«La conservation des espèces est la mission principale des zoos et aquariums modernes»

«La conservation des espèces est la mission principale des zoos et aquariums modernes»

Dès ses premiers mots, l’article d’Yvan Beck s’avère incorrect et démontre que son auteur n’a aucune compréhension de la conservation des espèces sauvages, de l’éducation et de la recherche dans les parcs zoologiques. Du reste, il n’y a en effet aucune raison pour que les vétérinaires soient nécessairement des experts en ces matières, à moins d’avoir acquis personnellement de l’expérience en travaillant dans des zoos modernes.

Yvan Beck accuse les zoos d’être dépassés. Sans doute n’a-t-il pas remarqué que les espèces sauvages s’éteignent à un rythme 1.000 fois supérieur à celui auquel s’attendrait la communauté scientifique en l’absence de l’homme. Et que pour de nombreuses espèces, parmi lesquelles des animaux connus de tous comme d’autres moins visibles, leurs habitats sont détruits à une vitesse jamais atteinte jusqu’ici. Quel que soit le point de vue éthique sur la détention d’animaux, il s’agit là de faits marquants du XXIe siècle. Ce qui est dépassé, c’est précisément d’ignorer, aujourd’hui, toute méthode qui participe à la lutte contre cette extinction de masse.

Un terrain privilégié d’études sur la conservation

Yvan Beck conteste la bonne foi des zoos et qualifie leurs arguments en matière de conservation et d’éducation de prétextes destinés à faire de l’argent. Yvan Beck se garde bien de dire à ses lecteurs qu’un nombre considérable de zoos et d’aquariums membres du réseau EAZA (l’Association européenne des zoos et aquariums), et plus largement également, sont des institutions caritatives sans but lucratif. Il se refuse aussi à informer ses lecteurs du fait que les zoos et aquariums du réseau EAZA emploient un nombre considérable d’experts en conservation ; de même qu’il ne s’interroge pas sur les motivations qui poussent ces scientifiques hautement qualifiés à travailler dans les zoos et aquariums plutôt qu’ailleurs. Manifestement, ses propres certitudes morales balaient de tels questionnements et considérations. C’est ce même mépris pour l’objectivité qui conduit certains gouvernements ou dirigeants de haut niveau à continuer à préférer dire à la population « ce qu’elle veut entendre » plutôt que « ce qu’elle a besoin d’entendre » ; une attitude qui est directement responsable de la destruction des habitats naturels et d’un dérèglement bientôt incontrôlable du climat. Asséner ses certitudes morales en totale méconnaissance de cause est rarement le bon ingrédient dans la recherche d’une solution aux problèmes les plus dramatiques que connaît le monde. La crise de la biodiversité mérite une réflexion autrement moins simpliste.

Des espèces sauvées de l’extinction

La conservation des espèces est la mission principale des zoos et aquariums modernes, et nous la menons à bien tant sur le terrain que dans nos institutions. Les zoos et aquariums du réseau EAZA contribuent chaque année à hauteur de millions d’euros au financement de projets menés en milieux naturels. La communauté des zoos est l’un des tout gros contributeurs aux programmes de conservation. Yvan Beck se refuse à faire la moindre référence à cet aspect de notre travail, tout comme il ne suggère rien quant à la façon dont les programmes de conservation financés par les zoos et aquariums pourraient subsister sans eux. Est-il favorable à une levée d’impôts pour remplacer ces revenus si essentiels aux projets de conservation sur le terrain ? Comment imagine-t-il que les institutions, qui sont les seules à pouvoir maintenir en vie certaines espèces comme le saola (un bovidé vivant à la frontière entre le Vietnam et le Laos, dont il subsiste au plus quelques centaines d’individus), pourraient continuer à acquérir une expertise si sa mouvance licencie tous les experts scientifiques capables de l’apporter ? A moins que l’extinction d’espèces ne soit pour lui le prix à payer pour satisfaire sa certitude morale ? Si tel était le cas, nous aurions alors déjà perdu définitivement l’oryx d’Arabie, les condors de Californie, le bison d’Europe et une multitude d’autres espèces sauvées par les zoos.

Un travail de conservation

Les zoos et aquariums du réseau EAZA maintiennent aussi en vie des populations d’animaux menacés pour garantir que, quoi qu’il se passe demain dans la nature, elles soient démographiquement et génétiquement suffisamment diversifiées pour assurer la survie de l’espèce. Là où c’est possible, les zoos et aquariums du réseau EAZA contribuent également à la réintroduction d’animaux dans la nature, tels que les cinq rhinocéros noirs envoyés au Rwanda en juin de l’année dernière. Curieusement, Yvan Beck ne fait aucune mention de ce travail de conservation.

Rappelons qu’Yvan Beck accuse les zoos d’invoquer l’éducation comme prétexte pour gagner de l’argent. Pourtant, il ne fournit pas le moindre début de preuve pour étayer son propos. De leur côté, les zoos et aquariums du réseau EAZA ont sous contrat des milliers de professionnels de l’éducation et évaluent en permanence l’efficacité de leurs programmes et outils pédagogiques. Si Yvan Beck disait vrai, il n’y aurait aucune raison d’agir de la sorte.

L’EAZA croit (et s’efforce de le prouver) que les petits Ixellois seront plus susceptibles de s’inquiéter du sort réservé aux tigres, par exemple, et de faire quelque chose pour les sauver, si leur expérience est plus directe et plus forte que la simple lecture de livres de Sciences naturelles. Ou, pire encore, de livres d’Histoire.

Des normes très strictes pour le bien-être animal

Yvan Beck attaque enfin les zoos sur la question du bien-être animal. Mais ici, pas plus qu’ailleurs, il ne fait preuve d’aucune compétence scientifique, en réduisant le bien-être à la seule notion d’espace, une équation sans valeur objective. Le groupe de travail « Bien-être animal » de l’EAZA, qui analyse les contributions d’experts scientifiques du monde entier, identifie au contraire plusieurs aspects fondamentaux du bien-être animal ; un modèle qui garantit aux animaux pris en charge le droit et la possibilité de vivre en bonne santé physique, avec des stimuli environnementaux adaptés, une nutrition adéquate et d’exprimer l’éventail le plus complet possible de leurs comportements naturels. Ce sont ces aspects qui assurent la bonne santé mentale d’un animal. Les animaux dans les zoos et aquariums de l’EAZA sont maintenus en groupes répondant à leurs besoins sociaux, et nous inspectons régulièrement nos institutions-membres pour nous assurer qu’elles répondent à nos normes, considérablement plus élevées que celles imposées par la loi.

Contribuer à la survie, une priorité

Les affirmations d’Yvan Beck sont donc grossièrement fausses, et c’est sur la base de ces contre-vérités que des petits belges pourraient se voir refuser le droit de voir des animaux et d’apprendre comment contribuer à leur survie. Mais il ne se soucie peut-être pas de cette survie, au contraire des milliers de zoologistes, éducateurs, pédagogues, éthologues, chercheurs, scientifiques du bien-être animal, experts de la conservation qui ont choisi de travailler dans les zoos et aquariums de l’EAZA. En ces temps de crise de la biodiversité, nous ne devons pas nous dédouaner de nos responsabilités envers la survie des espèces au motif qu’elles mettraient mal à l’aise des activistes radicaux. Au contraire, nous devons utiliser notre expertise professionnelle pour garantir une information objective au public, et l’aider à sauver les populations d’animaux, où qu’elles se trouvent.

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