Carte blanche: «Et si on combattait vraiment l’extrême droite?»

Carte blanche: «Et si on combattait vraiment l’extrême droite?»
Belga.

Lors de la soirée électorale du 26 mai, nous avons entendu les leaders des partis démocratiques affirmer la main sur le cœur, qu’au-delà de leurs défaites ou leurs (relatives) victoires, la plus grande inquiétude était celle de la montée de l’extrême droite. Ces postures étaient en parfaite cohérence avec la campagne électorale pendant laquelle ils ont également tenu des discours musclés affirmant leur ferme volonté de combattre l’extrême droite.

Anathèmes en chaîne

Au niveau belge, un cordon sanitaire est installé autour du Vlaams Belang (VB) par tous les partis sauf la N-VA. Au niveau francophone, un anathème supplémentaire inclut également la N-VA, à cause justement de la proximité de ses thèses de celles du VB et des propos xénophobes de certains de ses leaders. Les partis se proclamant de la gauche, ajoutent une couche supplémentaire d’anathème (affirmé avec plus ou moins de force en fonction de l’avancée des négociations) contre le MR, coupable lui d’avoir gouverné avec la N-VA et d’avoir, par conséquent, favorisé ou banalisé son discours.

Le citoyen démocrate, soucieux de maintenir une société plurielle qui respecte la diversité et qui réserve un accueil humain au flux des réfugiés, doit donc pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Tout semble bien en place pour le grand combat qui s’annonce contre l’extrême droite et ses thèses.

Diversité et sécurité

Mais concrètement en quoi consisterait ce combat ? Nous savons que les thèses de l’extrême droite sont identitaires et sécuritaires. Nous savons que ses électeurs sont surtout inquiets par rapport à la question migratoire vue comme une menace sur notre société, nos valeurs et notre sécurité. Logiquement, le combat doit donc passer par la promotion d’une société démocratique, garantissant l’ouverture, l’accueil et la diversité, en même temps que la sécurité et la stabilité du modèle démocratique et pluraliste. C’est d’ailleurs ce discours qui a été tenu pendant la campagne par les politiciens, lors des rares fois où ils ont détaillé leur vision du combat à mener contre l’extrémisme au-delà des slogans. Il faut, disent-ils, chercher les électeurs égarés qui ont été séduits par l’extrême droite en promouvant une telle société plurielle et en s’attaquant donc sérieusement, activement et concrètement au défi migratoire.

Des attentes concrètes

La question migratoire est considérée par tous, avec celle de l’environnement, comme un des défis majeurs dont dépend l’avenir de nos sociétés. Et c’est un défi complexe qui nécessite énergie, détermination et pédagogie opérante sur le long terme.

Le citoyen, mobilisé par les partis démocratiques dans ce combat, pouvait s’attendre à voir ces partis venir avec des propositions détaillées, concrètes et chiffrées. Il pouvait s’attendre à un projet de mise en place d’une réelle politique d’intégration des migrants, une politique structurée cohérente intégrant les différents niveaux de pouvoir, une politique alliant des mesures volontaristes d’accueil digne et suffisant, d’un parcours d’intégration bien pensé, des formules d’intégration économique par le travail, du renfort de la pédagogie de la pluralité (par exemple dans l’enseignement et la culture) à des mesures de renforcement des valeurs menacées – ou perçues ainsi – comme la laïcité, la sécurité ou l’égalité des genres.

Dépasser les symboles

Force est de constater qu’il n’y a rien de tel qui apparaît dans les négociations en cours pour la formation des différents gouvernements de ce pays. A titre d’exemple, la double note dite « coquelicot » ne cite le mot migrant que très incidemment (une seule fois pour la RW et une fois pour la FWB). Du côté fédéral, rien n’indique que ce sera un réel enjeu lors de la négociation d’un programme pour une future coalition. L’élection finie, la question migratoire semble passer au second plan et le combat contre l’extrême droite semble se réduire au niveau des symboles, comme la tenue du micro pendant quelques instants pour la présidence d’une assemblée ou la présence ou non des membres du VB sur les images à côté du président pour une autre assemblée.

Sommes-nous prêts à aller au-delà des symboles et des anathèmes pour donner au défi migratoire la réponse qu’il mérite, aussi complexe soit-elle, ou bien devrons-nous continuer à éviter la question parce qu’elle est complexe ?

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