«Formation du gouvernement: l’enjeu des négociations est bien plus qu’une simple question de coalition»

«Formation du gouvernement: l’enjeu des négociations est bien plus qu’une simple question de coalition»

Paul Magnette, l’informateur royal, s’est engagé à rencontrer « la société civile ». A n’en pas douter, les catalogues de propositions et autres mémorandums vont se multiplier, tandis que se poursuivront en coulisses de délicates tractations entre partis. Mais quel est l’enjeu véritable des discussions en cours ? Non pas seulement la formation d’un gouvernement (toujours compliquée en Belgique) mais un véritable choix de civilisation qui dépasse les partis, les « piliers » et la frontière linguistique. Notre appel vise à faire prendre conscience que nous sommes face à une crise systémique et une bifurcation historique sans précédent.

Une triple crise systémique :

– Une crise démocratique marquée par l’émergence d’un populisme d’extrême droite véhiculant des tentations autoritaires et xénophobes.

– Une crise de l’État social, aujourd’hui attaqué dans ses fondamentaux : la sécurité sociale, les services publics, la concertation sociale et le droit du travail.

– Une crise climatique qui nécessite des décisions urgentes et radicales, exigées par les instances internationales, le Giec et les mouvements de mobilisation citoyenne.

Une bifurcation historique : soit notre pays poursuit la fuite en avant néolibérale et sécuritaire qui a caractérisé la précédente législature, soit il s’engage dans la voie d’un nouveau pacte démocratique, social et écologique, seule réponse à la perte de confiance des citoyen.ne.s dans les institutions politiques.

1. Restaurer notre modèle de Sécurité sociale

La faillite du gouvernement Michel dans ce secteur est totale. Le comité du monitoring prévoit un déficit global de 11,8 milliards d’euros à l’horizon 2024. L’essentiel de ce déficit est provoqué par un définancement organisé de la Sécurité sociale qui ne permet plus de couvrir l’augmentation structurelle des dépenses de pensions, de soins de santé et d’invalidité. Car le vieillissement de la population et la croissance des dépenses de soins de santé sont une donnée sociétale à intégrer, et non une variable d’ajustement budgétaire. Le financement de la Sécu doit se faire en fonction des besoins réels des gens.

2. Créer les conditions d’une véritable transition environnementale

Le gouvernement Michel a manqué cette transition notamment en définançant la SNCB et en ne donnant aucune perspective durable à une fourniture énergétique à impact carbone plus neutre. Le mouvement des jeunes pour le climat a justement alerté sur l’urgence d’un véritable changement de paradigme économique. Le prochain gouvernement pourrait s’y engager en commençant par la réduction du parc automobile essence et diesel et l’abolition progressive du régime des voitures de société.

Revaloriser les pensions, le salaire minimum et les allocations sociales, restaurer les institutions de l’État social et s’engager dans la voie de la transition climatique n’est pas impayable. C’est un objectif financièrement soutenable, à condition de revenir sur des mesures fiscales qui se sont avérées socialement régressives et inefficaces en termes de soutien du pouvoir d’achat, de création d’emplois et de financement des besoins collectifs.

3. Restaurer la démocratie

Les inégalités créent une société désagrégée, où la peur du déclassement social entretient une demande infinie de sécurité et d’identité exclusive. Se débarrasser du fardeau de la solidarité et ériger une forteresse contre tous ceux qu’on juge « en trop » sont les deux faces d’une même médaille. Derrière l’État social, c’est donc aussi l’État de droit qui se trouve menacé – comme on le voit avec le département de la Justice, véritablement sinistré.

Sans approfondissement des droits civils et politique et des droits économiques, sociaux et culturels, la tentation de court-circuiter la représentation démocratique et la concertation sociale par de l’autoritarisme ou des procédures plébiscitaires grandira encore.

4. Un Pacte social, écologique et démocratique et non un compromis « social-chauvin »

Le risque serait donc grand de se lancer dans un compromis entre la gauche social-démocrate et la droite identitaire (le « modèle danois ») sur le maintien de protections sociales « contre » le verrouillage des frontières et des restrictions au droit d’asile. Un tel compromis « social-chauvin » est contraire à l’universalité des droits humains, et n’est qu’une manière d’esquiver tout véritable Pacte social, écologique et démocratique

L’enjeu des négociations en vue de la formation d’un gouvernement fédéral, quels que soient les partis politiques autour de la table, n’est pas une simple question de coalition, ni même une 7e Réforme de l’Etat. Il est de réconcilier les citoyen.ne.s avec la démocratie en leur offrant l’espoir d’assumer les défis du futur en matière de justice sociale, de transition climatique et d’Etat de droit.

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