Dorothée, pharmacienne à Woluwe-Saint-Lambert.
Dorothée, pharmacienne à Woluwe-Saint-Lambert. - D.R.

Dorothée, pharmacienne: «Quand ça va s’estomper, on aura tous mal aux jambes»

La crise, Dorothée l’a vue se rapprocher petit à petit, des premiers cas chinois aux premières pénuries de masques et de gel désinfectant, il y a près de deux semaines. Depuis ce cap, elle ne compte plus ses heures, passées dans un rythme décrit comme « infernal » derrière la vitre en plexiglas qui la sépare de la clientèle. « En pharmacie, on n’est jamais vraiment nombreux. Là où je travaille, on est deux, et sur l’heure du midi on est seul, donc c’est compliqué de switcher. »

Peu de pauses donc et, à l’horizon, point de congé en vue tant que la crise persiste. « Quand ça va s’estomper (mais on ne sait pas encore quand, car le pic n’est pas encore là), je pense qu’on va tous aller, mes collègues et moi, chez l’orthopédiste pour les maux de jambes et les varices » dit-elle en riant. « On a un métier où l’on est tout le temps debout, en position statique. Ce n’est vraiment pas une bonne position pour le dos et le reste. Physiquement, on est fatigué, mais mentalement aussi, parce qu’on répond 200 fois aux mêmes questions. Et on n’a pas l’impression que ça va se calmer. »

Si la plupart des échanges avec les clients restent cordiaux, il faut malgré tout faire face à l’inquiétude ambiante. « Parce que les rendez-vous chez les médecins sont annulés et que la seule chose que les gens peuvent faire, c’est des courses et aller à la pharmacie, c’est évidemment sur le pharmacien que les gens rouspètent. Pas forcément contre nous, mais plutôt contre l’Etat, qui ne nous a pas fournis suffisamment. On est en première ligne pour leur parler, les rassurer, mais aussi en première ligne pour se faire engueuler. »

Il faut alors faire preuve de patience, de diplomatie, mais aussi de pédagogie. « On leur dit qu’on est dans la même position qu’eux. On est aussi face aux risques, mais on les prend avec eux et on est là au maximum pour s’occuper d’eux, pour leur expliquer ce qu’on leur dit à la télévision, car tout le monde ne comprend pas toujours tout ce qu’il se passe. »

Même routine

Pour autant, Dorothée assure ne pas avoir changé sa routine habituelle. « J’avoue, je fais vraiment comme d’habitude. Je rentre, je me démaquille, je mange et je regarde la téloche. » Quitte à ce que ce soit pour remanger du corona devant l’écran, au travers des émissions spéciales sur le sujet, qui captent son intérêt. « Mais après, je me change les idées : quand je suis à la maison, il n’y a plus de boulot. Je prends soin de moi et de mon fils. »

L’ex-mari de Dorothée étant lui aussi sur le front du virus au travers de son emploi dans la grande distribution, le petit passe ses journées à l’école. « Une garde est prévue pour les enfants dont les parents ne peuvent pas se libérer. Mais il y a trois pelés et deux tondus. Maintenant, si l’école arrête la garderie, je ne sais pas encore comment je vais faire. »

Dans le tumulte des journées à courir derrière le comptoir, reste aussi ces petits moments qui viennent épicer le quotidien. « Par exemple, ce mardi, il y a le fleuriste du coin qui a dû fermer à midi et qui a commencé à distribuer des bouquets de fleurs dans tout le quartier. Gratuitement. C’était super-sympa. » Ou encore cet échange du troisième type, en fin de service, avec une cliente. « C’était Madame X, qui demandait comment il fallait mettre un masque. Je lui ai répondu : “Sur tous les orifices par lesquels vous respirez”. Elle l’a mis au bord des yeux. Je lui ai demandé si elle respirait par les yeux. Elle m’a dit “Mais non !”  »

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