«Le coronavirus en Europe, déclencheur d’une faillite économique, révélateur d’une faillite politique»

«Le coronavirus en Europe, déclencheur d’une faillite économique, révélateur d’une faillite politique»
Reuters.

Lorsqu’en février, les premiers cas de Covid-19 furent annoncés en Italie, il était évident, bien que peut-être difficile à concevoir, que le virus allait se répandre comme une traînée de poudre dans toute l’Europe en l’absence de dépistage massif et de contrôle des voyageurs. Les discours politiques se sont voulus rassurants pendant quelque temps, bien que complètement irrationnels : comment pouvait-on espérer maîtriser un virus en le regardant se propager ?

Dans la panique générale, mais bien logiquement, le virus a fait son chemin, ne laissant à nos Etats que deux solutions : ne rien faire et accepter un nombre de morts certain ainsi qu’une surcharge ingérable dans les structures hospitalières, ou utiliser la tactique de la dernière chance, le confinement, responsable d’une casse économique et sociale sans précédent.

Manque de prévoyance

Si l’on peut se réjouir que la majorité des pays d’Europe aient choisi de casser la tirelire pour donner priorité à la vie de leurs concitoyens, il faut bien constater le coût exorbitant de ce manque de prévoyance. Une faillite impardonnable, considérant que l’épidémie était lancée en Asie depuis deux mois et que les solutions à mettre en place étaient déjà appliquées (et donc connues) par les pays voisins de la Chine. Est-ce par excès d’orgueil, ou par fainéantise d’un système politique qui sort difficilement de ses habitudes de gestion économique, que l’Europe n’a pas voulu élaborer les stratégies efficaces mises en place à Singapour ou à Taïwan, là ou l’expérience a été acquise lors des épidémies de virus Sras et Mers ? Dans ces pays, l’épidémie a été rapidement contrôlée par un dépistage agressif des voyageurs et un confinement strict des cas positifs. La société a donc pu continuer ses activités malgré l’application de certaines règles de rigueur.

Des craintes pour la gestion de l’environnement

De cette crise, il me semble qu’on peut notamment tirer deux conclusions. La première, c’est que ce manque d’anticipation de nos instances dirigeantes fait craindre le pire concernant la problématique du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité. Les messages des scientifiques sont clairs et ce depuis des années : le système actuel n’est pas soutenable. Et pourtant, tout comme beaucoup ont banalisé le Covid-19, on trouve panoplie d’intellectuels pour décrédibiliser les messages d’alerte des spécialistes de l’environnement. Il semble réaliste de craindre que rien ne changera avant que les premières conséquences sévères de ces bouleversements du vivant ne se manifestent. Or, nos actions mettront des années à produire leurs effets et les dés sont déjà jetés pour les prochaines décennies. La crise de demain s’annonce environnementale et il n’y a pas de raison de penser, comme lorsque le Covid-19 a mis sa couronne sur le sol européen, que tous les pessimistes se sont trompés et que tout va bien se passer.

Reproduire les mêmes efforts

Mais la deuxième conclusion, et possible bonne nouvelle, c’est que cette incroyable ouverture du portefeuille public peut être un tournant et nous donner un argument massue pour interpeller nos dirigeants nationaux et européens à l’avenir : s’ils peuvent réaliser ces efforts économiques faramineux pour une crise qui aurait pu être modérée s’ils avaient anticipé les événements, ne pourraient-ils pas réaliser les mêmes efforts pour mettre en place des politiques de justice sociale et environnementale audacieuses ? Nos dirigeants oseront-ils nous imposer une austérité post-crise économique version Covid-19 alors qu’ils sont en partie responsables de cette débâcle ? Oseront-ils encore, à l’avenir, nous faire comprendre que pour le bien de l’économie, nous ne pouvons plus progresser sur le plan social, alors même que cette stagnation stimule le vote pour les partis extrêmes ? Comment justifieront-ils la pression constante sur tous les secteurs non rentables comme les soins de santé ? Oseront-ils nous réaffirmer que nous n’avons pas les moyens d’une politique migratoire et d’intégration digne du respect des droits humains dont l’Europe se veut garante ? Oseront-ils rester silencieux face aux citoyens qui s’indignent sur la situation infâme des migrants à nos frontières ? Comment justifieront-ils que nous ne jouons plus aucun rôle sur le plan international, notamment dans des conflits comme la guerre en Syrie ?

Une autre crise fondamentale

Certes, il fait bon habiter en Europe plutôt qu’ailleurs. Mais la prochaine crise s’annonce bien plus fondamentale que celle du Covid. Elle sera environnementale et elle est déjà, aussi, démocratique et identitaire. Sans anticipation nous risquons une déstabilisation mondiale majeure. Si les grandes puissances ont pu sacrifier la sacro-sainte économie pour réparer leur manque de prévoyance dans la crise Covid-19, peut-être serait-il temps de faire de même pour s’atteler à la gestion des autres grands défis de notre temps.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    7,5€/mois
    pendant 6 mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches