«Ne pas craindre l’IVG: en Belgique, ce n’est pas comme dans les séries télé»

«Ne pas craindre l’IVG: en Belgique, ce n’est pas comme dans les séries télé»
Thomas Van Ass.

La série Netflix 13 Reasons Why amène dans sa 3e saison une sensibilisation importante aux difficultés concernant l’obtention d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) aux États-Unis. Regardée par des milliers de jeunes en Belgique, les informations dispensées dans la série méritent une recontextualisation afin de rassurer les jeunes belges qui pourraient être concernés par cette problématique : chez nous, cela se passe mieux.

L’éducation à la santé est un sujet particulièrement délicat chez les jeunes. Dans notre ère postmoderne où l’information médicale est dispensée à toutes les sauces et sélectionnée par les moteurs de recherche selon le profil de l’utilisateur, combattre les « fake news » ou messages erronés ou non applicables à un certain contexte devient de plus en plus difficile.

Récemment l’avortement, problème médical touchant particulièrement la jeunesse, a été abordé dans la troisième saison de la célèbre série 13 Reasons Why, diffusée sur Netflix (plateforme comptant aux dernières nouvelles 137 millions d’utilisateurs au niveau mondial). La série, particulièrement contestée depuis sa première saison car traitant de problématiques lourdes chez les jeunes, comme le suicide ou le harcèlement scolaire, est appréciée par l’audience de la plateforme car elle amène sur la table une sensibilisation sur des thématiques peu abordées par le cinéma mainstream.

Dans l’épisode en question, une étudiante découvrant une grossesse non désirée, décide d’avorter, mais elle rencontre rapidement plusieurs obstacles s’opposant à sa décision : notamment, des conseillers la poussant à ne pas avorter, une opposition physique par des militants anti-avortement, une procédure sans anesthésie générale la faisant visiblement souffrir, et le manque de sécurité sociale poussant l’étudiante à devoir payer de sa poche les frais médicaux.

En Belgique, nous retrouvons une situation diamétralement opposée à la situation présentée par la célèbre série ; néanmoins et ce à cause de l’importante audience de cette dernière, certains jeunes pourraient se retrouver effrayées, en se retrouvant dans la même situation, pourraient se laisser influencer par les importants a priori avancés par le contexte américain propre à la série. Chez nous, cela se passe mieux que cela, à tous les niveaux.

L’accès à l’IVG

En Belgique, une femme désirant interrompre une grossesse peut se rendre à un hôpital ou un centre extrahospitalier (planning familial à Bruxelles et en Wallonie ou un « abortus centra » en Flandre), où elle sera accueillie le plus souvent par une équipe pluridisciplinaire préparée à gérer la problématique de façon globale. L’autorisation parentale n’est pas requise.

Aux États-Unis, les femmes souhaitant une interruption de grossesse vont recourir à des « cliniques d’avortement » ou des centres de « Planned Parenthood » (l’hôpital accessible seulement en cas exceptionnel). À cause de régulations strictes et de blocages de fonds gouvernementaux, ces cliniques sont le plus souvent obligées à fermer leurs portes et les médecins pratiquant des IVG sont souvent poursuivis. Contrairement à la Belgique, le nombre de ces centres pratiquant des IVG diminue drastiquement. Dans certains cas, il n’existe plus qu’un seul centre pratiquant des IVG par Etat. L’autorisation parentale est souvent requise.

Le coût de l’IVG

En Belgique, l’Inami prend en charge le coût de l’IVG si la femme est en ordre de mutuelle ; si la patiente se trouve dans une situation précaire, des programmes d’intervention financière sont accessibles. Aux États-Unis, les avortements ne sont pas couverts par l’assurance maladie américaine. Certains Etats financent eux-mêmes les avortements ou permettent aux femmes de prendre une assurance complémentaire privée. Dans certains cas, le financement par l’Etat ou les assureurs privés est interdit.

La procédure d’avortement

Il existe actuellement deux méthodes d’IVG ; la méthode médicamenteuse qui peut être pratiquée avant 7 semaines de grossesse, et la méthode chirurgicale (aspiration), préférée au-delà des 7 semaines de grossesse.

Un point culminant de l’épisode est un premier plan prolongé de la jeune fille en souffrance évidente pendant l’acte d’IVG par aspiration, ne bénéficiant pas d’anesthésie générale (elle n’est pas endormie). Pour une audience américaine et dans un but de sensibiliser à la problématique, cette scène trouve tout son sens. En effet, aux États-Unis et au vu des blocages de procédure concernant les IVG, les femmes ne peuvent pas bénéficier d’une anesthésie générale lors de la méthode chirurgicale, ce qui peut affecter grandement le bien-être mental des patientes.

Trois étapes

En Belgique, l’avortement se fait en trois étapes ; un entretien, l’IVG et une consultation de suivi. Lors de la première consultation, la femme est reçue par un professionnel de santé auprès duquel elle exprime son intention d’avorter. Un examen gynécologique est aussi pratiqué afin d’évaluer la situation et déterminer le terme. Toute interrogation est adressée et des informations sur le déroulement de la procédure et les alternatives à l’avortement sont données. Cela se fait dans un esprit calme, sans jugement et sans aucune intention d’influencer sa décision. Par la suite, un délai de 6 jours minimum doit être respecté avant de confirmer par écrit le désir d’interruption de grossesse et procéder à l’IVG.

La patiente est accompagnée durant la procédure d’aspiration ; des explications sont données et un soutien psychologique est présent. La patiente peut opter pour une anesthésie locale ou une anesthésie générale proposée dans les hôpitaux. Une consultation de suivi assure l’évaluation du bien-être physique et mental de la femme.

Contextualisation : en Belgique, l’intérêt de la patiente prime

Les séries télévisées sont un excellent moyen de sensibiliser à des problématiques fortes, ce que la série 13 Reasons Why fait de façon tout à fait intéressante depuis désormais trois saisons. Mais il est important que les jeunes regardant cette série puissent recontextualiser les informations présentées à la lumière de nos acquis sociaux. En Belgique, l’intérêt de la patiente est au cœur même du processus de soins.

Si l’épisode en question avait été tourné avec comme scénario un contexte Belge, il aurait vendu du rêve aux Américains : des structures hospitalières à la pointe pouvant accueillir la patiente dans le confort, un soutien psychologique et émotionnel important, un suivi médicalisé soucieux et une charge financière personnelle négligeable.

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