«Ne concédons pas trop vite au désespoir.Dépénalisation du suicide assisté ?»

«Ne concédons pas trop vite au désespoir.Dépénalisation du suicide assisté ?»

Ne prétendons surtout pas que « l’Église et les réactionnaires ont gagné » ou que « docteurs et patients seront dorénavant plus réticents à recourir à l’euthanasie », comme le crient les titres des journaux flamands ces derniers jours. Depuis le week-end passé, l’euthanasie est au centre de toutes les discussions auxquelles j’ai assisté, dans les bistrots et les restaurants, dans les bus, métros et trains, au local des professeurs et dans la cour de récréation à l’école, etc.

Voix populaire

Lundi, De Morgen a bien saisi la réaction de la voix populaire après ce verdict gantois. « C’est moi qui décide ! Ni la loi, ni le juge, ni la religion, mais moi tout seul ! » Au même quotidien flamand, une maman vendredi passé relatait comment son fils s’est jeté d’un haut immeuble. « S’il avait pu recourir à l’euthanasie, j’aurais pu être à ses côtés quand il glissait dans la mort qu’il voulait obstinément. » S’agit-il donc ici d’appels à la dépénalisation de fait du « suicide assisté ». Absolument !

Or le législateur belge prétendait le contraire quand il approuvait la loi du 28 mai 2002 dépénalisant l’euthanasie. Par ailleurs, ce texte ne prévoit rien pour quand l’euthanasie est exécutée sans que les conditions légales soient remplies ou les procédures suivies. « C’est une honte que trois docteurs ont dû subir ce procès », dit-on sans cesse. Mais c’est exactement ce que le Conseil d’État avait prédit à l’époque, or le législateur dans son aveuglement idéologique n’a pas voulu écouter. Va-t-il enfin revoir sa copie ?

Commission formaliste

Maître Walter Van Steenbrugge, avocat du médecin exécutant l’euthanasie de Tine Nys, a accusé le supérieur-général des Frères de la Charité, René Stockman, d’être le génie malin derrière ce procès d’assises. Maître Van Steenbrugge n’apporte aucune preuve à ces accusations. Même si elles étaient vraies, l’Eglise n’aurait pas pu s’y prendre plus mal. L’avocat des parties défenderesses Fernand Keuleneer a même été refoulé par le bâtonnier parce qu’il avait siégé en tant que suppléant à la Commission de contrôle et dévaluation lorsqu’elle traitait de ce dossier.

Une deuxième leçon à retenir de ce procès, est en tout cas que cette Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie actuellement est un leurre. L’évaluation totalement formaliste s’y fait en moins d’une minute par cas. Le Professeur Wim Distelmans, qui préside la Commission, est un fervent de la pratique de l’euthanasie et il a toujours refusé toute évaluation en profondeur de la loi et de son application, de peur que celle-ci soit restreinte. Au Parlement fédéral de s’y atteler maintenant !

Souffrance psychique

Car même s’il s’agit du procès d’un cas particulier, c’est bien la pratique de l’euthanasie sur des patients psychiques qui était en cause à Gand. La loi permet l’euthanasie tant en cas de « souffrance constante et insupportable » physique que psychique. L’Église s’est toujours opposée à toute forme d’euthanasie, mais il est vrai que les soins palliatifs qu’elle préconise s’y rapprochent souvent dans la mesure où une sédation palliative de maux physiques comporte également des antidouleurs qui pourraient raccourcir la vie.

Or au procès gantois, il ne s’agissait que de souffrances psychiques. La question fondamentale à l’issue de ce procès, c’est donc comment mesurer qu’une souffrance psychique est « constante et insupportable », voire que plus aucune thérapie n’est envisageable. Va-t-on enfin écouter les spécialistes qui, non seulement pour des raisons éthiques, mais aussi par simples soucis thérapeutiques dénoncent cette évolution. Car presque tout patient psychiatrique souffre de la vie et tend vers le suicide.

Retrouver le plaisir à la vie

Ouvrir la porte du suicide assisté, c’est fermer dans les faits celle de la thérapie psychiatrique. La professeure Ariane Bazan de l’Université Libre de Bruxelles – un bastion du catholicisme ? – a constaté que dans l’état américain de l’Oregon où le suicide assisté est autorisé, le nombre de suicides n’a pas diminué mais a augmenté. Avec toute mon empathie pour la souffrance de Tine Nys, mais est-ce là où on veut en venir en Belgique, déjà parmi les pays où le nombre de suicides et tentatives de suicide est alarmant ?

Dans le quotidien De Standaard de mardi dernier, enfin un témoignage positif a été repris. Le père d’une jeune dame souffrante de pathologies psychiatriques douloureuses y raconte que sa fille – en passant par des diagnoses d’anorexie, borderline et tutti quanti – s’automutilait couramment et tentait de suicider à moult reprises. Mais en trouvant une nouvelle partenaire – une autre patiente psychiatrique dont la demande d’euthanasie était déjà approuvée – ensemble elles ont pu retrouver un certain plaisir à la vie.

« Avec l’approbation explicite de ma fille et ma belle-fille », conclut cet auteur, « je vous supplie de ne pas trop vite concéder au désespoir. »

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