Coronavirus: «Après les urgences, le temps de l’équité»

Coronavirus: «Après les urgences, le temps de l’équité»
Belga

Pas l’ombre d’un doute : il fallait prendre des mesures fortes et rapides pour rassurer, éviter des catastrophes sociales et économiques, aujourd’hui et demain.

Les économistes se basent sur trois critères pour évaluer les mesures de politique économique et sociale : elles doivent être efficaces, efficientes et justes.

On verra, au moment du bilan, si toutes les mesures prises ont été efficaces et efficientes (à cet égard je ne peux m’empêcher de penser que l’on fera parfois de l’over-shooting).

Mais il s’agit maintenant de veiller au volet équité. Le pain quotidien des personnes à petits revenus doit faire partie de ce volet.

450.000 personnes bénéficient d’une forme ou l’autre d’aide alimentaire. Pour toutes sortes de raisons (confinement, bénévoles âgés qui à juste titre se protègent, difficultés d’approvisionnement), le secteur a été amené à réduire la voilure. Et, même en temps normal, l’aide alimentaire n’est pas déployée partout, en tout cas avec la même intensité, laissant des personnes précaires sans cette aide.

De plus, il est désormais incontestable que les courses de base ont vu leur coût augmenter, ce qui touche proportionnellement plus les ménages les plus fragiles, ici aussi pour diverses raisons (suspension des promotions, razzia sur les produits « blancs » par des consommateurs qui y recouraient peu ou pas, quelques hausses de prix spécifiques).

Au total, beaucoup de personnes ou ménages à petits revenus sont doublement pénalisés.

Des réponses insuffisantes

Les réponses pour soutenir le secteur de l’aide alimentaire du gouvernement fédéral sont pitoyables de modestie : 286.000 € directement au secteur et 3 millions via les CPAS. Ce montant représente 0,014 % du déficit possible annoncé par le Ministre du budget pour 2020 et revient à donner – une seule fois – une aide de 7 € par bénéficiaire, l’équivalent de 2 dîners et 3 petits-déjeuners dans un restaurant social bien connu à Jambes.

Se nourrir est un besoin de base, structurel. Les difficultés de l’heure appellent une réponse à la hauteur de cet enjeu individuel et social. Certes, diront les cyniques, les pensionnés, chômeurs, etc., et les bénéficiaires du revenu d’intégration et de la Grapa ne voient pas leurs revenus baisser. C’est vrai, mais leur pouvoir d’achat alimentaire a diminué.

Revaloriser

Ma proposition : anticiper d’un an la liaison au bien-être qui aurait dû, normalement, prendre place en 2021-2022. Rappelons que la liaison au bien-être, dont le principe est inscrit dans une loi de 2005, consiste à revaloriser régulièrement les allocations sociales les plus petites, en plus de l’indexation sur les prix ; cela revient donc à augmenter le pouvoir d’achat des personnes à faibles revenus. Illustration : en 2019-2020 le revenu d’intégration d’une personne seule a été revalorisée de 30 €, par mois. Autre illustration : ont aussi été revalorisées les pensions minima des salariés et des indépendants.

Une solution durable

La programmation 2019-2020 a été estimée coûter environ 550 millions en année pleine. Avancer la programmation suivante a certes un coût, mais il est transitoire, représenterait en année pleine à peine 2,3 % du déficit budgétaire prévu en 2020 et apporterait une solution alimentaire durable à toutes les personnes à petits revenus, allocataires sociaux, salariés et indépendants, et bénéficiaires de l’assistance sociale.

Cette programmation anticipée bénéficiera aussi à tous ceux et toutes celles qui, parce que notre protection sociale et les mesures prises ont trop de « trous », seront obligés de s’adresser à leur CPAS.

Certes la concertation sociale qui doit intervenir pour la programmation de la liaison au bien-être sera matériellement plus compliquée à respecter ; mais cela devrait être possible.

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