une offre. Soyez sensibles à ceux que la vie a fait souffrir ».

Walter Bach, le dirigeant du parti à cette date, décida de diffuser ces commandements dans le monde entier. Afin de joindre la parole aux actes, il décida de retarder l’inauguration du nouveau siège du parti pour l’ouvrir aux nombreux réfugiés et migrants errant dans le pays. Cette décision fut reprise par les médias du monde entier et vivement critiquée par l’extrême droite.

Deux semaines plus tard avaient lieu les élections. Après une fin de campagne centrée sur cette décision du PPU, le parti fut annoncé dans un premier temps perdant, à quoi le président Bach répondit qu’ « une défaite pour une bonne cause est préférable à une victoire pour une mauvaise ». Cependant, quelques minutes plus tard, les résultats furent corrigés à la suite de la découverte d’un bug informatique : le Parti Populaire Universel avait récolté la majorité absolue des suffrages. Le PPU n'était pas le meilleur parce qu'il était le plus grand, mais le plus grand parce qu'il était le meilleur.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1€ pour 1 mois
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris
A la une
Tous

En direct

Le direct