Deux commissaires européens plaident «pour un Fonds européen de relance économique»

Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, et Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’Economie. © Reuters, Belga.
Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, et Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’Economie. © Reuters, Belga.

Face à l’une des plus grandes tragédies à laquelle elle se trouve confrontée depuis des décennies, il n’est d’autre voie pour l’Europe que de se montrer unie et solidaire. Par sa nature, par son ampleur, la crise du Covid-19 appelle une mobilisation historique des Etats membres et de l’Union européenne en termes de gouvernance, de détermination, de moyens. Chacun en est maintenant conscient, aucun pays, aucun continent, ne pourra relever seul le défi sanitaire du Coronavirus. De la même manière, aucun pays, aucun continent, ne pourra livrer bataille et surmonter, seul, le défi économique d’une planète où près de quatre milliards d’habitants – la moitié de l’humanité – vivent désormais en situation de confinement.

Les pays européens ont rapidement mis en place des plans d’urgence pour assurer les besoins en trésorerie des entreprises qui tournent au ralenti ou sont à l’arrêt. L’accès à la liquidité est la clé absolue. Il est donc vital que ces entreprises puissent très vite s’appuyer sur leurs banques via des prêts garantis par les Etats. La Banque centrale européenne a, pour sa part, aussitôt engagé un montant de 750 milliards d’euros permettant de procéder à des rachats substantiels de dettes obligataires émises par les Etats membres et leurs entreprises. Enfin, et comme le prévoit la législation européenne, la Commission européenne d’Ursula von der Leyen a temporairement levé les règles de discipline budgétaires pour permettre aux Etats de s’endetter hors du respect des critères de Maastricht dans ces circonstances exceptionnelles.

Aller plus loin

Cette première riposte sur la ligne de front était primordiale pour se donner les moyens d’assurer la sécurité financière et donc la survie des acteurs de l’économie, c’est-à-dire de l’économie tout court. Mais il nous faut aujourd’hui aller plus loin pour faire barrage à la crise, pour préserver les entreprises, protéger les salariés, puis bientôt relancer, pays par pays, l’outil industriel et le marché intérieur de l’Union. Il revient à chacun des Etats membres, bien entendu, de concevoir son propre plan de sauvegarde et d’en évaluer les montants qui entraîneront des besoins d’émissions obligataires supplémentaires sur les marchés. Car du fait de leurs situations financières respectives, aucun Etat européen, qu’il soit du Nord, qu’il soit du Sud, ne dispose des moyens propres lui permettant de faire face, seul, à un tel choc sans émission de dette supplémentaire. Aucun.

Pour répondre à cette question du financement au cœur des défis qui s’adressent à l’Union, trois principes doivent nous guider :

– Aucun pays ne saurait être laissé de côté ;

– Aucune économie ne saurait être une victime isolée de la pandémie ;

– Tous les Etats membres doivent avoir un accès équitable, et dans des conditions comparables, à l’endettement nécessaire au financement de leurs plans.

Une chose est sûre, l’ensemble des besoins de financement des 27 Etats membres devra être à la hauteur des enjeux. On mesure ainsi que le plan allemand d’émissions supplémentaires de 356 milliards d’euros voté par le Bundestag (en complément du premier plan de 600 milliards d’euros qui incluait 400 milliards de garanties) représente 10 % de son PIB. Si l’on devait retenir par hypothèse ce pourcentage de 10 % pour l’Union européenne, les besoins de financement complémentaires pourraient alors se situer dans une enveloppe de 1.500 à 1.600 milliards d’euros directement injectables dans l’économie.

C’est maintenant

Outre les instruments et moyens mis à disposition par la BCE, un tel montant implique de trouver des outils additionnels permettant de garantir un accès égal et équitable de chaque Etat membre à l’endettement nécessaire au financement de son plan respectif. Ce principe est indispensable pour assurer un «  level playing field  », entre Etats membres de l’Union, bien sûr ; mais également entre l’Europe et les Etats-Unis dont le plan est déjà mis en œuvre. Et comme pour les Etats-Unis, il n’y a qu’une fenêtre qui s’ouvre à nous : c’est maintenant, et non dans six mois.

Ce soutien additionnel peut venir d’instruments non conventionnels, existants ou non, qui permettraient d’aller plus loin. Par exemple via le recours aux capacités d’intervention du Mécanisme européen de stabilité (MES) – mais de manière innovante et en revoyant ses critères de conditionnalité qui doivent être allégés et recentrés sur la réponse à la crise. Ou encore de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui pourrait apporter des garanties additionnelles et voir sa force de frappe augmentée dans des délais compatibles avec l’urgence de la situation. Tout cela pourrait venir en complément du mécanisme de 100 milliards d’euros que la Commission vient de proposer pour aider les salariés à maintenir leurs revenus (SURE).

Une solidarité sans faille

Mais, face aux montants en jeu, un quatrième pilier de financements européens sera nécessaire. Telle la BCE dans la sphère monétaire et financière, les Etats membres doivent maintenant faire preuve, ensemble, d’esprit de décision et d’innovation. Sous la forme, par exemple, de ce que pourrait être un Fonds européen dont la vocation explicite permettrait d’émettre des obligations à long terme. Il serait par ailleurs tout à fait possible, pourquoi pas, d’allouer à un tel instrument de financement non conventionnel des ressources fiscales et de le doter d’une gouvernance permettant d’éviter tout aléa moral, notamment sur la cible des financements qui pourraient être strictement circonscrits aux investissements communs de relance industrielle liés à la crise actuelle. Compte tenu de l’urgence et de l’ampleur des besoins, cette idée permettra d’anticiper puis de compléter l’augmentation du budget de l’UE que la Présidente von der Leyen appelle de ses vœux. Le temps presse. Les circonstances nécessitent de faire preuve de créativité.

L’Europe a appris des crises précédentes. Face à celle dans laquelle nous entrons, elle ne manquera pas le rendez-vous de l’histoire. Nous sommes confiants qu’elle saura exprimer une solidarité sans faille pour sortir renforcée d’une situation inédite.

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