{Carabistouilles} 2019

{Carabistouilles} 2019

Il ne se passe pas une semaine sans qu’on me signale une perle trouvée dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Souvent, elle constitue la matière première d’un billet de cette chronique ; parfois, elle est précieusement mise en réserve pour ce rendez-vous de fin d’année, traditionnellement consacré à quelques carabistouilles de derrière les fagots. C’est l’occasion de terminer 2019 sur une note souriante, sinon divertissante. Bonne dégustation !

Humide, la Wetstraat ?

Les noms des rues de notre Bruxelles bilingue constituent parfois de véritables rébus pour les visiteurs étrangers qui cherchent en vain, dans les plans officiels, la « rue aux CHOUX KOOL straat » ou la « rue du MARCHÉ AUX HERBES GRASMARKT ». Sans compter les problèmes de compréhension que peuvent poser certains noms de lieux orphelins de leur traduction. Si Schaarbeek ne pose guère de problème par rapport à Schaerbeek, la situation se complique pour l’infortuné touriste qui cherche Vorst à Forest ou Ixelles à Elsene.

Qu’à cela ne tienne, me direz-vous. Aujourd’hui, les traducteurs automatiques ont résolu ce problème en moins de deux. Pas si sûr… En outre, dans la capitale de l’Europe, il faut bien choisir sa langue source. En témoigne la mésaventure d’un contributeur au magazine SoMag d’avril dernier, dans son évocation d’une vidéo parodique intitulée « A nightmare in de Wetstraat » et réalisée par l’équipe néerlandophone qui s’était déjà distinguée avec la série « De Ideale Wereld ».

Wetstraat, dans la langue de Conscience, équivaut à « rue de la Loi » dans la langue de Simenon. Je ne sais quel mauvais génie a « traduit » l’appellation de ce haut lieu de la politique fédérale en… « rue humide »  ! Damn ! On savait la moiteur propice à l’un ou l’autre dérapage incontrôlé, mais celui-ci est cauchemardesque. Dans ce pays où tous les francophones devaient devenir bilingues pour l’an 2000 et où tous les Bruxellois seront trilingues à l’âge de 18 ans, le plurilinguisme tient parfois plus de l’incantation que de la réalité. On ne le dira jamais assez : trop is te veel !

Lisez-vous le belge ?

L’édition 2019 de la Fureur de lire proposait, comme fil rouge de ses activités dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, la question suivante : « Lisez-vous le belge ? » (et parfois même « le Belge », sans doute pour certains haruspices). Cette formulation a suscité des commentaires critiques, dont certains qui ne cachaient pas leur agacement face à cette polarisation sur une belgitude littéraire qui reste largement à définir.

Cette chronique s’associe à d’autres agacés : ceux qu’indispose la formule « le belge » pour désigner le français en usage en Belgique. Cette approximation est régulièrement relevée sous la plume ou dans la bouche de francophones hexagonaux, mais on comprend que ceux-ci ne perçoivent que de loin la réalité d’une variété de langue géographiquement distincte de la leur. Par contre, en faire un titre (accrocheur ?) pour une opération menée en Belgique francophone, c’est quelque peu malaisant.

C’est de l’humour, cher chroniqueur, avec ce sens de l’autodérision caractéristique de la belgitude… À dire vrai, s’il y a humour, il m’échappe un peu. Et, dans le domaine de la littérature, les vertus de l’autodérision ne m’apparaissent pas clairement. Occulter, par une appellation inexacte, le lien qui unit nos autrices et nos auteurs avec la communauté des écrivains francophones, est-ce la meilleure stratégie pour valoriser la qualité des œuvres produites ? Car ce belge « Canada Dry » ne fera pas illusion très longtemps.

La musique adoucit-elle votre orthographe ?

Les discours sur les lacunes des jeunes en matière d’orthographe ne datent pas d’hier, mais une hypothèse révolutionnaire vient de voir le jour grâce à une enquête dont les résultats ont été largement répercutés en France, notamment par la chaîne BFM TV  : le niveau d’orthographe est lié au type de musique que l’on écoute. Si vous êtes fan de la musique indie (« indépendante »), vous êtes dans le top des spécialistes ès contorsions orthographiques ; si, par contre, vous kiffez le rap, c’est la cata.

Quand on sait que le rap est actuellement le style de musique le plus écouté en France, on frémit devant l’ampleur de la catastrophe. Sauf que… Lorsqu’on consulte l’enquête en question, on s’aperçoit qu’elle a été réalisée par le Projet Voltaire, organisme privé dont le fonds de commerce est principalement constitué par des formations en orthographe. L’enquête elle-même ne semble pas trop prendre au sérieux ses propres conclusions, puisqu’elle se termine ainsi : « Alors, que faut-il écouter pour être fort en orthographe ? La musique que l’on aime, tout simplement ! »

Une fois encore, l’information en dit long sur le média qui la diffuse. Dans ce cas, on frise l’intox. Et c’est bien plus grave que des négligences orthographiques…

Attribut du… verbe ?

Cette chronique vous parvient chaque semaine grâce à diverses collaborations qui lui assurent une présentation de qualité. Seul son auteur est responsable des défaillances qui subsistent, heureusement peu nombreuses. Exception confirmant la règle : la version initiale du billet de la semaine dernière était grevée d’une bourde terminologique, puisqu’il y était question d’un « attribut du verbe ».

Rassurez-vous : vous n’avez pas manqué une réforme essentielle de l’enseignement de la grammaire française. Certes, les analyses d’aujourd’hui classent l’attribut du sujet dans les suites obligatoires du verbe, non dans celles du sujet. Mais n’ajoutons pas à la complexité du langage la confusion du métalangage. Si la précision de l’expression n’est pas l’apanage de cette chronique, elle devrait en être l’attribut…

Nanti de cette bonne résolution, je me réjouis de vous retrouver en 2020 !

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€ pour 1 mois
    J'en profite
    Je suis abonné et
    je dispose d'un compte
    Je me connecte
    1€ Accès au Soir+
    pendant 24h
    Je me l'offre
    Je suis abonné et
    je souhaite bénéficier du Soir+
    Je m'inscris
    Aussi en Vous avez de ces mots...