«Donnons la priorité à la pédagogie et non à l’idéologie dans nos écoles»

«Donnons la priorité à la pédagogie et non à l’idéologie dans nos écoles»
Asap.

Fred Mawet, secrétaire générale du mouvement Changement pour l’égalité, intitule une carte blanche dans Le Soir comme ceci

« De la concurrence à la solidarité à tous les étages : voilà ce dont notre école a besoin ! »

« Pour réussir la mise en œuvre d’un tronc commun efficace, le politique doit agir contre la concurrence scolaire, contre l’énergie et les moyens que les établissements scolaires mettent à se distinguer les uns des autres et contre le tri actif ou passif du public scolaire. »

Dans le titre, comme dans le corps du texte, que de présupposés, de questions éludées et de simplifications dangereuses ! La réalité de nos écoles est bien plus complexe, diversifiée et riche d’expériences, dont beaucoup sont positives.

Trop de présupposés

1. Associer « ce dont l’école a besoin » à « la mise en œuvre d’un tronc commun efficace », sous-entendant la nécessité de prolonger d’un an ce tronc commun déjà existant, c’est éluder le débat sur la pertinence de l’allongement de ce tronc commun et sur l’ensemble des modalités et des conséquences de cet allongement.

2. Laisser entendre qu’a priori, « la concurrence scolaire », de même que « l’énergie et les moyens que les établissements scolaires mettent à se distinguer les uns des autres » n’ont que des aspects négatifs et s’opposent au tronc commun donc au bien de l’école, est simpliste et dangereux.

3. Laisser entendre qu’a priori, « la concurrence scolaire », de même que « l’énergie et les moyens que les établissements scolaires mettent à se distinguer les uns des autres » est systématiquement en lien avec « le tri actif ou passif du public scolaire » l’est tout autant.

Des stratégies spécifiques pour garantir la diversité

Sur le terrain, face aux réalités et aux attentes des parents et des élèves, il est normal et bénéfique que les établissements scolaires cherchent à trouver des réponses spécifiques, tout en respectant le cadre législatif. L’originalité de leurs projets éducatifs et pédagogiques et de leurs projets d’établissement trouve aussi et le plus souvent d’abord sa source et sa motivation dans le souci de mettre en place les moyens les plus adéquats pour accompagner les élèves vers la réussite, plutôt que dans leur volonté de « se distinguer les uns des autres ». Cette nécessité de développer des stratégies spécifiques pour chaque établissement est d’ailleurs reconnue et encouragée par les signataires du Pacte d’excellence.

Des amalgames au service d’une idéologie

Il est heureux que cette diversité existe, et beaucoup de parents et d’élèves s’en réjouissent. Mais il est aussi impératif que cette diversité s’accompagne de balises pour assurer une complémentarité plutôt qu’une concurrence. Par contre, dénoncer cette diversité au prétexte qu’elle ne peut que provoquer de la concurrence, et donc des effets négatifs sur la qualité de l’enseignement n’est pas juste.

Il y a effectivement un « tri actif ou passif du public scolaire ». Et, dans certains établissements plus que dans d’autres, ce n’est pas nécessairement au bénéfice de l’élève. Mais assimiler toutes les stratégies mises en place dans nos écoles pour orienter positivement nos élèves à du « tri actif ou passif du public scolaire », et généraliser des pratiques déplacées qui existent çà et là et doivent être dénoncées, c’est ignorer ce qu’il se passe sur le terrain ou, pire, se servir d’amalgames au service d’une idéologie.

Inverser le raisonnement

Beaucoup de femmes et d’hommes politiques et de nombreux médias ont tendance à réduire le débat sur l’avenir de l’enseignement à la pertinence de l’allongement du tronc commun et du décret inscriptions. C’est dommageable, parce que cela ne permet pas de voir la complexité des situations et des problèmes, et cela focalise l’attention sur des éléments qui, à eux seuls, ne peuvent pas constituer des solutions adéquates.

Cela nécessiterait de longs développements sans doute, mais il est inquiétant d’observer une réelle fixation sur l’allongement du tronc commun, mesure structurelle qui devrait améliorer les performances de l’école, en évoquant beaucoup moins tous les aspects pédagogiques de cette mesure. Pourquoi ne pas inverser le raisonnement ? Si on donnait la priorité à la pédagogie et non à l’idéologie ? Si on commençait par réformer en profondeur par des changements pédagogiques le premier degré de l’enseignement secondaire, pour en faire vraiment le prolongement du tronc commun de l’enseignement fondamental, et puis seulement évaluer la nécessité ou non de le prolonger d’un an, que risque-t-on ? Lever ce blocage sur un débat somme toute secondaire de l’allongement ou non du tronc commun et se centrer sur les dispositions pédagogiques à mettre en œuvre pour un vrai tronc commun, n’est-ce pas une possibilité d’entraîner davantage l’adhésion des acteurs de première ligne, adhésion qui constitue une condition indispensable. Défendre cette position me semble plus constructif que les déclarations matamoresques de la CGé « Tous les autres (1) nous trouveront en travers de leur route. »

(1) NDLR : ceux qui s’opposent au tronc commun tel que prévu par le Pacte

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