Coronavirus: aujourd’hui, les fake news tuent des gens

Coronavirus: aujourd’hui, les fake news tuent des gens
Reuters.

En termes de vitesse de propagation, le coronavirus a trouvé plus fort que lui : les « fake news ». Faux communiqués d’agences de santé, conseils farfelus (mangez de l’ail, vaporisez de la javel, rasez-vous la barbe, « Dites au revoir au coronavirus avec cette soupe »…), pseudo-articles scientifiques, théories complotistes (le coronavirus aurait été produit par l’armée américaine dans un labo chinois, « la faute à la 5G »)… Les fausses informations pullulent.

Infatigable, Donald Trump ne s’est pas ménagé pour en propager. Selon CNN, il en afficherait 28 à son compteur. Dont celle qui tendait à démontrer que le coronavirus était lui-même une fake news.

Tout cela pourrait prêter à sourire si le risque de contamination était bénin. Ce n’est pas le cas. Au point que les appels à la prudence, en provenance du personnel de santé, se multiplient.

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Pourquoi c’est grave ?

Parce que, d’ordinaire, les fake news ne menaçaient « que » les démocraties. Aujourd’hui, elles tuent. Mardi 10 mars, l’agence officielle iranienne, l’IRNA, a reporté la mort de 27 personnes qui auraient bu de l’alcool frelaté dans l’espoir de se protéger du Covid-19. Toutes avaient cru aux rumeurs. Or, selon une étude réalisée dans 75 pays par le Reuters Institute (université d’Oxford), 55 % des personnes interrogées avouent avoir des difficultés à faire le tri entre une vraie et une fausse information.

« Nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons aussi une “infodémie”  », avait lâché le 2 février dernier Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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Quelle est l’ampleur de l’infodémie ?

Si tous les grands acteurs du Web ont admis une augmentation « rampante » de la désinformation sur leurs réseaux, il semble difficile à ce stade de la quantifier (il avait fallu des mois pour objectiver celle active lors de la précédente présidentielle américaine). Facebook affirme que les moyens mis en œuvre pour l’éradiquer auraient permis « de réduire leur nombre de 80 % ». Il en resterait donc toujours 20 %. Ce qui, pour une plateforme qui touche 2,5 milliards d’utilisateurs, reste énorme.

Dans un rapport révélé par le Washington Post, le Gobal Engagement Center (le département d’Etat américain qui lutte contre la propagande étrangère) affirme avoir comptabilisé plus de 2 millions de tweets colportant des fausses informations sur le coronavirus, entre le 20 janvier et le 10 février. A l’époque, où l’épidémie n’avait pas encore quitté la Chine, cela signifiait donc 7 tweets sur 100. Dont une bonne partie, selon le GEC, émis depuis la Russie, la Chine et l’Iran.

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Quels sont les moyens mis en œuvre pour l’enrayer ?

Aux grands maux, les grands remèdes. Le caractère inédit, et planétaire, de la contagion de fausses nouvelles a suscité une collaboration tout aussi inédite entre l’OMS, les administrations nationales (comme le SPF Santé), les plateformes (réseaux sociaux, moteurs de recherche, e-commerce) et certains gouvernements. Ce mardi, une première, Facebook, Google, LinkedIn, Microsoft, Reddit, Twitter et YouTube ont annoncé qu’ils travailleraient ensemble pour lutter contre l’intox. Amazon, Tinder, Tik Tok… ont, eux aussi, lancé leur propre plan d’action.

La plupart de ces acteurs ont d’ores et déjà adopté une batterie de mesures : suppression des fake news signalées par l’OMS, modération accrue, mise en avant des sources officielles et des médias reconnus, dons d’espaces publicitaires pour les agences gouvernementales de santé, interdiction des applications et des publicités qui « surfent » sur le coronavirus…

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WhatsApp, le vilain petit canard

L’efficacité des moyens sans précédent mis en œuvre par ces plateformes risque néanmoins d’être sérieusement écornée. En cause : les messageries privées qui, cryptées, échappent aux radars de la modération. Dans le collimateur : WhatsApp (2 milliards d’utilisateurs), devenu l’un des principaux canaux de la désinformation.

Les messages farfelus, partagés de groupe en groupe d’un simple clic, brouillent les cartes en jouant à la fois sur les codes de l’info classique (en feignant une source crédible, genre « un médecin du CHU dit que… »). Et ceux de la proximité amicale : « Un ami qui connaît quelqu’un qui travaille à tel hôpital » ou « dont la sœur travaille dans l’entourage de Macron » « m’a dit que ». « Partage un max ! » Redoutable. Voire imparable. Si ce n’est via un effort de discipline personnelle qui consiste à ne jamais, jamais, partager une info dont on ne peut vérifier la source. Une rumeur, en somme. Et dans le doute, il reste le médecin traitant.

Deux réflexes de base pour s’immuniser contre les fake news

Philippe Laloux et Ph.L.

1. Vérifier. Au moindre doute : garder l’esprit critique. Qui a écrit l’info, quelle est la source, quel site l’a diffusée, quand a-t-elle été rédigée, qui l’a relayée… Autant de questions basiques auxquelles, souvent, une simple requête sur Google permet de répondre. La plupart des sites de médias reconnus (comme Le Soir) auront souvent d’ores et déjà désamorcé les fake news. Le site factuel afp.com (de l’Agence France Presse) les recense quasi toutes. Tandis que les sites officiels de l’OMS (who.int/fr) ou du SPF Santé publique (health.belgium.be) restent des valeurs sûres.

2. Ne pas partager. Sauf si c’est pour démentir l’info. Le premier responsable des fake news reste toujours la personne qui « like » ou qui partage une fausse info. Dans le contexte actuel, elle accentue d’autant le sentiment d’anxiété.

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