Football Leaks: que fait le Portugal pour lutter contre la corruption dans le football?

Rui Pinto le lanceur d’alerte des Football Leaks est emprisonné au Portugal
Rui Pinto le lanceur d’alerte des Football Leaks est emprisonné au Portugal - Maria Feck

En dévoilant des informations du plus haut intérêt public, Rui Pinto, le lanceur d’alerte des Football Leaks, offre aux autorités judiciaires portugaises une occasion unique de lutter efficacement contre la corruption dans le football.

Le 19 septembre 2019, les procureurs portugais ont retenu 147 chefs d’accusation à l’encontre de Rui Pinto. Les accusations portent principalement sur les crimes présumés d’accès non autorisé à des données et de violation de correspondance. Ainsi qu’une tentative d’extorsion. Rui Pinto est emprisonné au Portugal depuis six mois, dans l’attente de son procès.

Les Football Leaks, qui ont mis en lumière d’importants dysfonctionnements dans l’industrie du football, sont d’un grand intérêt public et résultent des enquêtes et publications menées depuis 2016 par des médias européens de premier plan, dont Der Spiegel, Mediapart, El Mundo, Expresso, Le Soir, Falter, NRC, Politiken, The Sunday Times, Reuters et d’autres médias encore, membres de l’European Investigative Collaborations (réseau EIC) depuis 2016.

Alors que l’Union européenne vient d’adopter une directive visant à mieux protéger les lanceurs d’alerte, le Portugal prend une mauvaise direction en traitant Rui Pinto de cette façon.

Tandis que Rui Pinto est emprisonné au Portugal, les procureurs de 9 pays (dont la France, la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni…) ont ouvert des enquêtes judiciaires sur la base des Football Leaks. Rui Pinto collabore par exemple activement avec la justice française, ce qui lui a même permis d’accéder au programme de protection des témoins. The Signals Network, une organisation à but non lucratif qui soutient les lanceurs d’alerte – dont Rui Pinto –, estime que grâce aux informations des Football Leaks, des amendes ont déjà été infligées pour un montant de 35 millions d’euros.

Par la force des choses, l’incarcération de Rui Pinto au Portugal a mis un coup d’arrêt à sa collaboration avec les services judiciaires étrangers. Elle contrarie le combat des autres pays contre la corruption dans le football.

Que fait le Portugal pour lutter contre la corruption dans l’industrie du football ? Le Portugal enquête-t-il sur les faits de corruption que les Football Leaks ont mis en lumière ? La réponse est non. Les autorités portugaises estiment qu’elles ne peuvent tirer parti de ces révélations puisqu’elles s’appuient sur des informations qui ont été obtenues illégalement.

Le moment est venu pour le Portugal de considérer que lorsqu’un cadre législatif ne permet pas de lutter contre la corruption, alors les lois doivent changer. Dans de nombreux pays, la preuve est libre. Il est temps que le Portugal évolue. Qu’il adapte sa législation afin de lutter efficacement contre la corruption dans le football. Sinon, son système judiciaire sera perçu comme protégeant les puissants et les corrompus, emprisonnant ceux qui prennent la parole. La balle est dans le camp du Portugal.

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