«Coronavirus et climat: mêmes combats?»

«Coronavirus et climat: mêmes combats?»
AFP

Le dérèglement climatique se décline en deux parties : des impacts climatiques accrus et nouveaux d’une part, et la nécessité impérieuse de réduire les pollutions qui en sont à l’origine de l’autre. Sur le premier plan des observations peuvent être faites. Les impacts nouveaux du coronavirus, même décrits dans des publications et observés ailleurs n’ont pas été suffisamment anticipés : pénurie de masques, de désinfectants, de gants, de tests, personnes bloquées à l’étranger par manque de transports. Surtout, les comportements et les règles à ce sujet changent à vive allure, alors que les pratiques semblaient intangibles et garanties. Manque d’anticipation et modification rapide d’une situation stable : tout ceci se produit dans de nombreux endroits du globe suite à des impacts inhabituels et majeurs du climat. Les personnes les plus faibles et fragiles en sont les premières victimes. Pourtant, les politiques d’adaptation au changement climatique sont aujourd’hui paresseuses, peu visionnaires et de faible priorité.

Une action d’un autre ordre de grandeur

Mais c’est surtout sur les modifications majeures actuelles de comportement sanitaire que des comparaisons ne manquent pas de surgir avec la nécessité si souvent rappelée de diminuer nos pollutions. Tout d’abord, la grande latitude laissée aux petits gestes individuels pour lutter contre le changement climatique, si elle était transposée à la lutte contre le coronavirus, montrerait bien ses absurdes limites : ce sont bien les autorités qui doivent organiser le changement, comme le demandent la plupart des activistes du climat. D’autre part, les objections sur les désavantages économiques à court terme, qui constituent un frein apparemment insurmontable pour des politiques climatiques ambitieuses, ont paru ici balayées en peu de temps. Les montants en jeu pour parer à cette crise de la santé sont d’un ordre bien supérieur à ceux qui sont prévus pour les politiques climatiques, pourtant si souvent proclamées prioritaires dans les discours, et qui pourraient atténuer justement d’autres problèmes de santé (dus aux canicules, aux nouveaux vecteurs de maladies, etc.) Le rôle des scientifiques est également intéressant à comparer. Quand le Giec a souvent été attaqué pour sa prétendue tendance à être catastrophiste ou prescriptif – ce qu’il n’est pas – l’OMS donne le ton à la fois par des études alarmantes et par des directives soumises aux gouvernements. Aux niveaux nationaux, les scientifiques jouent un rôle précieux de recherche bien sûr, mais aussi de conseillers et de médiateurs envers le public. Rappelant l’importance de maintenir de bonnes ressources scientifiques dans une société, et ceci en communication avec les autres acteurs.

Des différences majeures

Bien sûr, les différences sont majeures et il serait bancal de comparer naïvement ces deux problèmes sociaux de grande ampleur. Une différence essentielle réside dans la croyance que ce qui se passe aujourd’hui pour le Coronavirus est temporaire. Cela compte énormément dans la latitude laissée aux pertes économiques : l’idée est de les récupérer à relativement court terme grâce à une reprise des activités. De plus et bien évidemment, la frayeur pour notre intégrité physique personnelle agit comme une puissante motivation. Vis-à-vis du changement climatique, c’est un changement durable qu’il faut mettre en place, et ce face à des impacts moins immédiats et uniformes.

Cependant, une crise majeure peut démontrer la possibilité de modifications de ce que l’on pensait intangible : on en trouverait de multiples exemples. Il est possible, au bénéfice de la lutte contre le changement climatique, que le rôle des pouvoirs publics pour le bien commun soit réévalué. Et que la primauté d’intérêts économiques à court terme engendrant des effets négatifs sur la société et l’environnement soit mieux encadrés. En regardant plus loin, il est imaginable que certaines pratiques en faveur de comportements moins consommateurs soient préférées.

Un repli inquiétant

Mais il faudra compter aussi avec les effets négatifs de la crise sanitaire actuelle sur les objectifs climatiques : baisse probable de budgets d’investissements verts disponibles alors qu’une crise économique majeure se profile, tendant à diminuer les marges de choix. Et aussi effacement de la solidarité internationale, comme nous le voyons dans un repli derrière des frontières et sur des espaces nationaux, repli qui n’a jamais été en faveur de la lutte climatique. La dureté vécue par certains d’un confinement long et dans de mauvaises conditions, que ce soit dans nos pays ou dans des pays en développement, les conséquences économiques majeures pour une multitude de personnes des mesures décidées, ou encore la surveillance accrue de citoyens et les pouvoirs spéciaux de certains gouvernants, pourraient avoir des conséquences aujourd’hui difficiles à prévoir sur le rôle de l’État dans la gouvernance d’une série de sujets, y compris le climat.

De fait, face aux questions sanitaires, sociales et écologiques, reliées entre elles, cette crise constituera certainement un apprentissage dont on ne mesure pas encore la portée.

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