Droit de réponse

Une carte blanche de Monsieur Joël Kotek m’impose cette demande de droit de réponse. Outre rétablir les faits et positions idéologiques que M. Kotek m’attribue, je réponds à l’injure, à la calomnie et à l’assignation identitaire livrées au public.

Les limites d’un droit de réponse à une tribune libre ne permettent pas de répondre librement. Je me limite donc à répondre point par point.

M. Kotek se présente comme professeur et directeur de Regards. Précisons que cette revue est la publication d’une association dont la charte appelle « à renforcer notre solidarité avec Israël ». M. Kotek est administrateur de cette association : il milite pour la solidarité avec Israël. C’est dans cette perspective qu’il faut lire son attaque ad personam.

De quoi « l’arabo-musulman » est-il le nom ?

M. Kotek revient sur l’émotion légitime qui a suivi la tuerie au Musée juif de Bruxelles. Dans ce contexte, il cite mon nom de telle sorte qu’il est associé à l’attentat et à une terminologie qui relève de l’injure, de la calomnie et de la discrimination. Le tout porte atteinte à mon honneur et à ma réputation en ce qu’il m’accuse d’antisémitisme et m’associe à des symboles du négationnisme et de l’extrême-droite : « islamo-néonazi, convergences vertes-rouges-brunes, islamo-gauchiste, islamiste, antisémitisme arabo-musulman, bête immonde, peste antisémite, haine des Juifs, confusionnisme antisémite, confusionnisme imbécile, ennemi de démocratie, aux côtés de Faurisson et de Soral, assemblage de haines, etc. »

De l’antisémitisme

En 2010, M. Kotek m’avait déjà accusé d’antisémitisme à l’issue d’un débat universitaire auquel nous participions tous deux. Le Conseil d’Administration de l’ULB a réfuté cette accusation en 2011. M. Kotek réitère cette accusation aujourd’hui au motif que j’aurais été « récipiendaire de la Quenelle d’Or (2012) », aux côtés « des deux avocats belges de l’auteur “présumé” de l’attentat au Musée juif de Bruxelles ».

Le fait est erroné, je démens formellement avoir été récipiendaire de la Quenelle d’Or (2012). La rigueur argumentative, a fortiori lorsqu’elle porte une accusation ad hominem, exclut la confusion des concepts, les données inexactes et la culpabilité par association. Le nominé « est désigné », le lauréat « reçoit », le récipiendaire « est reçu ». Je n’ai jamais été reçu par Dieudonné : par conséquent, je n’ai pas été son récipiendaire, ni en 2012 comme l’allègue M. Kotek, ni jamais.

Si j’ai été nominé à une Quenelle d’Or en 2010, aux côtés, notamment, de chercheurs et de personnalités politiques, associatives et artistiques de premier plan, fort peu suspectes d’antisémitisme, j’ai refusé de prendre part à la cérémonie départageant les nominés, et je ne me suis jamais intéressé à la question jusqu’à ce que l’on m’y rappelle aujourd’hui, une décennie plus tard.

Les règles du droit de réponse ne me permettent pas de répéter ici une critique des positions idéologiques de Dieudonné que j’ai faite par ailleurs.

De la stigmatisation

M. Kotek m’associe à des figures de l’antisémitisme, du négationnisme et de l’extrême-droite par le biais d’un lien qui n’existe pas. Cette volonté de m’amalgamer à des idéologies que je combats et réfute, à l’instar du plus grand nombre, me dénature, me stigmatise et participe de mon exclusion socioprofessionnelle.

De la discrimination

M. Kotek qualifie l’antisionisme radical qu’il me prête d’antisémitisme « arabomusulman ».

En subdivisant les antisémites en « conservateurs » (les élites), « progressistes » (les classes populaires) et « arabo-musulmans » (?), M. Kotek présuppose que « Mohamed de Molem » ne fait partie ni de l’élite, ni des classes populaires, ni des classes moyennes. « Mohamed de Molem » est ainsi exclu de la société et discriminé par son ascendance et sa conviction religieuse supposée.

Faut-il rappeler que « Mohamed de Molem » ne parle pas arabe le plus souvent, n’est pas forcément musulman pratiquant et, même quand il l’est, il peut s’objectiver de mille et une manières différentes ?

M. Kotek laisse entendre que je serais « islamo-gauchiste » ou « islamiste ».

« Islamiste » renvoie, dans le langage médiatique, à une forme radicale et intégriste de l’islam. N’étant jamais intervenu dans le débat public au nom de l’islam – je ne suis ni théologien, ni islamiste (au sens du politologue), seul un préjugé permet de m’assigner une identité d’islamiste ou à l’islamité.

M. Kotek n’est pas sans savoir que la stigmatisation sur base de l’ascendance ou de la conviction religieuse, réelle ou supposée, participe de la discrimination.

Du négationnisme

M. Kotek associe mon nom à des figures de proue du négationnisme. Je n’ai pourtant aucun doute sur la propension de la modernité au génocide. Le nettoyage ethnique des (ex-)musulmans et des (ex-)juifs de la péninsule ibérique, prélude au génocide des Amazighs sur la route des « Indes », génocide qui annonce celui des peuples américains, tous fondent la modernité. En tant que racisé, je serais bien mal avisé d’oublier un seul génocide dans l’analyse des conditions de la crise génocidaire. Ni celui des Arméniens, ni celui des Roms et des Juifs d’Europe.

De l’antisionisme

M. Kotek m’accuse d’antisionisme radical. Il entend par là que je refuserais aux Israéliens le droit à l’auto-détermination. Je m’inscris en faux contre cette allégation. Je pense au contraire que toute collectivité devrait avoir le droit de « se donner un statut politique tel qu’elle assume en pleine souveraineté la responsabilité de sa vie publique ». D’autant plus lorsque cette collectivité est racisée. Que des corps dévalorisés par le racisme veuillent s’y soustraire, n’est-ce pas là une condition première de leur émancipation, voire de leur survie ? Je ne m’oppose donc pas au sionisme sur son principe auquel je souscris : soustraire à la furie raciste ses victimes. Je ne critique que la déclinaison coloniale du sionisme : celle qui, au nom des droits légitimes des uns, refuse à d’autres, l’expression de ces mêmes droits. M. Kotek me présente comme antisioniste : or, au sionisme colonial, j’oppose un sionisme décolonial.

Du terrorisme

M. Kotek me relie à l’attentat qui a frappé le Musée juif de Bruxelles. Rien ne permet pourtant de m’y associer, si ce n’est le préjugé : « si ce n’est toi, c’est donc ton frère ! » Le sionisme dont je me réclame, loin de semer la mort et la désolation, inviterait plutôt les corps écrasés par la gravité du racisme à s’émanciper de sa tutelle et à construire de nouveaux paradigmes de vie. Loin de poser des bombes, les véritables coups d’éclats sont ailleurs.

De l’extrême-droite

M. Kotek associe mon nom aux « néonazis » et à la « bête immonde ». Il mobilise ainsi une rhétorique servant habituellement à désigner l’extrême-droite, au moment même où cette dernière frappe aux portes du pouvoir en Belgique. Une extrême-droite qui charge, elle aussi, « l’arabo-musulman ». Le bouc émissaire de l’extrême-droite se confond-il vraiment avec ses émissaires ?

De la calomnie

Me présenter comme récipiendaire d’un prix entaché d’antisémitisme, sans préciser que je l’ai refusé et vivement critiqué, m’associer à des noms dont je rejette explicitement l’idéologie et amalgamer mon nom à des symboles de l’antisémitisme et du négationnisme – en posant un lien imaginaire qui m’unirait à eux – ne relève ni de l’information ni de la simple opinion mais de la calomnie.

Du débat démocratique

M. Kotek associe mon nom à la « peste antisémite » et aux « ennemis de la démocratie ».

Puisse le débat démocratique éviter l’injure, la calomnie et la discrimination.

Puisse-t-il éviter l’exclusion des voix racisées divergentes pour ne plus laisser aux seuls « racistocrates », qui ont le privilège d’échapper à la racialisation, le pouvoir de définir le cadre et les termes du débat.

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