«Affaire Polanski»: ce n’est qu’un début...

Des protestations contre la projection du dernier film de Roman Polanski, «
J’accuse
», se sont succédé devant les salles de cinémas, comme ici devant le «
Champo» à Paris, le 12 novembre dernier.
Des protestations contre la projection du dernier film de Roman Polanski, « J’accuse », se sont succédé devant les salles de cinémas, comme ici devant le « Champo» à Paris, le 12 novembre dernier. - Belga.

Gloire à toutes ces courageuses militantes qui, chaque soir, se posent en sentinelles aux portes des cinémas où l’on projette J’accuse, le film du harceleur Polanski, afin de boycotter la séance !

Elles sont suivies. Leur protestation a déjà franchi la Manche. Á la National Gallery de Londres se tient une exposition consacrée à Gauguin. Avant d’y accéder, le visiteur peut lire un écriteau précisant que le peintre, « Occidental privilégié », développa une vie sexuelle plus qu’agitée avec des mineures durant les douze dernières années de sa vie aux Marquises.

Elles sont entendues. Leur plaidoyer a même été reçu aux États-Unis (où, ainsi que chacun le sait, le puritanisme n’est pas assimilé à de la bêtise, comme en Europe, mais bien à une morale). Le New York Times interroge les conservateurs de musée sur l’opportunité d’encore accrocher des tableaux de Gauguin.

Elles montrent le chemin. Emboîtons-leur donc le pas.

Ronsard et Queneau...

Et d’abord, avant d’éplucher les programmes de français et les anthologies de nos bambins, mettons tout de suite en garde les parents à propos d’un auteur étudié dans toutes les écoles sous un aspect charmant, enchanteur et galant : Pierre de Ronsard. Son fameux poème « Mignonne, allons voir si la rose », est une invitation à l’amour qu’il adresse à Cassandre Salviati, la fille d’un banquier italien. Elle est âgée de 14 ans. L’affriolant Ronsard était un pédophile « … Donc si vous m’en croyez, mignonne / Tandis que votre âge fleuronne / En de plus verte nouveauté / Cueillez, cueillez votre jeunesse… » On ne peut pas être plus clair.

On en profitera, dans le même registre, pour épingler quatre cents ans plus tard Raymond Queneau qui, avec Si tu t’imagines, exprime semblable élan « … Allons cueille cueille, fillette fillette… » chantait la pulpeuse Juliette Greco.

... Aznavour et Tino Rossi...

Une exploration de la chanson populaire mérite aussi un détour, car plus encore que la littérature, les rengaines diffusent des tentations malsaines.

On s’étonnera peut-être qu’avant d’enchaîner les succès, Charles Aznavour incita aussi la pratique pédophile. Donne tes seize ans date de 1963. « Viens, donne tes seize ans / Au bonheur qui prend forme / Pour que ton cœur d’enfant / Peu à peu se transforme… » Il dit « cœur » mais tout le monde comprend « corps », bien entendu.

Sans doute avait-il été inspiré, lui aussi, par un grand prédécesseur vicieux qui débutait son succès Ô Catalinetta bella ! Tchi tchi (en 1936) par une introduction brute de décoffrage : « Tu n’as que seize ans et il faut voir comme / Tu affoles déjà tous les hommes / Est-ce ton œil si doux / Qui les mine / Ou les rondeurs de ta poitrine / Qui les rend fous ?… »

...Gainsbourg et Edith Piaf...

Ce n’est qu’un bref survol. D’autres individus marmonnant des insanités peuvent être débusqués. On ajoutera ainsi sans crainte de se tromper Serge Gainsbourg qui, lui, est condamnable pour l’ensemble de son œuvre, laquelle vante les pratiques de mœurs honteuses jusqu’à la décadence et la glorification de l’inceste.

Il importe aussi d’avertir les amies anti-Polanski sur les dérives que l’audition d’Édith Piaf peut provoquer. Cette gueuse aux multiples amants s’enrichit en reprenant un succès de Mistinguett tout à fait dégradant, intitulé Mon homme. Un bref extrait en dit long sur la soumission volontaire qu’elle répand : « … I’m fout des coups / I’m prend mes sous / Je suis à bout / Mais malgré tout / Que voulez-vous ? / Je l’ai tell’ment dans la peau / J’en suis marteau… » C’est insensé.

...Flaubert, Baudelaire, Maupassant...

Ce n’est qu’un début, car le combat sera long ! Déjà, au XIXe siècle, le remarquable magistrat Pierre Ernest Pinard (1822-1909) avait montré le chemin. Si l’on sait le rôle majeur qu’il joua pour faire condamner la dévergondée Madame Bovary de Gustave Flaubert, et les tentations contenues dans Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire (« Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant »), on ignore que sa lutte s’accomplissait de manière bien plus vaste puisqu’il s’attaqua autant qu’il le put à certains articles des frères Goncourt, à des poèmes de Verlaine sur les amoureuses, à d’autres de Maupassant sur des petites filles, ou encore aux chansons de Béranger comme aux complaintes de Richepin. Même Camille Lemonnier fut condamné en outrage aux bonnes mœurs pour son roman naturaliste L’enfant au crapaud qui dépeint la misère au Borinage.

...Voltaire... et demain, les autres

Napoléon III sut reconnaître l’apport fondamental d’Ernest Pinard à la santé de la société française en le nommant ministre de l’Intérieur où il put continuer son œuvre bienfaitrice, en interdisant notamment l’érection de statues de Voltaire qu’il jugeait impie, encore un dangereux libertin celui-là.

Bref, en ces temps de mauvaises graines, un slogan s’impose : « C’est un Pinard qu’il nous faut ! »

Ce n’est qu’un début ! Continuons le combat !

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