Carte blanche: «L’humain au cœur du futur de la défense nationale»

Carte blanche: «L’humain au cœur du futur de la défense nationale»

Le constat est sans appel, comme le Chef de la Défense Marc Compernol l’a encore confirmé récemment, notre Défense peine à recruter et elle n’est plus en mesure de garder les volontaires qui font la démarche de s’engager. D’ici cinq ans, quarante et un pour cent de nos militaires prendront leur pension, tandis qu’un quart des soldats abandonnent la carrière militaire sans aller au terme de leur année de formation pendant leur instruction.

Après mon passage à la Défense (1999-2007), des efforts considérables ont été poursuivis surtout pour des investissements en termes d’équipements et de capacités. Si ces efforts sont louables, il n’en demeure pas moins important de développer une vision d’avenir en ce qui concerne les conditions d’exercice du métier de militaire afin de restaurer son attractivité. Aujourd’hui, il faut redéfinir une vision d’avenir sur le métier de l’armée. Celle-ci se doit d’être plus proche des aspirations de la population, elle doit se rendre utile, porteuse d’emploi et de développement tant personnel que professionnel. Par conséquent, je veux souligner l’importance de trois orientations phares : simplifier et enrichir le contenu des procédures de recrutement, réviser l’instruction et les formations internes ainsi que l’implication de notre jeunesse dans l’avenir de la Défense.

Simplifier les procédures de recrutement, revoir le contenu de l’instruction et redynamiser les carrières militaires

Actuellement, les procédures de recrutement du personnel militaire font preuve d’une trop grande rigidité. Les épreuves de sélection proposées par l’administration publique fédérale ne sont plus en phase avec la réalité des missions de nos militaires sur le terrain. Dès lors, je propose de travailler à la mise en œuvre d’une procédure de recrutement simplifiée et spécifique à la Défense. Cette procédure intégrera les impératifs de la tâche dévolue au militaire, mais ne négligera pas l’éventail des profils des différents candidats en veillant à éviter de tomber dans les travers managériaux du secteur privé.

Plus que jamais, l’accueil et le recrutement de nos futurs soldats, hommes et femmes, se doivent d’intégrer la dimension humaine dans son processus. De même, je propose de redynamiser la carrière de notre personnel militaire en tenant compte, comme pour tout travailleur, de son droit à pouvoir concilier vie professionnelle et vie privée. C’est pourquoi, la possibilité d’effectuer une carrière mixte, que j’avais préparée quand j’étais Ministre mais qui n’a jamais été mise en œuvre, ou celle de bénéficier d’une interruption de carrière doivent être mises au centre de notre réflexion.

Promouvoir le service volontaire d’utilité collective

La jeunesse constitue l’avenir de notre pays. A ce titre, elle est aussi l’avenir de notre Défense. Comme je l’ai proposé en tant que Ministre de la Défense en 2003 avec le Parlement, nous devons remettre le service volontaire d’utilité collective (SUC) à l’avant-plan. D’une durée minimum de six mois, le service serait effectué au sein de la Défense, avec pour objectif de développer l’esprit civique, les compétences relationnelles et les capacités d’adaptations de nos jeunes.

Ceux-ci seront alors en mesure de développer leurs potentialités, tant individuelles que collectives, dans un esprit de solidarité. Il favoriserait également le « vivre-ensemble », en offrant la possibilité aux jeunes issus de différentes cultures de se côtoyer, d’échanger et de se mettre au service de la population, tout en bénéficiant d’un encadrement de qualité. Partant, les compétences acquises s’avéreront utiles pour le jeune désirant s’engager dans les métiers de la Défense ou pourront être remobilisées dans d’autres secteurs d’emploi.

Ce projet nécessitera bien évidemment la participation de tous. Il s’agit avant tout d’assurer une plus grande proximité de la Défense avec le public. Les nombreux acteurs de la Défense devront être mis à contribution : il sera indispensable de nouer des partenariats avec les différents niveaux de pouvoir tant sur les plans intérieur, européen et international, d’impliquer les gouverneurs de provinces, les commandants mais aussi les Centres d’information de la Défense situés aux quatre coins du pays et les centres de développement en plein air de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’Ecole Royale Militaire et l’Ecole des sous-officiers doivent aussi se situer au centre de ce projet, car ces institutions constituent la référence en termes de savoir et de savoir-faire militaires. Enfin, ce projet doit impérativement s’ancrer dans la dimension européenne de la Défense. En effet, en nouant des partenariats avec les Etats membres de l’Union européenne, nous serons en mesure d’atteindre une gestion plus efficiente grâce à la mutualisation de nos moyens et l’échange de bonnes pratiques.

Intégrer une formation aux métiers de la sécurité et de la Défense à l’école

Vouloir impliquer notre jeunesse dans l’avenir de notre Défense, c’est aussi lui apprendre les bases de ce que constitue une carrière dans nos forces armées. De ce fait, je suis favorable, comme je l’étais pour le cours d’apprentissage à la citoyenneté, à la mise en place d’une option proposant des cours sur les métiers de la sécurité et de la Défense (militaires, policiers, pompiers, sécurité privée) dans les programmes d’enseignement secondaire. Cette mesure pourra permettre de susciter des vocations chez les jeunes en leur inculquant les connaissances de base et les spécificités du métier de militaire. Notre jeunesse sera dès lors mieux préparée et mieux informée en vue de son insertion sur le marché du travail.

Nos forces armées doivent se tourner vers l’avenir. Intégrer les changements sécuritaires et le contexte géopolitique global, en ce compris le cyberespace, passe par une modernisation de notre armée. Ceci en s’intégrant dans les programmes de coopération européens et les partenariats en matière de Défense, sans oublier l’Afrique et le pourtour méditerranéen.

Cette modernisation ne pourra se passer du principal déterminant de notre Défense : l’humain. Je désire donc que notre armée puisse évoluer et se préparer aux défis de demain tout en perpétuant ses valeurs d’humanisme et de solidarité.

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