De la concurrence à la solidarité à tous les étages: voilà ce dont notre école a besoin!

De la concurrence à la solidarité à tous les étages: voilà ce dont notre école a besoin!
René Breny.

Réunis par nos soins juste avant les élections, des représentants du Cdh, de DeFi, d’Ecolo, du MR, du PS et du PTB ont répondu aux questions de l’équipe politique de CGé sur leur vision pour l’école dans les 5 années à venir. Trois mois se sont écoulés et nous ne savons toujours pas à quelle sauce l’école va être mangée.

Mais si nos responsables politiques sont conséquents, ce qu’ils ont écrit dans leurs programmes politiques et dit le soir du 9 mai devraient être autant de balises qu’ils ne renieront pas.

Qu’avons-nous donc lu dans leurs programmes politiques et entendu ce soir-là ?

Impression que ça bouge mais qu’il y a encore des ambiguïtés à lever dans tous les programmes politiques. Tous parlent d’augmenter la qualité et la réussite scolaire mais ça ne mange pas de pain et peut n’être suivi d’aucun effet réel.

350 pages, 3 législatures nécessaires

Certains d’entre eux mentionnent le Pacte, d’autres pas, alors qu’il est là, énorme dans le décor, avec ses 350 pages de mesures articulées et phasées sur 15 ans. Il va falloir 3 législatures de cohérence et de continuité pour qu’il commence à produire réellement ses effets. Pas de possibilités de garder certaines mesures et d’en enlever d’autres. À notre sens, il y a même des mesures qui ne vont pas assez loin comme la formation continuée des enseignants, les mesures de régulation des inscriptions et de déségrégation pour en finir avec les écoles ghettos, le soutien au changement dans les écoles les plus en difficultés ou encore la transformation des bâtiments scolaires pour mettre en œuvre le tronc commun polytechnique.

Objectif tronc commun

Et puis, ils ont dû nous trouver butés et anxieux à CGé, mais nous ne sommes toujours pas sûrs qu’ils soient tous d’accord avec cet autre projet de société pour l’enseignement obligatoire (1) que constitue le fait d’arrêter de trier, sélectionner et reléguer les élèves pour confier aux écoles et aux enseignants la mission de faire acquérir par tous les enfants un socle commun de savoirs et compétences. Pas sûrs non plus qu’ils soient tous bien conscients de ce que ça implique.

Si c’est bien le projet de société qu’ils sont prêts à porter, alors, il va falloir qu’ils assument – face à leurs électeurs – d’agir contre la concurrence scolaire, contre l’énergie et les moyens que les établissements scolaires mettent à se distinguer les uns des autres et contre le tri actif ou passif du public scolaire, car c’est incompatible avec la mise en œuvre réussie d’un tronc commun. Et ils le savent : auprès d’une grande partie de leur électorat, introduire plus de régulation des inscriptions et chercher à faire réellement école commune fait peur et n’a pas bonne presse.

Mettre fin aux orientations forcées

Aucun parti n’est donc clair et explicite sur ce point, sauf le MR qui rappelle son opposition au tronc commun au nom du respect de l’« envie profonde » qu’auraient un grand nombre de jeunes de milieux populaires de s’orienter dès 15 ans vers l’enseignement professionnel. Cela équivaut pour nous à renoncer d’emblée à toute ambition scolaire ou sociale pour les enfants de milieux populaires et maquille en choix ce qui est aujourd’hui une orientation forcée pour une écrasante majorité de jeunes dont l’enseignement général ne veut plus.

Les besoins d’un projet clair

Ce dont l’école et les enseignants ont besoin, c’est d’un projet politique clair et assumé.

Assumé dans le temps, sachant que le temps du politique – 5 ans pour une législature – n’est pas le temps de l’école – 15 ans pour modifier réellement notre système scolaire.

Besoin d’un projet qui se décline en une mission claire qui fasse sens pour eux.

Besoin d’un projet qui donne aux enseignants les moyens de ses ambitions : les moyens pédagogiques en temps et en formation continuée au sein même de la classe, mais aussi les moyens financiers et matériels.

Et besoin que soient portées à tous les niveaux les valeurs nécessaires à sa mise en œuvre.

De la concurrence à la solidarité à tous les étages !

Réformer réellement l’école appelle donc à un exercice inédit en miroir :

– les formations politiques devront passer de la concurrence à la solidarité autour d’un même projet sur 3 législatures pour l’enseignement obligatoire ;

– idem pour les écoles ;

– idem pour les profs qui ne pourront relever le défi du tronc commun qu’en développant le travail collaboratif ;

– idem pour les élèves : précédemment mis en concurrence autour des points, ils devraient être invités à coopérer pour s’entraider à apprendre, seule façon pour qu’aucun ne s’ennuie et que tous aient des défis pédagogiques à leur mesure ;

et idem pour les parents : penser que nos enfants et la société ont plus de choses à gagner en investissant dans une école commune le temps de la scolarité obligatoire qu’en tentant de les doter de savoirs de distinction.

Tous ceux qui prendront ce chemin nous trouveront à leurs côtés.

Tous les autres nous trouveront en travers de leur route.

Comme ça, c’est dit.

(1) Jusqu’à 15 ans à ce stade

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