«Les enjeux de la mémoire»

«Les enjeux de la mémoire»

Angelus Novus, de Paul Klee.
Angelus Novus, de Paul Klee. - © The Israel Museum, Jerusalem.

Angelus Novus », l’aquarelle de l’artiste Paul Klee peinte en 1920, a inspiré au philosophe juif allemand Walter Benjamin une réflexion profonde sur le concept de l’histoire et notamment sur ce qu’il a nommé « l’ange de l’histoire ». Pour Benjamin, cette aquarelle représente l’ange de l’histoire, qui vole à reculons, se mouvant vers l’avenir mais avec le visage dirigé vers le passé. « Ou paraît devant nous une suite d’événements », écrit Benjamin, « il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds ». Benjamin ajoute que la tempête qui pousse l’ange en avant est « ce que nous appelons le progrès ». Le philosophe juif, traqué par les Allemands, mettra fin à ses jours en 1940, ayant juste franchi la frontière franco-espagnole. Il est mort avant Auschwitz, mais il en est, d’une certaine manière, une victime.

Un paysage effrayant

Dans quelques jours, nous marquerons les 75 ans de la libération du camp d’extermination et de concentration d’Auschwitz par l’Armée Rouge. Les cérémonies à Auschwitz, le 27 janvier, seront précédées par un événement diplomatique exceptionnel à Jérusalem, avec la participation de hauts représentants de tous les pays d’Europe – monarques, présidents et Premiers ministres. Parmi eux, nous aurons l’honneur de recevoir S.M. le roi Philippe.

75 après que l’enfer d’Auschwitz s’achevait, nous sommes tous, à l’instar de « l’ange de l’histoire », poussés vers l’avenir tout en regardant notre passé, dont les catastrophes accumulées forment un paysage effrayant.

Des leçons vite oubliées

Que peut-on véritablement « apprendre » d’Auschwitz ? Qu’en avons-nous appris ? Comment relever le défi de la mémoire à un moment où les derniers survivants, âgés au moins de 90 ans, nous quittent ? Les enjeux de la mémoire ne concernent pas seulement notre passé, mais bien notre avenir.

Le populisme extrémiste est en plein essor. Il prône une conception « organique » de l’identité nationale et de fait rejette la légitimité de « l’autre ». Et qui n’est plus « autre » aux yeux de ces idéologies dangereuses que les Juifs ? La montée de l’antisémitisme et sa virulence sont indéniables et démontrent, s’il fallait le démontrer, que les leçons du passé sont vite oubliées.

Une haine à combattre

Il ne faut ignorer la montée en puissance d’un révisionnisme historique, qui réécrit le passé au service d’intérêts nationaux et politiques. Les cendres d’Auschwitz sont devenues l’encre des écrivains du mensonge historique.

L’antisémitisme n’est pas un problème Juif – c’est un malaise de sociétés affaiblies, incapables d’accepter « l’autre ». Qu’elle soit originaire de l’extrême gauche, de l’extrême droite ou bien de mouvances islamistes radicales, la haine des Juifs doit être combattue par toutes les personnes modérées et de bonne volonté.

S’il y a une leçon, un enseignement à tirer d’Auschwitz, c’est que les hommes sont capables aussi du pire et qu’il en incombe à nous tous et à chacun d’entre nous de faire la différence, à travers le dialogue et l’éducation.

L’ange de l’histoire, allant de l’avant tout en observant le passé, ne perdra probablement jamais complètement son regard triste et effaré. Essayons quand même de le faire sourire, ne serait-ce qu’un peu.

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