Carte blanche: Google une fois de plus au-dessus des lois?

Le Parlement européen a voté la directive au printemps.
Le Parlement européen a voté la directive au printemps. - PhotoNews

La directive européenne sur les droits voisins entre en vigueur ce jeudi 24 octobre. Le droit voisin, c’est cette extension du droit d’auteur au cœur de la directive adoptée en mai dernier. Elle est censée offrir une base juridique aux éditeurs de presse leur permettant de négocier une rémunération dès que, par exemple, un moteur de recherche s’empare d’une partie de leurs contenus pour construire son propre service d’information. En France, Google a déclenché la guerre en affirmant qu’il ne respecterait pas la directive et ne verserait pas un kopek aux médias. Les éditeurs et journalistes dégainent à leur tour.

Le Soir publie aujourd’hui une Tribune signée par quelque 700 journalistes, éditeurs et personnalités de la presse européenne. Tous s’élèvent contre le diktat de Google. Pour le groupe Rossel, Daniel Van Wylick, directeur éditorial du groupe et président de Lapresse.be l’a signée.

Ce jeudi, 24 octobre, aurait pu être un grand jour dans l’histoire de l’Europe et de l’internet. Avec l’entrée en vigueur en France de la directive européenne sur les droits voisins, la presse devait, pour la première fois sur notre continent, commencer à percevoir une rémunération sur les contenus qu’elle produit et qui sont diffusés sur Google, Facebook et autres plateformes.

Des journalistes, photographes, reporters de l’UE, mais aussi les artistes se sont longtemps battus pour ce texte. Parce que l’information de qualité coûte cher à produire. Parce que la situation actuelle, qui voit Google capter l’essentiel des recettes publicitaires générées par les informations que le moteur ratisse, est intenable. Et plonge chaque année la presse dans une crise plus profonde

Le parlement européen a voté la directive au printemps, le parlement français l’a transposée en droit français à la quasi-unanimité cet été. Pourtant ce texte tant attendu risque d’être vidé de toute portée avant même sa mise en œuvre. Et cela pourrait s’étendre à toute l’Europe.

Refusant toute négociation, Google a offert aux médias un cynique choix de dupes.

Soit ils signent un blanc-seing à Google en renonçant à rémunération, et le modèle actuel à base de gratuité perdure. C’est la mort lente, qui a commencé de vider les salles de rédaction en Europe comme aux Etats-Unis.

Soit ils refusent, continuant d’espérer une rémunération. Et on leur promet de redoutables représailles : la visibilité de leurs contenus sera réduite à sa plus simple expression. Plus de photo, plus de textes, un bout de titre, rien de plus, apparaîtra quand les internautes feront des recherches sur une information.

Un suicide pour la presse. Car avant d’arriver sur un site de média, la porte d’entrée des internautes c’est Google. Les autres moteurs de recherche pèsent trop peu. Les éditeurs le savent : ils n’ont pas les moyens financiers de supporter la chute vertigineuse de trafic sur leurs sites que cette mesure entraînera.

Google bafoue la loi. Il en exploite les subtilités en détournant son esprit. Comme le géant américain a si bien su le faire avec les montages fiscaux qui lui ont permis de faire de l’évasion fiscale à échelle planétaire.

C’est un nouveau bras d’honneur à la souveraineté nationale et européenne. Google veut faire la démonstration d’une impuissance publique à réguler les plateformes, faire plier les médias et les forcer à accepter un modèle économique assis sur la non-rémunération par principe des contenus. En mettant en avant, magnanime, le financement qu’il a bien voulu donner pour des projets innovants dans le domaine des médias : une diversion, une aumône pour un groupe qui pèse 140 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

Alors que les campagnes de désinformation envahissent internet et les réseaux sociaux, que le journalisme indépendant est attaqué dans plusieurs pays de l’Union, renoncer serait catastrophique.

Nous appelons à une contre-attaque des décideurs publics. Ils doivent muscler les textes pour que Google ne puisse plus les détourner, utiliser tout l’arsenal des mesures qui permettent de lutter contre l’abus de position dominante.

De notre côté, nous journalistes, photographes, JRI et artistes, en appelons à l’opinion publique et mènerons ce combat car ce qui est en cause, c’est la survie de médias indépendants et pluralistes, et in fine la vitalité de notre démocratie.

* Les signataires

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