Guy Haarscher: «Le coronavirus peut nous obliger à reprendre conscience de ce qu’il y a de plus précieux dans nos démocraties»
Pierre-Yves Thienpont.

Guy Haarscher: «Le coronavirus peut nous obliger à reprendre conscience de ce qu’il y a de plus précieux dans nos démocraties»

Transportons-nous un instant dans le temps. Il y a une éternité de cela, les premières pages des journaux et les grands titres des JT étaient consacrés à la Syrie et à l’extrême brutalité du régime Assad tentant de reprendre la poche d’Idlib avec l’aide de ses alliés russes, au mépris total des impératifs du droit humanitaire. Un peu partout à travers le monde, des manifestants bravaient la police et l’armée en revendiquant leurs droits élémentaires. Des jeunes tentaient de sensibiliser les acteurs « adultes » en leur demandant de répondre de façon plus ambitieuse au défi climatique. Les primaires démocrates battaient leur plein aux Etats-Unis, et on se reprenait à rêver de se débarrasser du populiste mondial en chef. Les partis politiques n’arrivaient plus à résoudre par un énième compromis la quasi impossible équation belge.

La grande illusion

Tous ces thèmes ont assez brutalement disparu de l’actualité. Le coronavirus a tout absorbé, il a phagocyté l’ensemble. A juste titre bien sûr : le danger est considérable, inouï à bien des égards. Vivrions-nous déjà dans un autre monde ? En un sens, la réponse est résolument négative : les problèmes contemporains n’ont pas été effacés par un coup de baguette magique. Ils ont seulement été refoulés, ramenés à l’arrière-plan, parce qu’un défi plus urgent s’est présenté et a déjoué tous les plans de la vie ordinaire.

En son fond, le monde est évidemment resté le même : il suffit d’avoir le courage de s’intéresser encore au « reste » pour s’en rendre compte. Épuisés par la masse d’informations relatives au coronavirus, au bord de l’indigestion numérique et télévisuelle, nous avons l’impression que rien d’autre ne se passe. Grande illusion.

Le retour des vrais experts

Des signes nous laissent pourtant supputer que quelque chose a subtilement changé. Nous vivons, répète-t-on, à l’ère de la post-vérité. Les faits ne comptent plus, ou si peu. Le président des Etats-Unis a pu se faire élire sur une montagne de mensonges. Et certes, le coronavirus a engendré son lot de fake news sur les réseaux sociaux. Mais les JT du soir ont repris de l’importance, et ont donné la parole aux experts, aux infectiologues, à toutes ces « élites » décriées en ces temps de populisme et de défaite de la pensée. On les écoute, les gouvernants basent leurs difficiles décisions sur leurs conseils : les « faits » comptent (enfin) en temps de détresse et d’urgence. Se tromper cesse d’être frivole : une erreur peut se compter en milliers de morts.

Tenir la distance

Les jeunes qui manifestaient pour le climat répétaient en boucle aux décideurs : listen to the scientists, « écoutez les scientifiques ». Le danger écologique se révélera-t-il trop impalpable pour faire accepter par la population des changements drastiques de mode de vie ? La réponse est peut-être liée à l’attitude que prendront sur le long terme (la « guerre » de Macron ne sera pas finie de sitôt) les citoyens des démocraties : quelle sera la distance qu’ils pourront tenir, la discipline à laquelle ils accepteront de se soumettre ?

C’était mal parti avant les mesures drastiques de ces derniers jours. A Paris, à Bruxelles et ailleurs, des fêtards s’agglutinaient dans les bars et restaurants juste avant leur fermeture pour cause de coronavirus. Comme si le virus était sans danger à 23h59, et meurtrier à 00h01 !

Trop individualistes ?

On a beaucoup parlé de civisme ces derniers jours. Sommes-nous décidément devenus trop individualistes pour accepter de protéger la vie de nos semblables les plus vulnérables ? Le XXe siècle et ses totalitarismes nous ont appris à quel point l’individu se déresponsabilise quand les effets du mal qu’il cause sont éloignés, et dès lors d’autant plus abstraits. Faudrait-il amener ces rebelles à la petite semaine dans les tentes de fortune construites à la hâte pour accueillir les malades en détresse respiratoire, de façon à ce qu’ils voient les effets de leur insouciance ?

Double effet

Le coronavirus a donc sur notre lucidité à géométrie variable des effets négatifs et positifs. Négatifs : il refoule à l’arrière-plan tous les autres problèmes et combats, il nous les fait oublier plus encore que d’habitude. Positifs : il peut nous obliger à nous retourner sur nous-mêmes et à reprendre conscience de ce qu’il y a de plus précieux dans nos démocraties si fortement secouées : le sens des faits bien établis et le civisme. Mais serons-nous capables d’y faire face, même ceux qui ne subissent pas de plein fouet l’inactivité obligée ? Tout ce temps devant nous, sans les divertissements ordinaires…

Relisons Pascal…

« … j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre… De sorte que si [l’homme] est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre [des individus] qui joue et qui se divertit. »

Pascal imaginait-il que trois siècles et demi plus tard, l’individu serait contraint, coronavirus oblige, de « demeurer en repos dans une chambre » ? Trouvera-t-on donc une vertu philosophique au confinement ?

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    • Mr Haarscher, vous qui êtes un infatigable propagandiste des idées écolo-gauchiste, je vous fais remarquer que cette crise démontre par l'absurde à quel point toutes les mesures prônées par les Écolos se révèlent catastrophiques en temps de coronavirus: les transports en commun sont des nids à microbe, le covoiturage favorise la contagion, les rassemblements citoyens aussi, les aliments qui ne sont pas préemballés peuvent être porteurs du virus et une élévation de la température serait bénéfique pour rendre le virus moins virulent ! Ajoutons encore que l'arrêt de la croissance économique entraîne le chômage et que la limitation des déplacements individuels est très mal vécue par la population alors que c'est précisément ce que les Écolos veulent nous imposer. Il y a aussi les migrants (qualifiés de « chance pour l’Europe » par les Écolos) qui représentent un danger énorme de propagation de l’épidémie. Cette crise du coronavirus nous montre par l'absurde à quel point les propositions des Écolos-gauchistes sont nuisibles !

    • Quel étalage de sophismes : bientôt pour des écervelés comme vous le coronavirus sera de la responsabilité des personnes soucieuses de l’écologie qui ne se trouvent pas uniquement cantonnées sous la bannière écolo ( ou des immigrés qui décidément vous empechent de dormir ) et les propositions qui visent à restreindre la tendance actuelle à la mondialisation sans frein c’est-à-dire à relocaliser la production notamment de matériel de santé même si le coût de l’opération donnent des aigreurs aux vampires de la finance internationale qui ne jurent que par le Dieu profit et dont l’indécence prédatrice est, elle, à l’origine de l’expansion de ce virus. . Qui sinon les chantres du libéralisme et les contempteurs fanatiques de l'état ont conseillé, dans l’espoir d’en récolter les reliques, les restrictions financières qui ont frappé depuis des années le système de sécurité sociale donc la santé soumis à la loi d’airain de la rentabilité? Ce ne sont pas les personnes soucieuses du bien collectif mais les zélotes du néo-libéralisme dont les représentants sont aujourd’hui obligés de faire profil bas et de redécouvrir jusques à quand ? les bienfaits du «collectivisme» tel qu’il est mis en pratique maintenant avec un dévouement qui mérite tous les éloges par le personnel de santé dans les hôpitaux. Votre indécence à introduire une polémique politique inepte au départ d’une crise virale extrêmement grave ne vise en fait qu’à contredire bassement toutes les études scientifiques qui conduisent à prendre des mesures de sauvegarde du climat. Je comprends que, de l’extrême droite où vous vous situez même si vous ne le savez pas ou peut-être même vous vous en défendez, vous râliez sur les conséquences possibles sinon probables de la pénible période que nous traversons. Elles vous donneront de toute manière tort car plus rien ne sera jamais comme avant même pour un gouvernement essentiellement libéral et en charge de nous sortir de la crise en contradiction avec leur doctrine économique et sociale dont la mise en œuvre par le passé risque de nous coûter fort cher en terme de vies perdues prématurément.

    • "Le coronavirus a donc sur notre lucidité à géométrie variable des effets négatifs et positifs". Qu'est-ce que cela veut dire? Après avoir Invoqué pêle-mêle Idlib, le "populiste mondial en chef" (ah j'ai deviné, c'est Trump!!!), le "danger climatique" ( Greta Thunberg?) et la guerre de Macron (qui n'est pas une guerre) en un galimatias aux intentions indiscernables, voilà qu'on évoque à présent les effets positifs d'une épidémie! M Haarscher, mon expérience de médecin m'autorise à le dire: il n'y a pas de maladie bienfaisante .