«Coronavirus: un Green Deal pour faire face aux urgences pandémique, économique, sociale et écologique»

«Coronavirus: un Green Deal pour faire face aux urgences pandémique, économique, sociale et écologique»
Belga

Ce n’est pas la première fois que des sociétés humaines au bord du gouffre, frappées par une conjonction historique de crises, ne peuvent se relever qu’en se métamorphosant massivement. Face à la pandémie de coronavirus, face au krach financier le plus intense et le plus rapide jamais vu, face à l’arrêt total de l’économie, face au risque de faillite, de chômage et de précarité de masse, face au populisme et à la menace d’état d’exception, une réponse démocratique décisive peut être initiée en 100 jours, comme aux Etats-Unis, confrontés à la Grande Dépression à partir de 1929. Un Green New Deal européen décliné et amplifié au niveau de toutes les entités fédérées de la Belgique peut aujourd’hui contribuer à résoudre conjointement cette conjonction de crises, avec cohérence et efficacité. Pour l’initier, il faudra oser briser les tabous d’une pensée économique fossile et transgresser les impossibles d’une politique des petits pas.

Retrouver l’attitude moderne des Lumières

Tout le monde l’a vu, c’est possible : discours de la Première ministre, budgets, services publics, messages télévisés, infrastructures, mobilisation générale des corps intermédiaires et de la population, pouvoirs spéciaux, efforts de créativité et d’ingéniosité magnifiques de tout ce que notre pays compte d’entrepreneur⋅euse⋅s, de chercheur⋅euse⋅s, de créateur⋅trice⋅s. Pour retrouver l’attitude moderne issue des Lumières, nous devons oser interroger et dépasser les bornes de notre imaginaire illimité afin de respecter les limites du monde et des humains. Un changement d’échelle dans l’action des démocraties est possible, nécessaire et souhaitable.

L’exemple donné par F.D. Roosevelt

En 1929, l’Occident subissait la pire crise financière et économique du XXe siècle. Aux Etats-Unis, l’instabilité financière, la déflation, le chômage et l’extrême pauvreté étaient endémiques. Le populisme et le fascisme proliféraient et menaçaient la démocratie. Comme aujourd’hui, pour les démocrates, le statu quo n’était plus une option. Il leur fallait faire quelque chose d’inédit et de massif pour permettre à la démocratie de s’en sortir : coaliser les forces entrepreneuriales, syndicales, scientifiques, intellectuelles, associatives et politiques dans un même élan, pour aller de l’avant. C’est ainsi que le président américain Franklin Delano Roosevelt proposa aux citoyen⋅ne.s américain⋅ne.s un New Deal. Un chantier colossal : il s’agissait de rétablir la stabilité des prix sur les marchés, de relancer la production alimentaire, de fournir une aide aux plus démuni⋅e⋅s et de l’emploi aux chômeur⋅euse⋅s, d’améliorer le pouvoir d’achat et les droits syndicaux, de restaurer l’environnement et de relancer l’économie. Rien que ça…

Un constat sans appel

L’action actuelle des responsables politiques se concentre, logiquement, sur l’urgence sanitaire et la protection immédiate de l’économie et du pouvoir d’achat. Mais comme une mouche qui se cogne sans cesse sur le carreau de la fenêtre pour voler vers le soleil, on pressent que la plupart des efforts politiques, économiques et sociaux convergeront vite vers la relance du système économique et social préexistant à la crise, dans une obsession de croissance du PIB. On peut imaginer la pression pour soutenir à coup de dizaines de milliards d’euros le tourisme et le transport aérien, maritime et routier de masse, les industries pétrochimiques et fossiles, l’agriculture intensive, la finance spéculative, l’armement et la production en grande quantité de produits à obsolescence rapide. Cette relance à l’identique est la pire des options. Car la pandémie de coronavirus ne fait que renforcer le constat de l’insoutenabilité dramatique de l’économie mondialisée et de nos sociétés, humainement, socialement, écologiquement et démocratiquement épuisées.

Redéployer l’économie

Comment éviter que la Belgique s’engage dans ce cul-de-sac en dilapidant les moyens publics de manière inefficace, inéquitable et non durable, en repoussant à plus tard les urgences politiques de transition écologique et solidaire structurelles ? Ce ralentissement forcé peut-il se transformer en ralentissement choisi ? Ne peut-on redéployer l’économie pour vivre plus heureux, dans la convivialité et la solidarité internationale ? En proposant des alternatives, sans doute, et en ouvrant largement les portes du débat public sur l’horizon que nous voulons collectivement poursuivre.

L’opportunité de bifurcation

On l’a abondamment rappelé ces derniers jours, une crise c’est à la fois une nécessité et une opportunité de bifurcation. Cette crise historique appelle une bifurcation historique. Assez de la « politique des petits pas » ! Nous le sentons, nous le vivons, nous avons besoin d’une véritable métamorphose sociétale. Et si nous avons raté le momentum de la crise financière de 2008, ne ratons pas celui de 2020. C’est peut-être le dernier dont nous disposons avant de subir des dégâts encore plus irréversibles.

Une plateforme de réflexion ?

Les propositions ne manquent pas. Elles appellent audace, imagination, intelligence et conviction partagées. Plus que jamais, une métamorphose soutenable et juste de l’économie et de la société est nécessaire. La volonté politique peut se joindre à la volonté démocratique via une mobilisation générale des pouvoirs publics, des secteurs privés et des citoyen⋅ne.s, pour une aventure aussi inspirante que celle du New Deal de Franklin Roosevelt. Ce chantier est à ouvrir d’urgence. Pourquoi ne lancerions-nous pas ensemble une plateforme belge pour débattre d’un tel Green New Deal ?

*Signataires : Paul Blume, citoyen ; Cédric Chevalier, ingénieur de gestion et économiste, coauteur de Déclarons l’Etat d’Urgence écologique (Luc Pire) ; Jean Cornil, ancien sénateur et député fédéral ; Denis Dargent, codirecteur de Présence et Action Culturelles ; Filip De Bodt, vzw Climaxi ; Thibault de La Motte, juriste et économiste, coauteur de Déclarons l’Etat d’Urgence écologique (Luc Pire) ; Sarah de Liamchine, codirectrice de Présence et Action Culturelles ; Olivier De Schutter, juriste, nouveau rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, professeur à l’UCLouvain ; Patrick Dupriez, président d’Etopia ; Josué Dusoulier, Réseau Transition.be ; Brigitte Gloire, citoyenne ; Jonathan Guevorts, bioingénieur et professeur de sciences ; Marc Lemaire, Coalition Kaya ; Laurent Lievens, chargé de cours invité à la Louvain School of Management – UCLouvain ; Samuel Lietaer, chercheur à l’IGEAT – Centre d’Etudes du Développement durable (CEDD) – ULB ; Théophile Lienhardt, biologiste, chercheur en sécurité alimentaire, agriculture et changement climatique ; Roland Moreau, Président du Club of Rome – EU Chapter ; Olivier Parks, économiste spécialisé en environnement, auteur de L’avenir du pétrole. Panne d’essence, panne de sens et de Le gaz de schiste. Risques & Enjeux (Éditions Dangles, groupe Piktos) ; Jonathan Piron, coordinateur du pôle prospective d’Etopia ; Johanna Vandenbussche, Teachers for Climate ; Jean-Pascal van Ypersele, climatologue, ancient vice-président du Giec, professeur à l’UCLouvain.

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