Chute du mur de Berlin: «La fin de la déchirure»

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A l’automne 89, les Européens ont montré de quoi ils étaient capables lorsqu’ils pensent au-delà des frontières, estime le ministre allemand des Affaires étrangères.
A l’automne 89, les Européens ont montré de quoi ils étaient capables lorsqu’ils pensent au-delà des frontières, estime le ministre allemand des Affaires étrangères. - Patrick Hertzog/AFP.

Où étiez-vous lorsque le mur de Berlin est tombé ?

Chacun d’entre nous en Europe peut répondre à cette question s’il a vécu le 9 novembre 1989. Les retrouvailles des Allemands de l’Est et de l’Ouest dans l’émotion et la joie il y a trente ans n’ont pas seulement marqué la fin de la division de l’Allemagne. La chute du mur marque aussi la chute du rideau de fer qui a déchiré notre continent pendant quarante ans.

Le 9 novembre, nous, Allemands, ne célébrons donc pas seulement l’anniversaire de la chute du mur. Nous célébrons le courage de la population de toute l’Europe centrale et orientale qui a fait triompher la liberté et la démocratie. Nous célébrons l’union de l’Europe qui est heureusement rassemblée aujourd’hui, à quelques rares exceptions près.

Nous, Allemands, savons à qui nous devons ce bonheur : nous le devons aux centaines de milliers d’Allemands de l’Est qui sont descendus dans la rue pour défendre la liberté. Nous le devons aux ouvriers du chantier naval de Gdansk, aux révolutionnaires des pays baltes qui ont manifesté en chantant, aux Hongrois, qui ont été les premiers à ouvrir le rideau de fer, aux maîtres à penser de la Charte 77 à Prague, aux manifestations à la bougie à Bratislava, aux insurgés de Timisoara, à tous ceux qui, assoiffés de liberté, ont renversé les murs et arraché les barbelés. Et nous le devons à nos amis et partenaires de l’Otan à l’Ouest mais aussi à la politique de glasnost et de perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev qui ont préparé la voie à la réunification.

L’unité allemande, c’est aussi un cadeau de l’Europe à l’Allemagne, et ce, à la fin d’un siècle où les Allemands ont fait subir des souffrances inimaginables à ce continent, à la Belgique notamment. Nous sommes tout particulièrement reconnaissants aux Belges de nous avoir tendu la main de la réconciliation, si peu de temps après la Seconde guerre mondiale. C’est ce qui nous a permis de lancer ensemble le projet européen et même, bien plus tard et avec leur soutien, la réunification.

Il en découle pour nous une obligation : celle de parachever l’unification de l’Europe, de construire une Europe qui réponde aux valeurs et aux rêves de ceux qui sont descendus dans la rue en 1989 pour la liberté et la démocratie. Nous voulons œuvrer dans ce sens, et tout particulièrement l’année prochaine quand nous prendrons la présidence de l’UE, trente ans après la réunification de notre pays.

Le 15 novembre 1989, devant la porte de Brandenbourg, des Berlinois exultent.
Le 15 novembre 1989, devant la porte de Brandenbourg, des Berlinois exultent. - Gérard Malie/AFP.

Le sauvetage de l’euro, les querelles interminables sur l’accueil et la répartition des réfugiés, tout cela a créé de nouveaux fossés en Europe. Avec le Brexit, nous assistons pour la première fois à la sortie d’un pays de l’UE. Et dans beaucoup de pays européens, ceux qui veulent nous faire croire que moins d’Europe c’est mieux, ont le vent en poupe.

La seule voix qui pèse : l’Europe

Or une chose est sûre : pour subsister dans ce monde, les Européens doivent rester soudés. Car aucun d’entre nous n’est capable de relever seul les quatre grands défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés, à savoir la mondialisation, le changement climatique, la transformation numérique et la migration. Diverses capitales européennes lancent chacune de leur côté des appels à Moscou, à Pékin et malheureusement de plus en plus souvent aussi à Washington. Mais la seule voix qui pèse d’un poids déterminant, c’est celle de l’Europe. Faire cavalier seul doit être enfin tabou en Europe.

– Ensemble, nous devons formuler et mettre en œuvre une politique européenne à l’égard de pays comme la Russie et la Chine. Nous avons donc besoin d’une diplomatie européenne plus efficace mais avant tout d’une plus grande flexibilité de la part de tous les pays européens. Ce n’est pas avec 27 approches nationales que nous allons réussir.

– Ensemble, nous devons faire plus d’efforts pour désamorcer les conflits dans notre voisinage, dans le Donbass, en Syrie et en Libye. Dans ce but, il sera nécessaire de renforcer les instruments de l’Europe pour le règlement pacifique des conflits. Et nous avons besoin d’une véritable union européenne de la défense, en complément de l’Otan, qui soit capable d’agir de manière autonome partout où cela est nécessaire.

– Ensemble, nous devons lutter pour le maintien de l’ordre international et devenir le noyau d’une Alliance pour le multilatéralisme. Car la paix dépend du maintien de cet ordre, également en Europe. C’est une bonne chose que la Belgique et l’Allemagne siègent toutes deux au Conseil de sécurité des Nations Unies pour deux ans.

– Ensemble, nous devons jouer un rôle de leader dans la protection du climat. Il faudra prendre des décisions politiques courageuses et la société va devoir accomplir de réels efforts pour que notre continent soit climatiquement neutre à la moitié de notre siècle. Si nous n’y parvenons pas, nous allons compromettre l’avenir de nos enfants.

– Ensemble, nous devons renforcer l’économie européenne pour ne pas être broyés par le différend commercial et la concurrence technologique entre la Chine et les États-Unis. C’est pourquoi le prochain budget de l’UE doit être un budget pour l’avenir qui investit de manière ciblée dans la recherche, la haute technologie et la transformation numérique. C’est le seul moyen de garantir la prospérité de l’Europe.

– Ensemble, nous devons veiller à la cohésion interne de l’UE. L’Europe est forte quand elle peut offrir à ses citoyennes et citoyens la protection sociale et l’intégration de ses normes non seulement économiques mais aussi sociales. Et l’Europe est forte quand nous respectons et faisons respecter des valeurs telles que celle de l’État de droit.

Penser au-delà des frontières

L’automne 1989 a montré ce dont les Européennes et Européens étaient capables lorsqu’ils pensent au-delà des frontières nationales et passent à l’action. Il a révélé les forces qui les animent lorsqu’ils se mobilisent pour la liberté et la démocratie, le droit et la justice : la force de dépasser les murs et les frontières ; la force de faire respecter nos valeurs et intérêts dans un monde de plus en plus autoritaire.

Ce monde a besoin du courage de l’Europe pour la liberté, du courage dont elle a fait preuve en 1989. Osons enfin être européens, agir européen, sans aucune réserve !

Heiko Maas

L’homme politique allemand est depuis le mois de mars 2018 ministre des Affaires étrangères. Membre du parti social-démocrate (SPD), Heiko Maas est originaire de la région industrielle et frontalière de la Sarre, tout comme l’actuelle présidente de la CDU et ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer. En 1989, alors âgé de 23 ans, il s’engage en politique. Il a occupé plusieurs postes de ministres régional et fédéral.

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