«Non, l’argent public ne doit pas servir à condamner définitivement les enfants des Belges partis en Syrie mais bien à les sauver!»

«Non, l’argent public ne doit pas servir à condamner définitivement les enfants des Belges partis en Syrie mais bien à les sauver!»

La question du rapatriement des enfants de Belges partis en Syrie est un serpent sans fin depuis des années. Apparemment sans solution, l’Etat belge qui refuse le retour de 69 de ces derniers, aurait pu être condamné. En effet, le 26 décembre 2018, il se mettait gravement en porte-à-faux avec la justice en première instance puisqu’il avait été condamné pour notamment enfreindre la Convention Internationale des Droits de l’enfant et refuser de leur porter assistance. Les familles de ces mineurs eurent alors un semblant d’espoir qu’un plus grand nombre puisse être concerné. Alors que la moindre des humanités serait de considérer naturellement que ces jeunes ne sont responsables en rien des choix de leurs parents, le gouvernement lui ne veut rien entendre depuis un an. Il était demandé lors de cette décision de justice de prendre toutes les mesures nécessaires et possibles pour commencer par rapatrier déjà deux mamans accompagnées de leurs enfants en toute sécurité dans le pays. Si chacune avait déjà été condamnée à cinq ans d’emprisonnement pour avoir rejoint l’Etat islamique, à purger sur le sol belge si rapatriement il y avait, les enfants eux devaient être protégés avant tout et ramenés dans le pays sans conditions.

Considérés comme « les enfants du Mal »

Malgré la condamnation par ce tribunal bruxellois de l’inaction de l’Etat, la justice allait casser en février 2019 le premier jugement prononcé fin 2018 en considérant la demande des familles comme irrecevable. SAVE BELGIUM est régulièrement en contact avec nombre d’entre elles, mais aussi avec les institutions et certains députés européens, comme Saskia Bricmont qui défendent le retour inconditionnel des enfants. En réalité, il semblerait bien que l’Etat belge (et au fond le gouvernement français aussi dont il s’inspire probablement) préfère même payer les astreintes journalières de 5.000 euros par jeune plutôt que de braver son opinion publique qui aspire à la sécurité, ce qui serait selon elle incompatible avec le retour de ces « enfants du malheur ». Il en est de même pour la France donc, persuadée que ces derniers pourraient devenir de dangereux terroristes dans le futur, alors que les services de protection et d’aide à l’enfance assurent depuis des mois que des suivis personnalisés sont déjà prêts et seront possibles pour l’ensemble de ces jeunes concernés.

Le temps est compté

Pendant que le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, comme l’Ocam défendent l’idée d’un retour inconditionnel pour les mineurs, et des majeurs au nom d’un impératif de sécurité, l’Etat fait la sourde oreille. Pourtant, le bouleversement géopolitique récent dans la région a de quoi inquiéter sur le sort futur de ces enfants après l’offensive turque sur les camps kurdes dans le nord de la Syrie il y a presque deux mois. Jusqu’à maintenant, le Délégué aux Droits de l’Enfant, Bernard De Vos, assurait avoir des informations sur les 69 enfants, et pouvoir encore les localiser. Il appelait l’Etat à prendre ses responsabilités et à les « ramener (…) pour ne pas en faire des terroristes ». Mais jusqu’à quand ? Le temps est compté avant que l’on perde la trace de familles entières éclatées ou disparues.

Gaspillage d’argent public

Beaucoup de proches de ces enfants, grands-parents notamment, ont introduit une demande en justice pour obtenir la même chose. Si les deux enfants ont finalement été rapatriés en janvier 2019, quid des 67 autres ? C’est là que le bât blesse. Quand bien même d’autres décisions de justice parviendraient à le condamner, il est aujourd’hui clair que l’Etat préférera payer les astreintes journalières de 5.000 euros plutôt que de voir revenir un seul de ces enfants. Mais nous pouvons nous interroger et aussi contester légitimement le fait que l’argent public soit gaspillé à de telles fins.

Entendre la voix du bon sens

Au fond, la situation n’est plus seulement cynique : elle est tragique car elle enfreint tous les droits humains et ce pour quoi l’Europe se bat depuis des siècles : la dignité, la liberté, le respect, et la protection des individus. Les enfants se retrouvent de purs dommages collatéraux des guerres suicidaires d’adultes. De quoi peuvent bien être coupables ces enfants en réalité ? D’une politique cynique qui vise le court terme, et qui refuse de prendre le moindre risque face à une opinion déjà terrorisée par le retournement de nombre de ces « home growers » contre elle depuis 2015 ? Mais quel est le pire des dangers ? Les ramener ou les laisser errer sur des chemins obscurs sans foi ni loi où ils seront récupérés, « protégés » là-bas, manipulés, endoctrinés et transformés en bombes à retardement par de futurs recruteurs de l’idéologie djihadiste ? Les familles s’épuisent à la tâche depuis des mois pour le faire comprendre aux autorités. En vain. Car quel plus bel argument donnons-nous là à nos ennemis, quand ces enfants demanderont à leurs « parrains » de circonstance, pourquoi leur propre pays, pourquoi leur Etat les a ainsi abandonnés à leur triste sort ? Une bonne raison là de vouloir se venger et en finir définitivement ? Car qu’auront-ils de plus à perdre que leur pays, leur famille, leur honneur et le goût de la vie ?

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