Constantin, dit «Bila»

Constantin, dit «Bila»

Ce mercredi matin de novembre, au cimetière de Bruxelles, le gel blanchit les pelouses et les fleurs. Deux amis de Bila, tous les deux sans-abri, sont là : « Au final, toutes les gloires aboutissent ici », nous dit l’un d’eux, dans un sourire très doux et un français maladroit.

Il y a aussi Joris, le travailleur de rue de l’ASBL Diogènes qui a connu Bila à ses débuts dans l’ASBL, il y a dix ans. Il a acheté un beau bouquet de roses blanches. C’est lui qui s’est rendu compte de la disparition de Bila : « Il n’était pas là où il faisait la manche d’habitude. » Mais sa tente (achetée par Joris chez Decathlon), dans le bosquet où il dormait à quelques mètres de là, était toujours là : « Je venais chaque semaine lui apporter de quoi manger, des produits roumains qu’il aimait bien. Comme ça lui arrivait de “disparaître” parfois quelques jours, je ne me suis pas tout de suite inquiété. Mais sa santé était fragile. Il avait des problèmes de circulation du sang, pas parce qu’il buvait mais parce qu’il fumait. Il savait qu’il en mourrait. Ça le handicapait de ne plus pouvoir marcher, alors il s’était acheté un fauteuil roulant électrique qu’il avait payé 600 € avec ses économies ! On ne l’a évidemment pas retrouvé… C’était quelqu’un de débrouillard. L’été, il faisait la manche pour s’acheter un ticket de bus pour le Danemark, il partait là-bas pendant deux mois et revenait avec plein de sous. Mais donc, après quelques semaines, j’ai appelé sa médecin traitante avec qui j’étais en contact pour avoir de ses nouvelles. C’est elle qui l’a identifié à l’hôpital de Louvain où il a été transféré pour des raisons inconnues. »

On a trouvé Bila le 13 octobre mais comme il n’est pas mort à l’hôpital, une enquête a été ouverte. Le parquet a appelé Joris pour avoir des informations sur les circonstances de sa mort, mais on n’a pas pu les déterminer.

Bila était « têtu et fier, secret et n’avait pas beaucoup de contacts avec les services sociaux ».

Il ne voulait pas dormir au Samusocial, mais il avait confié à Joris qu’il ne serait plus capable de dormir sous sa tente cet hiver. Son corps l’a entendu…

Bila avait quitté la Roumanie il y a une dizaine d’années mais n’a jamais cherché du travail parce qu’il s’en savait incapable physiquement. Avant son fauteuil électrique, il marchait avec des béquilles. Pour rejoindre sa tente, dans le bosquet le long d’une artère bruxelloise, il devait enjamber des troncs d’arbre. L’un d’eux était tombé à quelques centimètres de là où il dormait.

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