Carte blanche: «Sorties scolaires interdites dans les zoos entre vérités, contre-vérités et… commerce»

Carte blanche: «Sorties scolaires interdites dans les zoos entre vérités, contre-vérités et… commerce»

Pour justifier leur existence, la plupart des zoos mettent en avant un rôle sociétal et éducatif. Les zoos préserveraient la biodiversité, participent aux programmes internationaux de sauvegarde de la Nature et surtout sensibiliseraient et « éduqueraient » nos enfants.

Comme toujours, les éléments mis en avant par les promoteurs de la captivité reposent sur une réalité complexe dont ils s’approprient l’un ou l’autre aspect pour y rattacher et valoriser leur propre activité. Les zoos qui avaient une vocation – et sans doute une raison d’être au siècle passé – sont devenus anachroniques et obsolètes aujourd’hui. Au XXIe siècle, des collections d’animaux enfermés et mis à la disposition du public ne sont là que pour faire de l’argent, comme le fait tout parc d’attractions. C’est d’ailleurs ce que les plus « emblématiques » d’entre eux deviennent en développant un tourisme de masse dont les impacts sur l’environnement posent question.

Un faux argument

De nombreuses facettes que mettent en avant les responsables de zoos s’inspirent d’activités à part entière. Elles sont légitimes, exercées dans des circonstances qui leur sont propres. Mais la sauvegarde des espèces en voie de disparition, l’hébergement d’animaux abandonnés, ou l’éducation à la Nature ne sont pour les zoos que des prétextes destinés à « blanchir » leur image et attirer le public.

Le plus inacceptable dans ce fatras médiatique est l’argument éducatif.

Quelle éducation ? Pour qui ? Pour quel motif ? Tout simplement parce que l’enfant est le meilleur moyen d’attirer écoles et familles pour faire tourner leur commerce. Tous les parcs d’attractions l’ont compris, les enfants sont une source de profits intarissable. Et les animaux un prétexte idéal pour les faire craquer. D’autant plus lorsqu’on crée un contact direct avec eux…

Des normes établies par l’homme et pour l’homme

La plupart des textes en matière de protection des animaux, que ce soit dans les élevages industriels ou dans les structures accueillant des animaux sauvages reposent sur le respect des conditions physiologiques et éthologiques des espèces concernées, et de normes de détention qui s’y rattachent. Ces normes sont établies par l’homme pour respecter les conditions de vie minimales permettant aux animaux de satisfaire leurs besoins éthologiques (comportementaux) et physiologiques (espaces, nourriture, etc.). Ces normes sont établies par l’homme et dans les faits, malheureusement pour l’homme.

Des besoins physiologiques oubliés

Des besoins physiologiques ? Que font des oiseaux dans une volière lorsqu’on sait les distances qu’ils parcourent dans le ciel, la hauteur à laquelle des prédateurs tels les aigles et les vautours s’élèvent pour trouver leur proie ? Les sensations qu’ils ont à se laisser porter par les courants d’air ? Que font des espèces habituées à traverser de grandes distances, à courir ou galoper, dans des enclos toujours trop étroits ? Que font des espèces habituées au grand froid ou à la chaleur des pays tropicaux dans des pays dont les conditions météorologiques ne respectent en rien leurs mécanismes thermorégulateurs ?

Se déplacer, manger, se reproduire, survivre dans des conditions climatiques opposées aux leurs… Un enfant peut se rendre compte qu’aucun de ces besoins primordiaux n’est respecté en captivité.

Des liens brisés

Des besoins éthologiques ? Comme si ces espaces artificiels et dramatiquement appauvris pouvaient donner aux animaux l’occasion de développer partie – voire la totalité – de leur bagage comportemental. Quand il s’agit d’espèces sociales, aucune des règles prévalant dans la Nature n’est respectée. Les groupes sont créés et défaits, au rythme des nécessités du zoo. Tant le nombre de participants que leur intégration en tant qu’individu à part entière dans le groupe sont régis par l’homme. Quand on sait que le lien parental est établi à vie dans certaines espèces, comme c’est le cas pour les orques, et que les hommes les brisent systématiquement, séparant sans aucun état d’âme les mères et leur enfant, on mesure combien ces structures sont éloignées des valeurs qu’ils mettent en avant pour justifier leur activité.

Vivre ensemble, vivre en famille, choisir ses partenaires et interagir avec son environnement, apprendre, jouer, découvrir… un enfant peut se rendre compte qu’aucun de ces besoins primordiaux n’est respecté en captivité.

Des espaces artificiels dramatiquement appauvris

Jamais – et ce toutes espèces confondues – jamais l’homme ne pourra créer les causes et conditions d’une existence épanouie pour des animaux jouissant de conscience, d’intelligence, partageant les mêmes émotions que nous, tissant des liens familiaux et sociaux, établissant des relations complexes avec d’autres espèces et leur environnement… dans des espaces artificiels, dramatiquement appauvris, et ne satisfaisant pas leurs besoins physiologiques et éthologiques.

Un choix éducatif contestable

Il n’y a donc aucune éducation à montrer ces « formes » vides de vie à des enfants. Il existe une multitude d’alternatives technologiques (documentaires, musées des sciences, etc.) ou d’excursions dans la nature (parcs naturels tels le Zwin…) où les enfants découvrent, s’émerveillent et apprennent réellement à respecter le monde vivant. Dans ces circonstances, les écoles jouent leur rôle éducatif. Emmener les enfants dans des zoos en leur montrant la suprématie de l’espèce humaine sur toute autre forme de vie, son droit à l’enfermer et à la traiter comme une marchandise est au contraire « contre » éducatif. Si des parents n’ont pas cette forme de conscience ou la refusent, le choix d’aller dans un zoo demeure un choix personnel et familial. Mais il ne devrait en aucun cas être avalisé comme choix éducatif par une école.

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