Carte blanche: «Syrie: l’indifférence tue»

Carte blanche: «Syrie: l’indifférence tue»

Alors que la majorité des foyers belges festoie en cette fin d’année, l’heure n’est pas aux réjouissances pour tous et toutes. En effet, comment ignorer le drame se déroulant à Idlib, province de Syrie ? Comment fermer les yeux sur les trois à quatre millions de personnes prises en étau entre, d’une part, des bombardements commandités par Assad et son allié Poutine, et, d’autre part, une frontière turque proche, mais fermée depuis de nombreux mois.

Entre normalisation et indifférence

Bien que l’ONU et différentes ONG aient alerté sur les risques d’une catastrophe humanitaire, ces dictateurs ne reculent devant rien pour atteindre leur objectif : la reprise de cette dernière région par le régime ; aucune vie humaine n’a d’importance. Et nous assistons, avec effroi, à la normalisation politique de Bachar el Assad. Rappelons, aussi à cet égard, que le cynisme n’a, décidément, pas de limites, certains organismes allant même jusqu’à proposer, depuis peu, des voyages touristiques en Syrie. Il est évident que cela participe à la banalisation et la minorisation des horreurs commises. Nous ne saurions nous y résoudre.

Rappelons également la rengaine déclamée, ad nauseam, par le président syrien, depuis près de neuf ans, pour justifier les atrocités commises : la lutte contre le terrorisme. Dans cette perspective, Idlib sera son dernier combat. Dans ces conditions, nous pourrions nous demander si lutter contre le terrorisme nécessite de bombarder des marchés, raser des hôpitaux, éradiquer des écoles, détruire des maisons de civils et massacrer, sans discernement, enfants, femmes et hommes. Trois à quatre millions de civils dans la région d’Idlib ; il s’agit là d’autant de vies, en ce moment même, suspendues.

En Belgique et dans le reste du monde, à la malhonnêteté de certain.e.s politicien.ne.s, répond le silence assourdissant d’une partie significative de la société civile.

Ce que nous avons à y perdre

Nous pourrions nous dire, non sans une certaine dose de cynisme, que la Syrie ne nous concerne pas, nous pourrions trouver « sa » culture trop éloignée de la nôtre, ses us et coutumes trop inconnus… et quelques routards en mal d’aventures pourraient considérer qu’il s’agit là d’une destination insolite perdue. En somme, nous pourrions altériser tellement sa population que nous en deviendrions insensibles à son vécu.

Nous voulons affirmer, au contraire, que la Syrie et son peuple nous concernent pleinement. Au nom d’une commune humanité, en premier lieu. Au nom d’un besoin de justice, en second lieu. Au nom, très certainement, des réfugié.e.s ayant obtenu l’asile sur notre sol et ailleurs.

Ne nous leurrons pas : en fermant les yeux sur le drame syrien, nous cautionnons, de facto, un monde où l’injuste fait loi et où les pires dictateurs peuvent massacrer en toute impunité. Alors, nos co-citoyen.ne.s syrien.ne.s nous interrogent, de plein droit, sur les fondements

mêmes de nos démocraties que nous brandissons fièrement, à l’instar des droits humains. Et dans les décennies à venir, leurs descendant.e.s continueront à le faire. Notre passivité ne nous laissera alors d’autre choix que de baisser les yeux, honteusement.

Agir

Autrement dit, s’il est vrai que le/la citoyen.ne.s n’a pas de prises sur les bombardements actuels, il/elle ne peut, décemment, rester les bras croisés. Dès lors, comment agir ?

S’informer, via les ONG ayant pignon sur rue, telles qu’Amnesty international, Human Rigth Watch ainsi que par le biais d’associations spécialisées, à l’instar d’Action Syrie ou encore Syrie, un visa, une vie. Il s’agit également d’écouter les Syrien.ne.s. Ils et elles sont incontestablement informé.e.s des réalités sur place. Nombre d’entre eux et elles ont de la famille ou des ami.e.s dans la région d’Idlib. Aussi, construire un narratif sur les drames vécus directement ou par procuration, est un premier pas dans un processus de résilience.

Sensibiliser son réseau. Il s’agit de parler de la situation syrienne autour de soi, spécialement là où « ça dérange », ne pas avoir peur d’être intempestif, hors de propos, « soulant »… Et surtout, ne pas admettre « l’injonction au silence » de ceux qui veulent minimiser, relativiser, « géopolitiser », en un mot, déshumaniser les victimes et normaliser les crimes du régime et de ses alliés. La parole de chacun.e compte quand il s’agit des valeurs fondamentales et n’est jamais « de trop ».

Participer à des rassemblements, manifestations et autres actions, pour dénoncer et refuser les massacres. Exiger, à travers des pétitions, des manifestations, de nos représentant.e.s politiques qu’ils et elles agissent avec plus d’efficacité au sein des instances internationales. A titre d’illustration, la diplomatie belge devrait continuer de se mobiliser, au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, pour faire pression sur la Russie, la Turquie et le régime Assad.

Certes, un événement isolé n’aura pas d’impact sur place. Néanmoins, nous affirmons que ce type d’action est porteur de sens. Il s’agit, en tant que citoyen.ne, de marquer fermement son refus des crimes. En outre, nous osons espérer qu’un cumul de manifestations, à travers le monde, pourrait avoir un impact politique. Par celles-ci, il s’agit, également, sur le plan symbolique, de reconnaitre la souffrance vécue par les Syrien.ne.s résidant en Belgique.

Prendre part, également, à des activités culturelles, telles des projections de films, la promotion de la culture syrienne. Il s’agit d’aller à la rencontre de l’Autre, dépasser ses propres préjugés et stéréotypes et construire de l’interculturalité.

Signataires : Action Syrie, Mohammed Abdullah-Artino, Median Omar Albakkour, Ahmad Darwiche Sbahi, Yahia Hakoum, Hisham Masalmeh, Alec de Vries, Sarah Degée, Anne-Laure Losseau, Marie Peltier, Simone Susskind

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