{Noël} et {Saint-Sylvestre}: faites-en bon usage!

{Noël} et {Saint-Sylvestre}: faites-en bon usage!
Mathieu Golinvaux

Pour alimenter les heurs − quelquefois les heurts − d’un chroniqueur, il y a ces insatiables lectrices et lecteurs qui rebondissent d’un mot sur l’autre, sans cesse en quête de nouvelles explorations linguistiques. Je leur suis très reconnaissant de m’aider à identifier, dans la vaste panoplie des sujets en rapport avec la langue française, ceux qui s’imposent à l’attention par leur pertinence… ou leur impertinence. L’évocation des gâteries du 6 décembre n’a pas failli à la règle : à peine le billet était-il paru que d’aucuns s’interrogeaient sur l’usage des majuscules pour cette Saint-Nicolas offerte par saint Nicolas.

Saint ou saint : une distinction majuscule ?

L’usage de la majuscule avec le mot saint suit une règle très générale : distinguer le nom propre d’un nom commun. C’est bien sûr le cas pour désigner des concepts religieux, comme la Sainte-Trinité ou le Saint-Esprit  ; de même pour des noms d’édifices religieux : l’église Saint-Pierre, l’abbaye Sainte-Croix. Mais aussi pour des lieux dont l’appellation n’est plus ressentie aujourd’hui comme en rapport direct avec un saint : la ville de Saint-Amand-les-Eaux, la gare de Saint-Pierre-des-Corps, l’île de Sainte-Hélène. Dans tous ces emplois, on notera la présence d’un trait d’union entre les composants du nom propre.

Les noms de fêtes suivent une règle similaire, même lorsque leur dénomination n’évoque plus que lointainement le patronage d’un saint : les feux de la Saint-Jean, le repas de la Saint-Éloi, les publicités pour la Saint-Valentin. Ici encore, un trait d’union est présent. Quant au genre, il est toujours féminin, quel que soit le sexe du personnage qui est associé aux réjouissances : on fête l’été de la Saint-Martin comme on fête la Sainte-Cécile. L’explication est qu’il y aurait ellipse du mot « fête » : la Saint-Michel est la fête de saint Michel.

De «  saint Michel  », avec une minuscule parce qu’ici saint précède un nom propre qui désigne le saint lui-même, comme dans la tentation de saint Antoine, le supplice de sainte Catherine, la vie de saint François. Ou des personnes sanctifiées par la tradition chrétienne : les saints Innocents, la sainte Famille. Votre Saint-Nicolas – les cadeaux offerts à l’occasion de la Saint-Nicolas – vous a donc été offerte par le grand saint Nicolas. Pour ce dernier, pas de trait d’union, ni de majuscule à saint.

On conçoit aisément que ces subtilités graphiques, justifiées par des distinctions sémantiques, soient ignorées ou malmenées par certains francophones. À la décharge de ceux-ci, on fera remarquer que le bel ordonnancement qui vient d’être présenté vole en éclats dans certains écrits. Des auteurs, usant de la majuscule comme d’un signe de révérence, écrivent le Saint Sépulcre (du Christ) ou la Sainte Table (pour la communion). Et Saint Louis, sans doute parce qu’il est le seul Capétien à avoir été canonisé. De manière plus étonnante encore, lorsque saint suit le nom, on trouve parfois la Terre Sainte, la Semaine Sainte.

L’usage est bien différent pour des réalités moins éthérées comme le savoureux saint-pierre, le calorique saint-honoré, le goûteux saint-nectaire ou le généreux saint-émilion. Tout autant que pour la saint-glinglin, la sainte-paye, la sainte-touche et autres noms de fêtes aussi fantaisistes qu’évocateurs.

Par contre, votre Saint-Sylvestre – soirée du nouvel an – mérite ses majuscules. Elle ne doit rien au pin qui orne peut-être votre salon, mais elle perpétue la mémoire du pape Sylvestre Ier, canonisé après un long pontificat qui, semble-t-il, ne justifiait guère cette consécration.

Le Noël ou la Noël : une confusion des genres ?

Si la Saint-Sylvestre clôture la trêve des confiseurs, Noël en est l’entrée en matière. À propos, est-ce la Noël ou le Noël  ? Je me souviens des beaux Noëls de mon enfance, je souhaite un joyeux Noël à la cantonade. Mais la Noël tombe un mercredi cette année ; je passerai la Noël en famille. Sans oublier les emplois de Noël sans déterminant : Noël est célébré dans le monde entier ou Noël est célébrée  ? Manifestement, l’usage hésite et il n’est pas facile à circonscrire.

Les premiers emplois de Noël recensés dans les dictionnaires sont du genre masculin, tant pour la Nativité du Christ que pour les cantiques liés à la célébration de cette fête. Toutefois, dès le Dictionaire critique de la langue française (1787-1788) de Féraud, on voit apparaître la mention « à la Noël, les fêtes de la Noël », que l’auteur qualifie de « gasconisme ». Un siècle plus tard, Littré écrit : « À la fête de Noël, ou, elliptiquement, à la Noël, à Noël » et cela, sans marque régionale. La 8e édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie le suit et valide cet usage.

L’emploi du féminin relèverait-il d’une influence régionale ? Outre le gasconisme mentionné par Féraud, plusieurs exemples donnés par Le bon usage (2016, § 473 b) semblent conforter cette hypothèse : ils apparaissent sous la plume de Maupassant, Colette, Blaise Cendrars, Henri Bosco. Mais il y en a d’autres, dus à Hugo, Proust ou Troyat, pour lesquels il s’agirait d’une variante jugée plus poétique que le masculin.

Le bon usage propose une règle qui rend compte d’une majorité d’occurrences du nom Noël  : celui-ci est généralement masculin, mais il est féminin quand il est employé avec le seul article défini singulier, sans épithète ni complément. D’où pour la Noël, après la Noël  ; mais un Noël blanc, le Noël de cette année, tous les Noëls vécus ensemble, Noël est passé,  etc.

Cela correspond-il à votre usage ? Et à celui de vos hôtes ? Voilà de quoi alimenter un quiz linguistique pour votre Noël ou votre Saint-Sylvestre…

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