{Mandaye, mannedaye, mandaille ou mandaï}: une orthographe à tout faire

{Mandaye, mannedaye, mandaille ou mandaï}: une orthographe à tout faire

Je ne suis pas le “mandaï” des Français », déclare, survolté, le nouveau président d’Electrabel dans une récente interview au Soir.

Avant d’ajouter, sans doute pour éviter une surchauffe : « Comme eux ne veulent pas que je sois le “mandaï” des Belges. » Cette mâle déclaration de Johnny Thijs provoquera sans doute quelques électrochocs. Mais ma TL (timeline sur Twitter) m’interpelle sur ce « mandaï » qui fleure bon le français de chez nous.

Le français – et plutôt le wallon, car manʹdaye désigne, partout en Wallonie, un homme à tout faire, une personne confinée à des tâches subalternes et ingrates. Avec ce mot, la langue romane du cru illustre la porosité de notre frontière linguistique. Même si aucune étymologie ne fait l’unanimité, toutes les hypothèses sérieuses écartent une origine romane (celle qui a donné le français mandat, par exemple), pour privilégier la famille du néerlandais man « homme ». D’où la prononciation de la syllabe initiale, semblable à celle de man [ ne ] et non à celle de man [ der ].

Et ce « mandaï », comment l’écrire ? Si l’on se fonde sur l’orthographe wallonne, on adoptera le système graphique mis au point par Jules Feller au début du 20e siècle. Les conventions proposées par ce dialectologue privilégient la proximité entre la prononciation et la graphie. Pour la finale du mot, dont l’origine n’est pas claire, on écrira donc -daye , l’emploi du y n’étant pas ambigu dans ce contexte. Pour l’initiale, on emploiera un signe particulier, la minute [ʹ], à distinguer de l’apostrophe [’], afin d’indiquer que la consonne n est bien prononcée. D’où le manʹdaye wallon.

Il est légitime de considérer qu’une fois intégrés au français de Belgique, les emprunts au wallon suivent les conventions graphiques de la langue emprunteuse plutôt que celles de la langue prêteuse. C’est pourquoi on préfère péquet à pèkèt ou squetter à skèter . Dans cette logique, le manʹdaye wallon peut subir quelques adaptations. Le plus souvent, il perd la minute, inusitée en français : d’où la graphie mandaye . Cela entraîne une ambiguïté de prononciation que certains résolvent en écrivant mannedaye. D’aucuns préfèrent éviter la finale -aye, rare pour des noms français et susceptible de connaître plusieurs prononciations : comparez abbaye , cipaye et paye . D’où la graphie mandaille.

Et le choix demandaï, avalisé par votre quotidien favori ? La graphie - indique clairement la prononciation de la finale, mais c’est sans doute son seul atout. En français, elle n’apparaît en finale que dans des mots issus de langues un peu exotiques, tels « paresseux », saï « sapajou » ou bonsaï « arbre nain ». Alors que mandaye fait tellement couleur locale… Cela dit, mandaye , mannedaye , mandaille ou mandaï, cela vaut-il un pétage de plombs ? Certes non, même si vous avez un mandaye sous la main…

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