«L’Europe doit être une terre d’accueil pour Julian Assange»

«L’Europe doit être une terre d’accueil pour Julian Assange»

Ce lundi 24 février 2020 a débuté auprès des tribunaux anglais, pendant toute cette semaine, l’examen de la demande d’extradition, par les Etats-Unis, de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks. Son hypothétique délit aux yeux de la justice américaine, laquelle semble plutôt se parer ainsi là de la très suspecte toge d’un procès politique ? Espionnage au profit de puissances étrangères, pour avoir dévoilé publiquement des milliers de dossiers classifiés militairement (lors des guerres d’Irak et d’Afghanistan notamment) et, donc, mise en danger, à cause de ce prétendu piratage informatique, de la sécurité nationale ! Ainsi est-ce pas moins de 18 chefs d’accusation dont cette pseudo-justice américaine – laquelle ignore visiblement là la liberté d’information, pourtant sacro-saint principe au sein de toute démocratie qui se respecte – prétend accabler Assange. Et ce avec, en guise de possible sentence, 175 années de prison, sinon, suprême ignominie, la peine de mort !

De cette manifeste injustice, les Etats-Unis ne sont toutefois pas les seuls responsables. La Grande-Bretagne se comporta, elle aussi, comme son lâche vassal. Car, déjà, le 11 avril 2019 apparut dans l’histoire de nos démocraties modernes, censées pourtant garantir la liberté de conscience, de pensée tout autant que de parole, comme un jour noir, scellé, à l’encontre de la presse, par l’infâme sceau d’une dictature qui ne dit pas son nom : Julian Assange, ce jour-là, venait, en effet, d’être arrêté manu militari, devant les caméras de télévision du monde entier, par six policiers britanniques, alors qu’il se trouvait à l’Ambassade d’Equateur à Londres, où, protégé par l’ancien président Rafael Correa, il avait cependant trouvé refuge – l’asile politique – depuis le 19 juin 2012. Il y avait donc, à cette époque-là, presque sept ans.

Justice et vérité : une salutaire œuvre d’intérêt public

Julian Assange, pourtant, n’avait fait là, honnêtement et objectivement, que son travail de journaliste : divulguer, en toute transparence et impartialité, à l’opinion publique internationale, aidé en cela par une ancienne soldate de l’armée américaine, Chelsea Manning (condamnée, pour ce motif, à 35 ans de prison), les exactions, et autres turpitudes tout aussi inavouables, dont la torture et le viol, commises impunément, par cette même armée américaine, dans différents théâtres de guerre à travers le monde.

C’est dire si le courageux Julian Assange ne faisait en réalité là, au seul mais noble nom de la vérité, qu’une salutaire œuvre d’intérêt public : action particulièrement louable, nonobstant les nombreux risques et périls dont son auteur peut manifestement encourir aujourd’hui, en ces hypocrites temps de pseudo-modernité !

Ainsi est-ce finalement au simple quoique grossier prétexte, lequel ressemble bien plutôt ici à un piètre alibi, d’on ne sait quelle stupide violation, en Angleterre, de sa liberté conditionnelle que Julian Assange s’était donc vu alors arbitrairement mené en prison, avec la bénédiction du nouveau président de l’Equateur, Lenin Moreno, en attendant cette possible et nouvelle extradition. Il y croupit désormais, dans une indifférence quasi générale, en des conditions aussi inhumaines qu’inacceptables, contraires à toute dignité humaine, aux simples mais inaliénables droits de l’homme même. C’est un véritable scandale !

Une nouvelle affaire Dreyfus

Délit d’espionnage au profit d’une puissance ennemie ? Ce sont là, à l’évidence, des mots qui rappellent étrangement ceux, de triste mais historique mémoire, d’une autre mais tout aussi célèbre, et surtout sombre, affaire : l’affaire Dreyfus !

C’est donc au nom de la vérité tout autant que de la justice, et suivant en cela le glorieux exemple du grand Emile Zola en son non moins fameux « J’accuse », que mes amis intellectuels et moi, enfants des lumières d’un Voltaire ou de l’humanisme d’un Erasme, demandons solennellement la liberté immédiate, et contre son extradition aux Etats-Unis, pour Julian Assange !

Les lumières de l’humanisme

Car il n’est point de démocratie qui vaille, à long terme, sans les lumières de cet humanisme que nous portons chevillé à notre raison tout autant qu’à notre cœur. C’est là pour nous, comme nous l’a magnifiquement enseigné cet immense penseur de la philosophie morale que fut Emmanuel Kant, un impératif catégorique. Mieux : une infaillible question de principe universel, où doit en outre émerger, à l’instar de toute justice correctement rendue, la non moins imprescriptible présomption d’innocence !

Pour l’exil politique en Europe

Un pays comme la France, patrie des droits de l’homme, ou une ville telle que Bruxelles, capitale de l’Europe, sauront-ils dès lors accueillir décemment sur leur sol, comme il se doit, Julian Assange afin qu’il puisse enfin y vivre en paix, et avec la sécurité qu’il mérite ? C’est là, très sincèrement, à souhaiter : il en va de l’honneur de notre démocratie, gage de liberté !

*Cosignataires : Stéphane Barsacq, écrivain, éditeur ; Véronique Bergen, écrivain, philosophe, membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique ; Patrick Besson, écrivain ; Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie (Université de Montpellier III) ; Jacques De Decker, écrivain, dramaturge, secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique ; Lou Ferreira, philosophe, écrivain, dramaturge, présidente du Cercle Esthétique et Philosophique Wildien ; Michèle Goslar, écrivain, fondatrice et administratrice-déléguée du Centre International de Documentation Marguerite Yourcenar ; Peter Handke, écrivain, dramaturge, scénariste, prix Nobel de littérature ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie (Université Libre de Bruxelles) ; Victor Loupan, essayiste, journaliste, éditeur ; Edgar Morin, sociologue, philosophe, directeur de recherches émérite au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ; Maryam Namazie, porte-parole de « One Law For All », à Londres, et du Conseil des ex-Musulmans de Grande-Bretagne ; Orlan, artiste plasticienne, professeur émérite de l’« Accademia di Belle Arti di Roma » (Académie des Beaux-Arts de Rome) ; Isa Sator, artiste peintre, plasticienne ; Alain Vircondelet, écrivain, universitaire ; Jean-Claude Zylberstein, avocat, éditeur.

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