«Nous devons poursuivre l’expérimentation animale sur le cerveau et ses maladies»

«Nous devons poursuivre l’expérimentation animale sur le cerveau et ses maladies»

Les maladies du cerveau infligent d’importantes souffrances à des millions de personnes et leur famille, et pour la plupart nous ne disposons d’aucun traitement curatif. Pourquoi ? Parce que nos connaissances sur le fonctionnement du cerveau, et sur ses dysfonctionnements, sont insuffisantes aujourd’hui.

Des méthodes d’examens limitées

Les cellules nerveuses constituent les unités de base de notre cerveau. Elles sont le siège de la plupart des maladies du cerveau, et donc les cibles principales de leur traitement potentiel. Pour comprendre le cerveau humain et guérir ses maladies, nous devons l’examiner d’abord au niveau des cellules nerveuses. Mais les méthodes actuelles utilisables chez l’homme (scanner, EEG,.) ne permettent pas de le faire de manière suffisamment approfondie. Seules des méthodes très invasives, quasi impraticables chez l’homme, permettent de telles études.

Alors, comment faire ? Une approche est d’utiliser des cellules nerveuses dans des boîtes de culture au laboratoire. Notre groupe de recherche a ainsi été à l’avant-garde pour concevoir des systèmes d’étude des cellules cérébrales en culture (Le Soir, août 2008). Ces méthodes sont maintenant utilisées partout dans le monde pour chercher de nouveaux traitements, tout en réduisant les expériences sur les animaux.

Indispensables animaux

Notre groupe continue d’utiliser et de développer ces alternatives, mais nos recherches restent limitées parce que les cellules nerveuses ne fonctionnent pas dans une boîte de culture comme dans un cerveau. Pourquoi ? Parce que la complexité du cerveau, son fonctionnement global, ses relations avec le reste du corps et le monde extérieur, ne peuvent être reproduits dans une boîte de culture, même avec les méthodes les plus avancées. C’est pourquoi l’utilisation d’animaux de laboratoire reste absolument nécessaire pour les recherches en neurosciences. De fait, les traitements de pointe pour des maladies graves comme les épilepsies par exemple, n’existeraient pas sans expérimentation animale.

Cependant, les modèles animaux ont aussi leurs limites. Ainsi les cellules nerveuses humaines et de souris présentent des différences importantes pour la fonction et les maladies cérébrales.

C’est pourquoi nous avons décidé de greffer des cellules humaines dans un cerveau de souris, ce qui peut sembler étrange à première vue. Il s’agit ici d’étudier le fonctionnement des cellules nerveuses humaines, dans le contexte d’un cerveau vivant. Nous nous demandions si les cellules humaines seraient capables de fonctionner correctement dans le cerveau d’une autre espèce.

Et d’après nos derniers résultats, la réponse est oui : malgré leurs différences, les cellules nerveuses humaines se connectent de manière efficace et précise avec celles de la souris. Elles peuvent relayer des informations importantes (dans notre cas des informations visuelles) dans le cerveau de la souris. Ces résultats indiquent que les cellules nerveuses implantées se comportent de manière analogue à ce qu’elles feraient dans un cerveau humain. C’est une découverte importante.

Aucun chercheur ne se livre à des expérimentations par simple curiosité, c’est la volonté de comprendre qui mène à des découvertes scientifiques, qui elles-mêmes peuvent conduire à des progrès concrets. Cela nous semble être le cas ici, car ces découvertes ont des implications importantes pour la lutte contre les maladies du cerveau.

D’une part, nous pouvons utiliser la transplantation d’humain à souris pour étudier les cellules nerveuses humaines dans le contexte d’une maladie. Nous pourrons ainsi examiner la progression de la maladie dans les cellules nerveuses humaines au sein d’un cerveau vivant, augmentant nos chances de trouver un traitement efficace.

D’autre part, l’utilisation de la transplantation de cellules humaines dans l’animal est d’une importance primordiale pour de futurs traitements à base de cellules-souches. Ainsi des essais cliniques sont actuellement en cours pour traiter la maladie de Parkinson, ou la cécité, en greffant des cellules humaines, ce qui nécessite de les tester d’abord chez l’animal.

Gardons Manneken Pis à Bruxelles. Et poursuivons la recherche par l’expérimentation animale éthiquement responsable : c’est indispensable pour pouvoir un jour gagner la bataille contre les maladies du cerveau.

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