«Stop aux salauds et aux pseudo-féministes!»

«Stop aux salauds et aux pseudo-féministes!»
EPA.

Comme femme, naviguant au sein du milieu militant, politique et journalistique belge, j’ai fait face régulièrement à des misogynes. Des phallocrates. Des machos.

Un jour, épuisée face à des tentatives d’intimidation d’un pervers narcissique, une policière à Etterbeek m’avait déclaré : « Mais madame, être est un connard n’est pas punissable par la loi ! ».

Et là est tout le problème. En tant que femme, nous sommes confrontées à des violences morales, symboliques, psychologiques, physiques et/ou sexuelles qu’il faudrait taire car c’est de l’ordre « de la vie privée ».

Pourtant, il est temps que la honte change de camp. Les salauds doivent cesser d’agir en toute impunité.

Depuis la nuit des temps, la violence contre les femmes est le principal moyen utilisé par le patriarcat pour les contrôler. Féministes, nous affirmons que « le privé est politique », c’est-à-dire que l’assignation des femmes au foyer, à la sphère privée, n’est pas naturelle mais qu’elle vient du pouvoir politique que les hommes exercent sur les femmes. Par conséquent, désobéir, changer l’ordre des choses à la maison devient aussi un geste politique qui a des répercussions sur l’ensemble de la société. Par exemple, combattre la violence conjugale est une lutte politique.

Aujourd’hui, nous assistons à une malhonnêteté intellectuelle. C’est ce que j’appelle les pseudoféministes.

Elles ont la parole dans les médias régulièrement alors qu’en réalité, elles sont les alliées objectives des hommes.

Prenons quelques exemples :

1

Le patriarcat arabo-musulman

« Mooh mais les pauvres hommes musulmans, ils sont victimes de racisme. Ce n’est pas de leur faute s’ils dominent leurs femmes : c’est culturel et religieux ! Le voile est un habit comme un autre ». En combattant le patriarcat blanc mais en niant la réalité du patriarcat arabo-musulman, ces pseudo-féministes défendent une soumission intolérable de la femme orientale. Parmi toutes les questions de société auxquelles renvoie le voile, la première et la plus importante est celle de l’égalité entre les femmes et les hommes. En effet, outre qu’il n’est exigé que pour les femmes, ce qui est déjà en soi une discrimination, la signification du voile est très clairement sexuelle. En effet, il est présenté par ceux et celles qui en promeuvent l’usage comme une façon de protéger les femmes des regards masculins supposés concupiscents, tout en évitant aux hommes de « pécher » en ressentant pour elles des désirs présumés coupables.

C’est une des raisons pour lesquelles, d’ailleurs, les véritables féministes sont particulièrement choquées de voir de toutes jeunes filles, voire des enfants, le porter. Elles ne sont pourtant pas des partenaires sexuelles possibles.

Le port du voile désigne les femmes uniquement comme corps, comme partenaire sexuel potentiel.

Et pourtant, une femme en rue ce peut être une travailleuse qui se rend à son boulot, une promeneuse qui se balade, une consommatrice qui fait ses courses, une fille, une mère, une sœur, une amie, qui évidemment ne se vit pas constamment comme « chargée » sexuellement ; c’est bien sûr aussi le cas des femmes voilées, sauf qu’en permanence celles-ci proclament à tout homme qu’elles croisent, qu’il y pense ou non, « pas touche ! ». Son vêtement la rend à chaque instant « sexuelle », comme si c’était le seul rôle qui lui était autorisé. Il est temps que les pseudo-féministes cessent de se cacher derrière l’étendard de « l’islamophobie » pour être tolérantes envers le patriarcat arabo-musulman !

2

L’infidélité

« Mooh mais il a une maîtresse, ce n’est pas grave, le pauvre. Il trompe sa femme ? Oh la maîtresse a prévenu la femme ? Quelle idiote ! Avec ces bêtises, elle détruit une famille ».

Non, Mesdames les pseudos féministes : ce n’est pas la femme, la coupable. C’est l’homme. Ça s’appelle la domination masculine. Révisez vos concepts. Dans le triangle « amant, femme et maîtresse », Mesdames les pseudo-féministes, cessez de défendre l’homme de la triangulation. Vous jouez ainsi le jeu du patriarcat.

3

La prostitution

« Mais les hommes ont des besoins sexuels irrépressibles ! Il faut qu’ils baisent, les pauvres. Sinon, ils violeront ».

En souscrivant à ce faux argument, les pseudo-féministes jouent le jeu de la culture du viol. C’est inadmissible. Une société qui banalisé l’idée que les hommes sont des violeurs par « nature », par « instinct » est une société qui promeut l’idée que les femmes sont disponibles, n’importe quand, sexuellement, consentantes ou pas. Eh non, la prostitution n’est pas « un métier comme un autre ». Connaissons-nous un autre métier dans lequel les personnes ont un taux de mortalité 10 à 40 fois supérieur à la moyenne ? Où 60 à 80 % des « travailleur-se-s » subissent régulièrement de la violence physique ou sexuelle ? Si c’est un métier comme un autre, comment se fait-il que si peu de femmes d’Europe de l’Ouest le pratiquent ? Comment se fait-il que l’écrasante majorité des personnes prostituées soit des femmes migrantes ? Ce soi-disant « métier » serait-il réservé aux femmes migrantes ? Pour respecter l’égalité femmes-hommes, devrions-nous le promouvoir auprès des hommes ? Plusieurs syndicats en Europe ne voient pas la prostitution comme un métier car elle est incompatible avec les critères associés à tout métier, à savoir la sécurité et la dignité, ainsi que la progression de carrière. Quant à la question du « choix », citons Fiona Bradfoot, survivante anglaise de la prostitution, qui déclare : « Si les femmes avaient plus de choix économiques dans cette société, elles ne choisiraient pas d’être violentées dans la prostitution ».

4

L’idéologie trans

Je préfère cette appellation car « transidentité » ou « transgenre » ou « transsexualité » banalise l’idée que la transphobie existe alors que ça n’existe pas. Seule la misogynie existe. « Mais les hommes ont le droit de se sentir femmes ! ». En répondant positivement à des logiques issues du summum du genrisme, les pseudo-féministes font l’apologie du patriarcat. Tout le contraire de la définition même du féminisme : combattre la domination masculine. En tant que féministe, je ne peux concevoir la transsexualité comme étant dépourvue d’idées patriarcales. Le genre, c’est le concept suivant :

Tu nais/es fille = cuisine, poupées, chambre rose, danse classique, repassage…

Tu nais/es garçon = pompiers, petits soldats et voitures, violence, football, boxe, chambre bleue…

Dire « je me sens femme » ou « je me sens homme » et donc je me fais opérer, c’est répondre positivement aux injonctions stéréotypées de la société masculine. C’est le summum du genrisme, la transsexualité. Je suis contre la prostitution mais pas contre les prostituées. Je suis contre la transsexualité mais pas pour discriminer les transgenres. Je pense simplement que se laisser envahir par les idées reçues sur le sexe, c’est jouer le rôle du patriarcat, ce que justement en tant que féministe, il faut combattre.

Faut arrêter le ridicule et l’aliénation à la domination masculine.

Contre les distilleurs de venin moral, psychologique ou autre, nous, les femmes, n’avons pratiquement aucun levier juridique. Pourtant, rappelons qu’en 1993, la communauté internationale, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, adopte la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes. En associant les violences envers les femmes à des violations des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales, cette déclaration affirme qu’elles « traduisent des rapports de force historiquement inégaux entre les hommes et les femmes qui comptent parmi les principaux mécanismes sociaux auxquels est due la subordination des femmes aux hommes ». Elle les définit comme « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée » (art. 1er). Dans les politiques publiques internationales et supranationales, la catégorie « violences faites aux femmes » a progressivement été élargie à celle de « violences de genre » pour inclure les violences commises en raison de l’identité de genre d’une personne.

Malheureusement, peu d’applications juridiques de cet article ont vu le jour. Par ailleurs, « violence sur le genre » ; ça ne veut rien dire, juridiquement ça ne tient à rien. Au Royaume-Uni, par exemple, ils ont fait des lois sur les discriminations sur le genre et c’est dramatique. Ça invisibilise les violences de sexe, donc des femmes mais aussi les violences sur l’orientation sexuelle qui n’a rien à voir avec le genre (1).

Aujourd’hui, je lance un appel à toutes les femmes : vous aussi, vous êtes victime d’un salaud qui vous broie psychologiquement, moralement, physiquement et/ou vous agresse sexuellement ? Lançons le hashtag #stopauxsalauds ! Mais ne jouons pas le jeu de la diffamation : ça pourrait se retourner contre nous. Ne citez pas les noms de vos agresseurs. Témoignez simplement. Et laissez opérer la justice. A vos tweets, chères soeurcières.

Précision de la Rédaction du « Soir »

La rédaction du « Soir » a été interpellée via deux messages émis par le compte Twitter de Micro Trottoir qui dénonce deux plagiats dans la carte blanche d’Aurore Van Opstal. Le premier serait en réalité un extrait d’un texte de Françoise Claude paru sur le site www.porteouverte.be, le second serait un extrait d’une ancienne parution sur le site du Mouvement des Jeunes Femmes.

L’autrice a reconnu qu’en dépit d’une mention dans la version qu’elle avait rédigée, le lien hypertexte renvoyant au site de Porte Ouverte n’apparaissait pas dans la version de sa carte blanche reçue par « Le Soir », qui n’est donc pas responsable de ce manque de référence.

En ce qui concerne les arguments sur la prostitution, l’autrice soutient qu’« ils sont issus des 18 mythes sur la prostitution du Lobby européen et des arguments de l’ASBL Isala dont je suis membre ». « J’ai participé de la conception de cet argumentaire ! », relève l’autrice qui estime donc illégitime de la qualifier de plagiaire.

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