«La reconnaissance juridique du féminicide est un enjeu crucial»

Manifestation le 28 août dernier à Paris.
Manifestation le 28 août dernier à Paris. - AFP.

Commettre un féminicide – né de la contraction de « féminin » et « homicide » – (parfois appelé aussi « fémicide »), c’est tuer une femme parce que c’est une femme.

A l’heure où la France vient de déplorer le 101e féminicide de l’année 2019, la question de sa reconnaissance juridique est plus que jamais dans l’air du temps.

Car, en effet, ni en France, ni en Belgique, le féminicide n’est reconnu comme une infraction autonome. En l’état actuel du droit belge et du droit français, tuer une femme en raison de son sexe est seulement une circonstance aggravante dans le cadre d’infractions spécifiquement identifiées par le Code pénal.

Différentes définitions

La lutte contre le féminicide est un phénomène complexe, avec des enjeux interdisciplinaires entre psychologie, sociologie, droit, sciences politiques, etc. D’ailleurs, comme l’a montré l’Organisation mondiale de la santé, le féminicide peut prendre différentes formes. Dans les cas les plus fréquents (35 % des cas) le féminicide est dit « intime », c’est-à-dire qu’il a été commis par un (ex-) compagnon ou conjoint. Il peut toutefois aussi s’agir d’un féminicide « commis au nom de l’honneur » ou « pour des raisons culturelles ». Le féminicide peut également être « non intime » lorsqu’il a été commis par une personne qui n’est pas en relation intime avec la victime.

Sur le plan du droit, la question de l’insertion du féminicide dans le Code pénal divise les juristes. En effet, quelle serait la portée précise d’une telle reconnaissance ? Qu’elle en serait la définition exacte ? Cette reconnaissance aurait-elle davantage qu’une portée symbolique ? Si le parricide et l’infanticide ont leur place dans le Code pénal belge, pourquoi le féminicide n’aurait-il pas sa place ?

A notre avis, la reconnaissance juridique du féminicide est un enjeu crucial pour la protection des droits des femmes car il ne faut pas oublier que les femmes demeurent une catégorie juridiquement vulnérable.

Un débat parlementaire nécessaire

Un aspect déplorable du système belge réside dans l’absence d’une instance officielle dont la mission serait de s’inquiéter des féminicides et de lutter pour permettre leur prévention mais également pour aider les victimes. Actuellement, les féminicides sont seulement dénoncés par une plateforme d’initiative privée (appelée Mirabal en hommage aux trois sœurs Patria, Minerva et Maria Teresa Mirabal qui s’engagèrent activement en République Dominicaine contre la dictature de Rafael Trujillo et finirent assassinées sur ordre de ce dernier en 1960).

Si les questions que soulève le féminicide n’appellent pas de réponse univoque, elles montrent à tout le moins qu’un débat au sein du notre Parlement fédéral est indispensable en la matière.

Déjà reconnu dans de nombreux pays d’Amérique latine et combattu avec force en Espagne et en Italie, le féminicide est une réalité dont les chiffres accablants ne devraient pas laisser les décideurs politiques indifférents…

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1€ pour 1 mois
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct