Les racines élémentaires d’Arno: «Je souffre de ne pas avoir assez parlé avec mon père»

Arno a horreur des photos sauf quand il s’agit de son vieil ami ostendais Danny qui signe quasiment toutes ses pochettes et photos de presse. Le voici donc à Ostende, une de ses deux villes «racines». Notre entretien s’est lui déroulé à Bruxelles, au Théâtre National, à deux pas de chez lui et de «L’Archiduc» son QG dans la rue Dansaert.
Arno a horreur des photos sauf quand il s’agit de son vieil ami ostendais Danny qui signe quasiment toutes ses pochettes et photos de presse. Le voici donc à Ostende, une de ses deux villes «racines». Notre entretien s’est lui déroulé à Bruxelles, au Théâtre National, à deux pas de chez lui et de «L’Archiduc» son QG dans la rue Dansaert. - Danny Willems

Arno a choisi de nous rencontrer au Théâtre national, pas très loin de chez lui, dans le centre de Bruxelles. On le sait peu désireux de parler de son histoire personnelle, c’est pourtant lui qui d’emblée va nous y plonger, au départ de son nouvel album « Santeboutique ». « C’est l’être humain qui m’inspire. Il fait des bêtises, il tombe amoureux, il fait des guerres. Ce qui se passe dans le monde, c’est lui qui le fait. Et aujourd’hui, on est dans le monde, dans un vrai Santeboutique, un bordel, un bazar, une misère. Avec ce qui se passe autour de moi en Europe, je ne sais pas, je me sens dans les années 30. » Il nous regarde, puis enchaîne : « Parce que tu sais, je viens d’une famille de réfugiés. Mon père Maurice, durant la guerre, était pilote à la Royal Air Force en Angleterre. Mon grand-père Charles avait décidé, à peine les nazis entrés en Belgique, de partir là-bas en bateau, avec toute la famille : mon grand-père, ma grand-mère, mon père et sa sœur. »

Il avait peur…

Oui car il était sur la liste des nazis. Il était gauchiste. Comme mon père syndicaliste. Ils sont donc partis…

À Londres ?

Oui, à Dean Street, dans Soho. Ils y sont restés toute la guerre. On m’a dit que les parents de David Bowie ont aussi vécu dans cette rue… Après, j’y suis retourné, j’ai vécu à Londres.

Cette lutte contre le fascisme vous a donc marqué très tôt…

J’ai été éduqué avec cela. Je suis né en 1949. Je me souviens encore de mon père parlant avec ses copains. Certains sont allés dans les camps… C’est mon enfance, tout ça. Du côté de ma mère, mon grand-père Ernest a pris le maquis dans la résistance. À la fin de la guerre, les SS sont venus chez ma grand-mère pour arrêter son mari. Elle a fait une telle scène qu’ils sont partis bredouilles, apeurés.

Ça fait partie de la légende familiale…

Oui, moi j’ai été élevé par ma grand-mère et mes tantes. Dans la famille, la patronne, c’est la femme. Je suis né à Ostende dans un taxi. Et à l’hôpital, ma mère dit à mon père d’aller m’inscrire à la maison communale sous le nom d’Arno. Comme le fleuve. Mon père y va et là, on lui dit non, on ne peut pas, il faut un prénom catholique. Il revient à l’hôpital raconter ça à ma mère qui est allée elle-même quelques jours plus tard pour faire une scène mais c’était trop tard, ils avaient déjà inscrit Arnold. Elle n’a pas voulu signer. Plus tard, à l’école, elle est allée dire qu’il était interdit de m’appeler Arnold. Jamais. Ma mère, on l’appelait Lulu et son frère Numa Van de Kieboom. Quelle famille ! Ma mère travaillait à mi-temps à la minque à Ostende, le marché aux poissons. Elle faisait la comptabilité.

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