«Pourquoi nos entreprises soutiennent les accords commerciaux»

«Pourquoi nos entreprises soutiennent les accords commerciaux»
Belga.

Depuis la saga Ceta, les derniers échos, dans les médias ou dans l’opinion publique, autour des accords commerciaux négociés par l’Union européenne sont, pour la plupart, négatifs. D’aucuns affirment que, en signant ces traités, on porterait atteinte à nos normes élevées en matière sociale et environnementale, que l’on se rendrait coupable d’un « race to the bottom », que les investisseurs privés se verraient octroyer des pouvoirs exorbitants ou encore que l’on braderait la capacité de légiférer de nos pouvoirs publics. La compétitivité de nos entreprises à l’international, les gains du libre-échange et la création de richesse ne feraient donc pas partie de l’équation…

Alors, face à ces accusations, généralement réductrices, pourquoi nos entreprises soutiennent-elles encore ce type d’instrument ? Trois arguments majeurs sont à mettre en avant.

1. Une bonne chose pour l’économie belge

Partons d’abord d’un état de fait de l’économie belge, trop souvent omis dans ce type de discussions : le PIB de la Belgique dépend à plus de 80 % de ses exportations. Qui dit exportations pense d’abord à nos voisins proches : 75 % de nos produits s’échangent au sein du grand marché européen. Mais l’on oublie de mentionner l’intégration des entreprises belges dans les chaînes de valeurs européennes et mondiales. À titre d’exemple, lorsque nous exportons pour 100 euros de manière directe vers le Japon, nous échangeons également pour 80 euros de manière indirecte, via par exemple la France ou l’Allemagne.

Par ailleurs, le « grand » international prend de l’importance dans un monde qui verra 90 % de sa croissance se créer à l’extérieur des frontières européennes. Il est indispensable pour notre prospérité future d’aller chercher le dynamisme économique là où il se trouve et donc de continuer à conclure des accords avec les pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique Latine.

Le commerce international, c’est aussi de l’emploi : 713.000 travailleurs – 1 job sur 5 – en Belgique dépendent des exportations hors UE28.

2. La libéralisation n’est pas égale à la privatisation

Ensuite, clarifions ce qu’un accord commercial représente pour nos entreprises. Un tel instrument crée un cadre juridique international qui facilite et stimule les flux commerciaux. Après plusieurs années de négociations, les deux parties au traité s’engagent à abaisser leurs barrières tarifaires, c’est-à-dire les droits de douane, et non tarifaires, comme les certifications techniques redondantes. On y couvre les biens et les services, un moteur majeur de notre économie. Une conception erronée est d’équivaloir la libéralisation à la privatisation des secteurs de notre économie et de ceux du pays partenaire. Libéraliser veut simplement dire avoir accès au marché tiers aux mêmes conditions que les entreprises locales.

Un accord rétablit ainsi le « level playing field » et crée des opportunités commerciales équitables pour nos exportateurs et importateurs. La concurrence internationale est rude, certainement pour nos PME. Ainsi, toute avancée en matière d’accès au marché étranger et de traitement national renforce leur compétitivité. C’est d’autant plus important dans un contexte de protectionnisme croissant, qui est, de façon inquiétante, recensé majoritairement dans les pays membres du G20, ce qui a encore été rappelé par le dernier rapport de la Commission européenne sur les barrières au commerce.

3. Les normes et standards inclus dans un traité de libre-échange

Enfin, un traité de libre-échange réglemente le commerce sur la base de normes et standards défendus par l’Union européenne, au-delà des règles communément admises à l’OMC. Les accords commerciaux de l’Union contiennent des clauses qui excluent les services publics et garantissent le droit de réguler des pays signataires. Nous attendons de la Commission européenne qu’elle veille à ce que les règles européennes strictes s’appliquent pleinement aux entreprises étrangères. C’est un point auquel nous sommes très attentifs. Pour la simple raison que, dans le cas contraire, nous en subirions de la concurrence déloyale.

Un accord commercial est aussi un levier important pour le développement durable. Les traités UE contiennent des engagements des deux parties de respecter un certain nombre d’obligations internationales sur le droit du travail ou le respect de l’environnement. Aujourd’hui, toutefois, il est attendu de la politique commerciale de remédier aux défaillances d’autres politiques publiques, ce qui ne saurait être son objectif. La FEB soutient, en particulier, la coopération avec les organisations internationales, comme l’Organisation internationale du travail (OIT) ou l’UNFCCC, dans ce cadre. Il vaut donc mieux conclure un accord commercial et jouir du levier en faveur du développement durable que d’espérer un changement d’attitude soudain du pays partenaire.

Pour toutes ces raisons, les entreprises belges continueront à soutenir les accords commerciaux conclus par l’Union européenne. Il n’est pas difficile de conclure des accords commerciaux avec soi-même. Conclure des accords commerciaux avec d’autres pays ou continents implique des compromis, mais ils sont toujours axés sur le progrès. Or, cela revêt une valeur inestimable pour l’Europe et la Belgique.

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