«Déficit budgétaire: faire des choix et donner l’exemple!»

«Déficit budgétaire: faire des choix et donner l’exemple!»
AFP

Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque Nationale, n’a pas mâché ses mots lors de la présentation du rapport annuel 2019. Faute de mesures adéquates, notre déficit budgétaire continuera d’augmenter encore. A défaut d’ajustements, l’Europe nous enverra au banc des accusés et la facture pour les générations futures ne cessera d’augmenter. Avant toute discussion concrète sur le retour d’un équilibre budgétaire, une question cruciale se pose, même si elle a été cachée ces derniers mois derrière des veto réciproques et des exercices de style au sujet du confédéralisme : qu’attendons-nous de l’Etat ? En d’autres termes, quelles sont les tâches essentielles de nos gouvernements, et par conséquent, combien d’argent sommes-nous prêts à faire dépenser par l’Etat au lieu du citoyen lui-même ?

5 % d’excès de dépenses par l’Etat

Soyons clairs, nous ne sommes pas encore au bout de notre peine budgétaire.

Plus moyen d’éviter les nouvelles factures du climat et du vieillissement.

La dette publique s’élève à 100 % du PIB et d’après la Banque Nationale, le déficit budgétaire grimpera à 12 milliards cette année. Cela signifie que tous les gouvernements du pays dépensent 5 % en sus des moyens mis à leur disposition par les contribuables et les entreprises. Et pourtant, pas un jour ne passe sans qu’on évoque des dépenses supplémentaires censées répondre aux nouveaux défis de notre société. Il est hors de question de réduire les dépenses car les bénéficiaires impliqués crieraient au meurtre dans la presse.

En queue de peloton européen

Un citoyen normal sait qu’il doit faire des choix avec le budget qui lui est alloué. En ce qui concerne notre budget commun que nous confions aux différentes structures de notre Etat, ce principe semble être oublié.

Le dilemme est loin d’être évident. Selon l’économiste américain Baumol, les prix des services publics augmentent par définition plus rapidement que ceux d’autres secteurs car leur productivité est plus faible. En raison de la « maladie de Baumol », le pouvoir public continue à s’étendre. A l’heure actuelle les dépenses publiques en Belgique s’élèvent à 52 %, ce qui nous met en queue du peloton européen. Wagner, lui aussi économiste de haut vol, a constaté que les dépenses publiques ne peuvent qu’augmenter en fonction du développement économique et de la complexité du pays.

L’objectif réaliste des 45 %

Cela n’est pourtant pas une fatalité. Fin des années 70, les dépenses publiques en Suède s’élevaient à 68 % du PIB, depuis elles ont été réduites à 48 %. Les Pays-Bas voisins – qu’on peut difficilement qualifier d’Etat défaillant – en sont à 45 %. Il est donc parfaitement possible de gérer le pays et de l’orienter vers l’avenir sans pour autant augmenter les dépenses publiques. Pour la gauche, cette thèse fait l’effet d’une cape rouge sous le nez d’un taureau. Par souci électoral et emprise syndicale, la gauche semble être davantage préoccupée par le fonctionnement des services publics et ses prestataires plutôt que par la qualité des services fournis. Dommage, car la gauche devrait être l’alliée par excellence d’un meilleur gouvernement.

De plus en plus de promesses, de moins en moins de réalisations

A long terme, cet Etat moderne surchargé pourrait menacer la démocratie. Plus l’Etat assume de responsabilités, plus les prestations deviennent mauvaises, plus les citoyens seront mécontents et demanderont de l’aide supplémentaire. Rappelez-vous ce fonctionnaire censé faire augmenter la population de hamsters au Limbourg ou plus récemment l’appli culinaire du gouvernement flamand. La politique se retrouve dans un cercle vicieux où elle promet de plus en plus et peut réaliser de moins en moins.

Les élections deviennent des ventes aux enchères où les enchères seront payées par les générations futures. L’euphorie pour les gens d’aujourd’hui, la gueule de bois pour les gens de demain. Faire des choix raisonnés n’est plus à l’ordre du jour.

Restaurer la crédibilité

Comme l’a dit un jour Jean-Claude Juncker : « Nous, les hommes politiques, savons très bien ce qu’il faut faire. Mais ce que nous ne savons pas, c’est comment être réélus si nous le faisons ». Et pourtant, savoir ce qu’il faut faire et le faire, devrait être la maxime de tous les résidents de la rue de la Loi. Mettre en place un Etat qui fait ce qu’il faut et rien de plus. Un Etat qui laisse place à l’initiative de ses citoyens et de ses entreprises. Sans promettre monts et merveilles, mais par des choix clairs et réalistes, il devrait être possible de sortir de l’impasse actuelle, de commencer à gouverner et de restaurer la crédibilité.

Changer de cap

Ceci implique un changement de cap courageux – tout comme dans le monde des affaires lorsque les comptes ne sont pas bons.

Assurez la transparence totale des finances publiques et dressez des bilans crédibles. Définissez les priorités et évitez les tâches secondaires qui empêchent l’exécution des tâches principales. Mettez en place – partout – un management indépendant et compétent. Commencez par le « top » de l’Etat pour donner l’exemple lorsque l’augmentation de l’efficacité nécessite une réduction des coûts. Commencez par les trois pouvoirs qui gouvernent l’Etat : le pouvoir législatif fédéral, le pouvoir exécutif fédéral et le pouvoir judiciaire.

C’est la seule façon crédible de demander – ensuite – des efforts de la part des citoyens pour remettre la pendule budgétaire à l’heure dans notre pays.

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