«Opérer une révolution dans le secteur de l’habitat et des transports d’ici à 2050 en Belgique»

«Opérer une révolution dans le secteur de l’habitat et des transports d’ici à 2050 en Belgique»
Belga.

La Belgique a ratifié les Accords de Paris et s’est engagée (par rapport à 2005) à réduire ses émissions de gaz à effet de serre « non-ETS » de 35 % en 2030. Dans le projet de loi climat figure également la cible ambitieuse de 95 % (par rapport à 1990) à l’horizon 2050.

Pour y répondre, la Plateforme Transition Énergétique FABI a proposé dans un rapport publié fin octobre 2019 des scénarios prospectifs 2050 s’appuyant sur des technologies jugées suffisamment matures pour être aisément mises en œuvre.

En 2016, la Belgique a consommé 655 TWh d’énergie primaire dont 70 % de combustibles fossiles (1). Depuis le début du siècle, son mix a faiblement évolué et ses émissions ne se sont contractées que de 17 %. Cette réduction est principalement liée à la décroissance du charbon. En 2016, la consommation d’énergie finale belge se répartissait entre quatre usages principaux : 21 % (soit 106,68TWh) pour les transports, 29 % (soit 147,32 TWh) pour l’habitat, 31 % (soit 157,48 TWh) pour l’industrie et 19 % (soit 96,52 TWh) pour la pétrochimie.

Autant le remplacement du fuel, du charbon et du gaz s’avérera techniquement complexe en pétrochimie et dans certains processus industriels comme la sidérurgie, le ciment, la chaux ou le verre, on dispose aujourd’hui de toutes les technologies pour réduire quantitativement et qualitativement (en remplaçant notamment le pétrole par l’électricité) la consommation d’énergie dans les transports et l’habitat. Ils représentent la moitié de la consommation belge d’énergie finale. Selon la plateforme FABI, ces deux leviers doivent être activés en priorité par rapport au remplacement du nucléaire par les renouvelables.

Les transports : réduire le parc de 20 %

En 2016, la Belgique a consommé 21 % de son énergie finale dans les transports. Le pétrole y règne toujours en « maître absolu ». Il représente 93 % de la consommation. Changer ce paradigme demande de mettre en œuvre des mesures à la fois technologiques et comportementales.

A l’horizon 2050, le scénario le plus abouti réduit le kilométrage parcouru et le parc de voiture de 20 % par rapport à 2016. Pour maintenir la croissance économique, les trajets sont transférés vers le rail (au sens large) mais aussi remplacés par le télétravail et/ou le co-working. En 2050, le parc automobile est constitué de 45 % de véhicules électriques et hybrides et de 5 % de véhicules au gaz naturel ou à hydrogène. Le parc contient toujours 50 % de véhicules thermiques mais leur consommation sur longue distance est passée de 6l/100 km à 3l/100km. Pour atteindre cette limite, la vitesse maximale sur autoroute a été réduite à 100 km/h.

Entre 2016 et 2050, la consommation d’énergie finale dans les transports aura été pratiquement réduite de moitié et la part du pétrole sera alors tombée à 23 %. Le gaz massivement introduit dans les véhicules utilitaires comptera pour 45 % de la consommation, l’électricité pour 22 %, la biomasse pour 9 % et l’hydrogène pour 1 %.

Un parc immobilier trop vétuste

L’habitat comptait en 2016 pour 29 % de la consommation d’énergie finale. Il est dominé par le gaz naturel (42 %), l’électricité (27 %) et le pétrole sous forme de mazout (25 %). La biomasse compte pour 5 % alors que le charbon a presque totalement disparu. En 2016, la Belgique comptait 5,35 millions de logements dont 31 % en Wallonie, 58 % en Flandre et 11 % dans la Région bruxelloise. Le parc immobilier belge est très vétuste. La moitié de ses logements est antérieure aux années 1960 et un quart antérieur aux années 1920. Toutefois, le parc flamand est de 20 années plus récent que le parc wallon. Quant à l’habitat Bruxellois, 75 % des logements sont antérieurs aux années 1960 et 50 % antérieurs aux années 40. La surface moyenne des logements belges est de 82 m2 ce qui correspond à 38 m2 par occupant. Depuis le début du XXIe siècle le parc immobilier belge s’est accru annuellement de 41.000 nouveaux logements.

Pour un plan de rénovation et d’isolation ambitieux

Pour les 30 prochaines années, le scénario de la plateforme FABI propose un plan ambitieux d’isolation de l’habitat au rythme de 150.000 logements anciens par an. Il suggère également le remplacement progressif des chaudières au mazout et au gaz par des pompes à chaleur aérothermique et des chaudières à biomasse. Les logements les plus énergivores (ceux des catégories PEB E/F/G) sont rénovés en priorité et progressivement isolés aux normes D et C puis à la norme B. Vers 2040, tous les logements E, F & G auront disparu du parc tandis qu’en 2050, 72 % de l’habitat belge aura été rénové et tous les logements seront passés en catégorie A, B ou C. La surface moyenne des logements aura été légèrement réduite passant de 82 m2 en 2016 à 76 m2 en 2050.

Les résultats sont spectaculaires. La consommation moyenne de chaleur aura été divisée par quatre passant de 20 MWh/an en 2016 à seulement 5MWh/an en 2050. Le plan de rénovation aura aussi permis à l’habitat de sortir des énergies fossiles. La composition habitat 2050 sera composée de 68 % d’électricité et de 32 % de biomasse. La consommation d’énergie finale dans l’habitat aura été divisée par deux passant de 147 TWh en 2016 à 70 TWh en 2050.

Représentant un investissement de 50 milliards d’euros sur 30 ans, le projet aura permis d’économiser 285 milliards d’euros en énergie non consommée et 329 tonnes cumulées de CO2. Ce grand plan de rénovation de l’habitat devrait créer 10.000 emplois locaux pérennes.

Des évolutions à amorcer dès aujourd’hui

La Plateforme Transition Énergétique de la FABI qui compte également Mme De Boom et MM Bertaux, Bollen, Colla, Léonard, Mairy, Oldenhove, Palmaerts, Snoeck, Solonakis et Van Goethem parmi ses membres tient à insister sur le fait que ces évolutions positives peuvent être amorcées dès aujourd’hui par chacun en choisissant le poids et la motorisation de son véhicule automobile mais aussi en réalisant un audit énergétique de son logement en vue de rénover son isolation thermique.

(1) Un TeraWattheure est égal à un million de MegaWattheure

*https ://www.fabi.be/

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    7,5€/mois
    pendant 6 mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches