«Ensemble, nous pouvons rendre le monde individuel de nos enfants bien meilleur et plus sûr»

Cinq hommes sont sur le banc des accusés dans le cadre du Procès de Termonde qui s’est ouvert ce vendredi.
Cinq hommes sont sur le banc des accusés dans le cadre du Procès de Termonde qui s’est ouvert ce vendredi. - Belga.

Quinze téraoctets d’images d’abus sexuels de mineurs. Quand on sait que cela correspond au contenu de quinze grandes bibliothèques universitaires, on se rend compte de la terrible réalité. Nous parlons ici de millions de photos et de vidéos d’enfants sans défense. Des millions d’images abusives de toutes catégories, allant de vidéos d’abus de nouveau-nés aux pires violences et dont une grande partie de matériel est nouveau. Ces images ont été échangées sur des parkings de grands magasins, lors de marchés de Noël, mais aussi via les médias sociaux, messages privés, chats, teamviewer, darkweb et autres moyens de communication.

Les faits pour lesquels les suspects sont jugés à Termonde et pour lesquels Child Focus s’est portée partie civile, défient toute imagination. Il ne s’agit pas seulement de fabriquer et de distribuer ce matériel. Les hommes jugés ont approché des mineurs par l’intermédiaire des médias sociaux, ont incité d’autres adultes à abuser sexuellement d’enfants et se sont eux-mêmes rendus coupables d’abus flagrants et concrets sur des victimes connues, ainsi que sur d’autres victimes qui n’ont pas encore pu être identifiées. Mais ce n’est pas tout. Ils se seraient également rendus coupables d’un trafic d’enfants impitoyable et organisé. Leurs propres enfants ont été « prêtés » les uns aux autres et des voyages ont été organisés pour faciliter l’abus et la réalisation des images.

Déjà condamnés, pas encore repentis

Bref, les auteurs n’ont pas hésité à relever les défis pour réaliser leurs propres désirs et fantasmes. Et soyons clairs, nous ne parlons pas du délinquant sexuel stéréotypé dont notre société a encore l’image. Non, il s’agit de jeunes hommes, de pères et d’entrepreneurs qui ont réussi dans la vie. Des personnes privilégiées qui ont commis des crimes similaires dans le passé et qui ont été condamnées pour ceux-ci, mais qui apparemment ne se sont pas encore repenties et ont continué sur la voie du crime sans être dérangées.

Un réseau aux larges ramifications

Les faits cités sont très graves et ne sont que la pointe de l’iceberg. Comme les auteurs peuvent opérer dans l’anonymat le plus complet sur Internet, l’abus et l’identité de nombreuses victimes et des auteurs présumés restent largement cachés. Le darkweb et le cryptage des messages ont permis à chacun de faire ce qui lui plaisait et de s’assurer que la collecte de preuves soit loin d’être facile. Sans parler des limites que les règles de rétention des données imposent aux enquêtes et aux poursuites. Néanmoins, les enquêteurs ont réussi à mettre au jour ce réseau aux larges ramifications.

Ce dossier complexe met le doigt sur la plaie et démontre douloureusement les immenses défis de la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, sur internet et dans le monde réel. Il est donc grand temps d’examiner de près notre politique actuelle et de mettre en œuvre les réformes nécessaires. Mais à quel niveau ?

Développer davantage d’expertises dans les enquêtes

D’une part, il est nécessaire de développer plus d’expertise et de réaliser des progrès techniques dans les enquêtes criminelles de sexting problématique, de grooming et de sextorsion. Il en va de même pour les dossiers concernant les images d’abus sexuels. On ne soulignera jamais assez l’importance de répertorier l’ensemble des réseaux impliquant les producteurs, les distributeurs et les propriétaires d’images d’abus pédosexuels. D’autre part, nous devons opter pour plus d’automatisation lorsqu’il s’agit d’analyser des images connues, de sorte à pouvoir se concentrer sur le matériel inconnu et l’identification des victimes.

Augmenter le délai de rétention des données

Bien entendu, les réglementations en vigueur jouent également un rôle important. Comme mentionné précédemment, l’utilisation de techniques de cryptage par des sociétés telles que WhatsApp et Facebook reste très problématique, surtout quand on sait que l’année dernière, 45 millions d’images ont été partagées via ces forums. On peut dire la même chose des règles restrictives en matière de rétention des données. Actuellement, les opérateurs télécom sont obligés de conserver les données d’identification ou de localisation pendant seulement 12 mois, ce qui rend la recherche très difficile. Il s’écoule parfois un laps de temps considérable entre le moment des faits et le début d’une enquête pénale. Toutes les données qui datent de plus d’un an ne peuvent plus être récupérées. En outre, ces règles font actuellement l’objet d’un recours en annulation devant la Cour constitutionnelle pour cause d’atteinte à la vie privée. Si cela se produit, nous serons encore plus loin d’une solution idéale. Les règles de rétention des données, ainsi que l’utilisation du cryptage, doivent être évaluées et ajustées de toute urgence afin que les magistrats instructeurs et les procureurs puissent mener à bien les enquêtes pénales concernant des mineurs victimes d’exploitation sexuelle. Avec les experts, nous espérons pouvoir trouver un bon équilibre entre le droit à la vie privée d’une part, et les droits des enfants victimes d’abus et d’exploitation sexuels d’autre part.

De l’attention pour chaque victime

Bien sûr, les autorités ne peuvent pas mener ce combat à elles seules. Les services de police sont actuellement submergés par le nombre de signalements et doivent appliquer un système de priorités. Ceci n’est pas admissible, car chaque victime mérite la même attention et la même protection. Child Focus est prêt à soutenir davantage les autorités, par exemple en contactant directement les opérateurs pour faire retirer du net les images illégales et en collaborant au niveau international à une base de données qui automatise le traçage de matériel connu. Ensemble avec la police, nous pourrons ainsi déplacer des montagnes.

Mais même dans ce cas, ce n’est pas suffisant. Il y a aussi une responsabilité écrasante pour les autres secteurs de notre société. Par exemple, les opérateurs télécom et les entreprises technologiques telles que les médias sociaux, devraient être obligés de rechercher et de signaler de manière proactive les formes d’exploitation sexuelle sur leurs plateformes.

Prévenir et assister

Enfin et surtout, des mesures préventives restent nécessaires, et cela commence au niveau des auteurs. Des soins et un soutien accessibles, abordables et confidentiels doivent être fournis dans notre pays aux auteurs de délits faisant l’objet d’une mesure légale, mais aussi aux auteurs potentiels, qui ont des sentiments, des fantasmes ou des pulsions pédophiles et ne sont pas connus des tribunaux. C’est pourquoi nous continuons à plaider pour une sensibilisation maximale et davantage de ressources pour la ligne Stop It Now en Flandre, mais aussi pour une ligne d’assistance francophone pour les personnes ayant des sentiments pédophiles qui peut orienter les délinquants et les délinquants potentiels vers un éventail d’aides plus large.

Sensibiliser dès l’école

D’autre part, les enfants et les jeunes doivent être encore plus sensibilisés, la sécurité en ligne doit être profondément ancrée dans les programmes scolaires des élèves, tant dans l’enseignement primaire que secondaire, et doit également occuper une place claire dans la formation des enseignants, la formation continue et le perfectionnement.

Une approche à 360 degrés est donc une priorité. Nous espérons vivement que nous pourrons continuer à façonner cette approche avec les décideurs politiques et d’autres partenaires. Car soyons honnêtes, nous ne pouvons pas changer le monde, mais nous sommes certainement capables de rendre le monde de nos enfants et des générations futures bien meilleur et plus sûr.

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