«Pour une éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle vraiment généralisée en milieu scolaire»

«Pour une éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle vraiment généralisée en milieu scolaire»

Ça y est, c’est la rentrée ! Débarrassés des derniers grains de sable coincés entre leurs orteils, nos enfants et ados profitent des dernières joies de l’été, déchirés entre nostalgie de vacances trop vite passées et excitation de retrouver leurs camarades. Les jeunes partagent leurs souvenirs, anecdotes et histoires de l’été. Les cadet.te.s raconteront les nouvelles amitiés nouées lors de stages. Les plus âgé.e.s, eux, ne passeront pas à côté DU sujet de l’été : attirance inavouée, simple amourette ou Amour avec un grand A (que l’on croit…). La vie affective et – qui sait – peut-être déjà sexuelle – reste le sujet indétrônable des cours de récré.

La sexualité constitue une composante fondamentale de la vie humaine et de la vie en société. Mais la vivre de manière épanouie, consentie et libre n’est inné pour personne. Cet apprentissage passe notamment par les bons (et parfois moins bons) conseils des pairs, les informations (plus ou moins sûres) dénichées sur internet, ou encore par les recommandations parentales souvent bienveillantes, parfois maladroites.

Une définition peu attirante

En matière d’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS), l’idylle institutionnelle s’est conclue en 2013 par un protocole d’accord entre Fédération Wallonie-Bruxelles, Wallonie et Cocof (Bruxelles). On y vise une généralisation en milieu scolaire. On définit cette éducation sexuelle qui en tait le nom comme « un processus éducatif qui implique notamment une réflexion en vue d’accroître les aptitudes des jeunes à opérer des choix éclairés favorisant l’épanouissement de leur vie relationnelle, affective et sexuelle […] selon une approche globale ».

Au-delà du public jeune, l’EVRAS constitue un processus de développement des compétences et des aptitudes individuelles en matière de sexualité dans tous les milieux de vie et à tous les âges. L’EVRAS découle naturellement du « droit d’accéder à la meilleure santé en matière de sexualité et de reproduction », droit fondamental reconnu par l’ONU dans le cadre de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (Le Caire, 1994) et réaffirmé lors de la quatrième conférence mondiale des femmes (Pékin, 1995). Il s’articule intimement au droit à une sexualité libre, à l’émancipation de l’individu et à la liberté de disposer de son corps. Le consentement libre et éclairé passe par une éducation adéquate et une information suffisante.

Mission obligatoire depuis 2012. Et pourtant…

Depuis 2012, l’EVRAS est inscrite dans le décret définissant les missions prioritaires de l’école en Fédération Wallonie-Bruxelles. Malgré ces dispositifs, cette généralisation n’est toujours pas effective et beaucoup d’élèves n’en bénéficient pas aujourd’hui. À Bruxelles, l’augmentation récente des moyens financiers permet d’atteindre 15 % seulement des élèves francophones. Et pour causes notamment : l’absence de plan stratégique et de cadres de référence coordonnés et concertés pour l’EVRAS, l’inadéquation des moyens mis en œuvre et la sensibilisation disparate des pouvoirs organisateurs et des chefs des établissements scolaires.

Il est temps que les autorités politiques mesurent l’enjeu et prennent des mesures effectives pour généraliser l’EVRAS pour tou.te.s les élèves, dans l’ensemble des établissements scolaires, tous réseaux confondus.

Ça tombe bien…

… car en cette période postélectorale, nos nouveaux gouvernements se mettent en place. L’espoir est permis.

Des partis volontaires

Plusieurs partis politiques affichent des programmes favorables à cette généralisation, de manière transversale : enseignement, égalité des chances, droits des femmes, lutte contre les discriminations. L’EVRAS est peu à peu reconnue comme un levier éducatif dans bien des domaines. Les partis installés aux commandes régionales (Cocof) ou en passe de l’être (Région wallonne et Fédération Wallonie-Bruxelles) se montrent volontaires : généralisation effective, formation des équipes pédagogiques, garantie de la qualité des interventions, élaboration d’un cadre référentiel commun à tous les acteurs, évaluation des activités. Ces intentions sont ambitieuses, et ô combien nécessaires.

Réjouissons-nous : nos appels n’auront pas été vains. Dans sa Déclaration 2019-2024, le gouvernement bruxellois francophone marque sa volonté de poursuivre l’objectif de la généralisation en s’appuyant sur les centres de planning familial, experts en santé sexuelle et reproductive, y compris de vie affective et relationnelle. Au menu aussi : révision du Protocole d’Accord et établissement d’un cadre de référence commun.

Pour les acteurs de terrain, il est temps d’accroître la cohérence et la pertinence des méthodologies et des pratiques d’intervention, d’élaborer des référentiels en matière d’EVRAS et de les adapter aux différents stades d’apprentissage des enfants et adolescents, autant qu’aux éventuelles spécificités des publics (ex. maternel, spécialisé). À la croisée des Régions et Communautés, l’EVRAS reste l’une des victimes collatérales de la lasagne institutionnelle belge. Or, elle demande une concertation efficace des entités. Les négociateurs wallons seront-ils aussi ambitieux que les Bruxellois ? Pour l’avenir des jeunes, c’est primordial.

Il n’y a plus qu’à conclure

À l’aube d’une rentrée couplée des écoles et des législatures, toutes ces intentions sont salutaires. Elles nécessiteront, pour leur bonne réalisation, de se donner les moyens de ses ambitions. Des moyens humains et financiers pérennes et à la hauteur des enjeux, un travail de concertation et l’élaboration d’un plan stratégique global sont les outils fondamentaux d’une généralisation effective, efficace et efficiente de l’EVRAS en milieu scolaire.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1€ pour 1 mois
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct